«La plus merveilleuse des étoiles s’en est allée au réveil, Allah yerahmek la plus extraordinaire des mamans». C’est avec cet émouvant message que la famille Chouikh a annoncé, dans la matinée d’hier, le décès de la réalisatrice algérienne Yamina Bachir Chouikh, à Alger, à l’âge de 68 ans, après un long combat contre la maladie.

Par Sihem Bounabi
Dès l’annonce de cette triste nouvelle, de nombreux témoignages et messages de condoléances ont été partagés sur les réseaux sociaux pour rendre hommage à cette grande dame du cinéma algérien, inhumée, hier après la prière de Dohr, au cimetière d’El Alia.
Née le 20 mars 1954 à Alger, Yamina Bachir Chouikh, réalisatrice, scénariste et spécialiste du montage, fait ses premiers pas dans le monde du cinéma en 1973, lorsqu’elle intègre le Centre national du cinéma algérien, où elle s’initie à d’autres métiers dans le domaine de l’audiovisuel. Dès 1976, elle intègre les plateaux de tournage et fait partie de nombreuses productions cinématographiques algériennes, à l’instar de «Vent du Sud» de Mohammed-Lakhdar Hamina, «Omar Gatlato» de Merzak Allouache. Elle assume, par la suite, la responsabilité du montage sur la plupart des réalisations de Mohammed Chouikh, dont elle deviendra l’épouse, dans «La Citadelle», «Youcef ou la légende du Septième dormant», «L’Arche du désert», «Douar de femmes».
Le talent de la réalisatrice, qui sera reconnu et primé sur la scène internationale, sera révélé en 2002 par son premier long métrage «Rachida», une œuvre majeure dans l’histoire du cinéma algérien abordant le drame de la montée du terrorisme islamiste en Algérie. Cette œuvre, avec comme personnage principal une institutrice refusant de céder aux menaces terroristes au prix de sa vie, connaît un grand succès en Algérie, mais également dans des festivals internationaux prestigieux à l’instar du Festival de Cannes, du Festival Miroirs et Cinémas d’Afrique de Marseille et du Festival du film de Londres, où il est primé.
Très engagée dans le combat et la défense des droits des femmes algériennes, Yamina Bachir Chouikh réalise, en 2010, un poignant documentaire intitulé «Hier… aujourd’hui et demain», dédié à l’engagement des femmes algériennes pendant la guerre d’Algérie.
La passion du cinéma et le combat des femmes cinéastes a été transmis par cette mère courage à ses filles, la talentueuse réalisatrice Yasmine et la dynamique productrice Karima. Pour preuve. Le succès du long métrage «Until the End of Time» qui a raflé de nombreux prix sur la scène internationale.
Durant toute la journée d’hier ses filles mais, également, son mari et son fils Amine ont reçu de nombreux messages de condoléances et de témoignages sur les réseaux sociaux rendant hommage au talent de cette grande dame du cinéma algérien mais également sur les combats qu’elle menait autant pour la promotion du cinéma algérien que pour la défense du droits des femmes.
Un point commun à tous ces témoignages, «elle était un exemple de courage et de franchise face aux institutions et aux responsables qui détruisent le secteur culturel qu’elle a défendu jusqu’au bout». Mais aussi qu’«elle a toujours tendu la main à tous. Elle est l’une des rares qui s’adressaient aux jeunes en leur parlant d’égal à égal».
La réalisatrice, affectueusement surnommée Mina, aura ainsi marqué différentes générations du septième art algérien, mais aussi du monde de la culture tant elle était présente autant dans les événements littéraires et artistiques, partageant généreusement ses conseils avec bienveillance et modestie. Une présence dont l’absence se fait déjà ressentir dans les messages de condoléances à la famille avec ce message commun : «Tu vas terriblement me manquer Mina». Adieu l’artiste. n