Le tout nouveau ministre du Commerce, Kamel Rezig, dit vouloir faire obligation aux industriels d’affecter une partie de leur production à l’exportation.

Lundi, s’exprimant à l’ouverture d’une Journée d’études sur la loi de finances 2020, organisée par la Chambre locale de commerce et d’industrie, le ministre a indiqué que les industriels sont tenus à l’avenir d’affecter un taux entre 20 et 30% du volume de leur production vers les marchés extérieurs. Depuis son arrivée au ministère du Commerce, M. Kamel Rezig joue des muscles, tantôt avec les commerçants et les distributeurs de certains produits subventionnés, tantôt avec les industriels. Avec cette obligation, il s’agirait, pour le ministre, d’accélérer l’internationalisation du produit «made in Algeria» et d’inciter les entreprises à faire de l’exportation un axe de développement stratégique. Sauf que le ministre semble aller trop vite étant donné que le pays n’est pas encore outillé pour développer une stratégie tournée résolument vers l’exportation. Il est vrai que la faiblesse, voire la baisse, des exportations hors hydrocarbures alimentent les craintes d’une improbable diversification des ressources en devises, mais l’exportation est un métier à part entière qui ne s’invente pas du jour au lendemain. Pour l’heure, alors que les inquiétudes demeurent intactes sur l’essoufflement de l’activité économique, le défi numéro un pour nombre d’entreprises étant de survivre à la situation actuelle, marquée par la baisse de la consommation, des tensions qui pèsent sur la trésorerie, des difficultés d’approvisionnement en intrants, l’absence de perspectives sur le marché national… Dans de telles conditions, il est peu probable que les entreprises puissent s’investir pleinement sur des stratégies d’exportations, alors qu’en interne les patrons ont les pieds et les poings liés face à un contexte peu propice à l’investissement. Quand bien même les conditions sont favorables à l’internationalisation des produits algériens, l’acte d’exportation relève d’une stratégie propre à l’entreprise dans laquelle les politiques ne doivent aucunement s’ingérer, mais apporter leur soutien. De plus, toutes les entreprises ne sont pas intéressées par l’exportation. Encore faut-il que l’Etat commence par sensibiliser les entreprises publiques sur l’exportation avant de s’attaquer à la commercialisation des entreprises privées. Au plan purement politique, il faut se rendre à l’évidence que la faiblesse du commerce extérieur de l’Algérie est due essentiellement à l’absence d’une stratégie ciblant les marchés régionaux et internationaux, mais aussi de l’absence d’accords commerciaux avec les espaces économiques régionaux. Les premières expériences de l’Algérie en la matière se sont soldées par des pertes colossales, aussi bien dans les échanges avec les pays européens, dans le cadre de l’accord d’association entré en vigueur en septembre 2005, qu’avec les pays arabes au lendemain de l’adhésion de l’Algérie à la Zale. Les perspectives de la suppression des barrières douanières avec les pays africains font craindre un remake des précédentes situations où l’Algérie avait plus perdu avec ses partenaires qu’elle n’en a gagné. Du reste, pour que l’Algérie puisse tirer des dividendes des accords conclus avec les espaces économiques régionaux, il faut que l’Etat fasse sauter tous les obstacles qui se dressent sur le chemin de l’exportation, dont la loi sur la monnaie et le crédit qui demeure le principal obstacle qui s’érige sur le chemin des exportateurs, en plus du fait que les opérateurs ne sont pas accompagnés par les banques et les assureurs. A ces écueils, s’ajoute la faiblesse, voire l’inexistence, d’une logistique devant accompagner les efforts en faveur des exportations hors hydrocarbures. n