Les entreprises dont les patrons ont été incarcérés devraient incessamment renouer avec le fonctionnement normal de leurs activités. C’est du moins ce qui ressort des déclarations faites, hier, à l’APS par le ministre des Finances Mohamed Loukal. Ce dernier a, en effet, indiqué que le dégel des comptes bancaires de ces entreprises se fera «dans les plus brefs délais».

Une opération qui fait suite à la décision de l’autorité judiciaire de désigner des administrateurs indépendants pour gérer les entités concernées, à savoir celles appartenant aux groupes Haddad, Tahkout et Kouninef.
Le dispositif de sauvegarde des entreprises dont les patrons sont en prison a été, faut-il le rappeler, initié par un comité intersectoriel ad-hoc, institué par le Premier ministre et placé auprès du ministre des Finances. «Il permettra à ces entités de renouer rapidement avec un fonctionnement régulier et continu de leurs activités», a assuré M. Loukal.
Une bonne nouvelle sans doute pour les milliers de salariés qui attendent impatiemment leurs salaires depuis plusieurs mois. En effet, le ministre des Finances a déclaré que le dégel des comptes bancaires allait systématiquement permettre à ces entreprises de payer les arriérés de salaires. Monsieur Loukal va encore plus loin dans son optimisme en estimant que la désignation d’administrateurs indépendants, de statuts d’experts, tel que proposé à la justice par le comité, offrira surtout à ces entités «un appui et un soutien à leur potentiel humain et managérial».
Invité à expliquer la différence entre un administrateur judiciaire et un liquidateur, le ministre a tenu à souligner que les deux missions étaient complètement différentes, voire opposées. «Parfois, les gens confondent entre administrateur et liquidateur. Ce dernier est désigné pour liquider une entité avant sa dissolution. Or, le rôle de l’administrateur indépendant est, au contraire, de sauvegarder la société et veiller à réunir les conditions de sa bonne gouvernance», a-t-il expliqué, ajoutant que «c’est exactement l’objectif du gouvernement : conforter les assises financières et opérationnelles de ces entités dans le cadre de la sauvegarde de leurs potentiels de production et d’emplois», a poursuivi le ministre. Pour étayer ses dires, M. Loukal dira que certaines entreprises, concernées par la démarche de sauvegarde, «émargent à la commande publique et jouissent, dans ce cadre, d’un carnet de commandes consistant. Elles ont pour charge également la réalisation de projets industriels structurants pour l’économie nationale». A une autre question de savoir si l’administrateur indépendant avait, dans ses prérogatives, la possibilité de licencier des travailleurs, le ministre a répondu que «la mission de l’administrateur indépendant est, au contraire, de défendre les intérêts de l’entreprise et des travailleurs».
Outre la sauvegarde de dizaines de milliers de postes d’emplois, le dispositif piloté par le ministère des Finances permettra également, soutient l’argentier du pays, de relancer, dans un cadre «normalisé», les relations bancaires et commerciales avec les correspondants bancaires et partenaires internationaux, dans un climat positif. Il évitera ensuite un impact négatif sur le budget de l’Etat et les caisses de Sécurité sociale, consécutif au non-paiement des impôts et des cotisations sociales aux caisses d’assurance et de retraite.
Sauvegarde de la production et des emplois
Pour rappel, le 22 août dernier, le juge enquêteur, saisi des dossiers des sociétés appartenant aux groupes Haddad, Tahkout et Kouninef, a rendu des ordonnances de désignation de trois administrateurs, experts financiers agréés, pour la gestion de ces sociétés. Les administrateurs désignés sont Roumilli Larbi, pour le groupe Haddad, Haddoum Mohamed Larbi, pour le groupe Kouninef, et Chouddar Mohamed pour gérer et administrer les sociétés du groupe Tahkout. Dans un communiqué, le procureur général près la Cour d’Alger avait alors indiqué que la désignation de ces administrateurs répondait à «un souci d’assurer la pérennité des activités des dites sociétés et de leur permettre de préserver les postes d’emploi et d’honorer leurs engagements envers les tiers».
Résumant les objectifs fondamentaux de ce comité intersectoriel, chargé du suivi des activités économiques et de la préservation de l’outil de production national, M. Loukal a souligné que ce dispositif visait, «outre la sauvegarde de la production et des emplois, la préservation des intérêts de l’Etat, dans le cadre des marchés émargeant à la commande publique, conclus avec les entreprises concernées».
«La sécurité du marché intérieur, du fait des parts de marchés détenues par certaines de ces entités, la conduite des projets industriels en phase de réalisation ainsi que le maintien de la cadence de production pour les sociétés en exploitation, secteur automobile notamment, constituent les autres priorités du comité», a conclu le ministre des Finances.