Le maintien ou pas du rituel du sacrifice de l’Aïd El Adha, prévu vendredi, continue de faire parler des voix officielles jusqu’à créer une polémique entre le ministre des Affaires religieuses et des membres du Comité scientifique chargé du suivi et de l’évaluation de la pandémie de la Covid-19.

PAR MILINA KOUACI et NAZIM B.
Le ministre Youcef Belmehdi prend, depuis hier, la défense de la Commission de la fetwa directement critiquée, notamment par Mohamed Bekkat Berkani, suite à son prêche émis sur le rituel de l’égorgement du mouton et dans lequel elle a appelé les Algériens à se conformer aux règles de prévention lors du sacrifice. «La Commission de la fetwa a rendu sa décision, il ne lui reste qu’à en assumer les conséquences», a réagi M. Berkani après communication du contenu de l’avis de l’instance ministérielle, déplorant par la même occasion le primat de la décision des religieux sur la recommandation des scientifiques.
«En tant que médecins, nous n’avons pas demandé l’annulation de l’Aïd (…) Nous avons demandé l’annulation exceptionnelle du rituel du sacrifice pour des considérations sanitaires», a-t-il souligné, tout en relevant que 30 % des contaminations au coronavirus sont d’origine familiale, d’où la crainte de voir la propagation du virus atteindre un niveau encore plus élevé à l’occasion de la prochaine fête.
Mais depuis hier, c’est le ministre des Affaires religieuses qui est intervenu, non seulement pour défendre l’avis des religieux, mais pour dire que l’avis de la Commission de la fetwa favorable au maintien du rituel de l’Aïd a été pris après concertation avec le comité scientifique. «Nous avons essayé de sortir avec un avis qui puisse constituer un consensus, tant du point de vue religieux que scientifique», soutient M. Belmehdi, qui a justifié le retard pris par la commission pour rendre public son avis par le souci de recueillir les informations nécessaires auprès du comité scientifique.
«Le retard pris la commission pour émettre son avis sur la question est dû à son souci de collecter toutes les informations de la part du comité scientifique Covid-19», a souligné M. Belmehdi, dans ce qui s’apparente à une remise des pendules à l’heure. Mais surtout un désaveu à la montée au créneau des membres du comité scientifique, qui ne manqueront pas, selon toute vraisemblance, de réagir au soutien que vient d’apporter le ministre à la Commission de la fetwa.
Même s’il semble avoir choisi son camp dans cette équation, le ministre est resté «conciliant» à l’égard du comité scientifique dont c’est le seul avis à «prendre en considération», dit-il alors que les appels des autres collectifs scientifiques à surseoir au rituel de l’aïd à cause de la crise sanitaire ne trouvent pas trop de grâce aux yeux de M. Belmehdi.
Ce dernier a approuvé, par ailleurs, la décision du maintien de la fermeture des mosquées pour les mêmes raisons sanitaires. «Je comprends le désir des citoyens de revenir aux mosquées, mais la situation sanitaire ne permet pas encore de rouvrir les mosquées notamment après la recrudescence des cas de contamination à la Covid-19», a-t-il déclaré lors de son passage sur les ondes de la Radio nationale, expliquant que «le souci des autorités compétentes demeure la préservation des vies humaines».
Il a annoncé, à ce propos, que 166 imams ont été contaminés à la Covid-19 et 16 autres en sont décédés. «La question qu’on doit se poser n’est pas tant quand on va rouvrir les mosquées, mais quel est notre degré de conscience pour se conformer aux mesures sanitaires», estime le ministre, qui a affirmé ne s’en tenir, s’agissant de la décision de réouverture ou pas des lieux de prière, qu’à l’avis du Comité scientifique chargé du suivi de la pandémie.<