L’Entreprise nationale des industries de l’électroménager (Eniem) est à l’arrêt technique depuis l’entame du mois en cours, et la reprise de ses activités, prévue début janvier 2021, risque de ne pas avoir lieu si de l’argent frais n’est pas débloqué d’ici cette échéance au profit d’une entreprise publique qui se trouve au bord de l’asphyxie financière, entre manque de fonds et dettes auprès des banques.
Mais, bien plus que d’argent, l’Eniem souffre d’un problème structurel qui, lui aussi, réduirait la portée de tout soutien financier consenti par les pouvoirs publics, s’il n’est pas solutionné en tant que priorité inscrite dans le plan de relance de la filiale du groupe Holding Elec El-Djazaïr.
Cette position inconfortable et le mouvement de contestation déclenché par les travailleurs de l’Eniem, en réponse à leur mise au chômage technique par le Conseil d’administration, pour une durée d’un mois, ont de nouveau fait réagir le ministre de l’Industrie. Pour Ferhat Aït Ali Braham «l’Eniem pâtit d’un dysfonctionnement» que les services de son département «tentent de solutionner», a-t-il indiqué jeudi en marge d’une séance plénière à l’Assemblée populaire nationale (APN) consacrée aux questions orales.
Pour M. Aït Ali, «il n’est pas concevable qu’une entreprise économique de la taille et de la notoriété d’Eniem ne réalise pas des gains». Il considère que ce fleuron de l’industrie nationale dans les années 1970-1980 a subi de plein fouet la «concurrence déloyale» d’entreprises privées. «L’Eniem et l’Enie ont été concurrencées, pendant deux décennies, par des activités de montage qui ont bénéficié de beaucoup d’avantages», a fait remarquer le ministre, soulignant que «l’Eniem était dans l’obligation de suivre la vague en ayant recours à l’intégration, mais avec des charges d’exploitation autrement plus importantes que celles des concurrents».
Les revendications des travailleurs de l’entreprise, portant relance de son activité, sont «logiques et légitimes», ajoutera le premier responsable du secteur, précisant, toutefois, que la relance de l’entreprise et sa restructuration exigent des fonds au vu des dettes qui pèsent sur cette entreprise». Il rappellera, à ce propos, que le gouvernement avait accordé à l’Eniem un crédit de 1,2 milliard de dinars au début de l’année, en vue de relancer ses activités, ce qui lui a permis effectivement d’assurer une continuité, mais son rendement s’était de nouveau contracté les derniers mois, d’où le besoin en crédits bancaires, a expliqué le ministre. Mais ce montant, débloqué par la Banque extérieure d’Algérie (BEA), n’a pas suffi à épargner à l’entreprise ce nouvel arrêt technique après celui en février dernier. Il a permis l’achat de kits CKD-SKD et «d’assurer la production jusqu’à seulement octobre», a indiqué, mardi dernier, son PDG Djillali Mouazer, précisant que «la banque a déjà débité l’entreprise de 730 millions DA» sur le prêt accordé «avant même l’expiration de l’échéance de 9 mois», contractée dans leur accord.
Sur le même chapitre de financement, Ferhat Aït Ali a précisé aux députés que les missions de son ministère consistent en l’encouragement et en le développement de l’investissement, mais, a-t-il ajouté, le ministère n’a pas le droit d’intervenir dans le financement de l’investissement ou l’approvisionnement en matières premières. «Le rôle du ministère est d’établir des procès-verbaux de constat sur les investissements, le mode de leur gestion et sur leur conformité aux cahiers des charges relatifs à l’exercice de l’activité».
A ce titre, il a rappelé que son département ministériel avait instruit, en mai 2020, l’ensemble des directeurs de wilaya chargés de l’industrie, d’établir sur le terrain des procès-verbaux de constat concernant les projets d’investissement. C’est visiblement dans ce cadre qu’une délégation du même ministère s’est rendue mercredi dernier à Tizi-Ouzou pour s’enquérir de la situation prévalant à l’usine de l’Eniem.
La délégation, composée du Directeur général de la gestion du secteur public marchand au niveau du ministère, accompagnée de deux inspectrices, a rencontré, dans la matinée, les représentants des travailleurs au siège de la wilaya et s’est, ensuite, entretenue avec la direction de l’entreprise.
«Les travailleurs qui rejettent la décision d’arrêt technique des activités prise par la direction du groupe ont campé sur leur position, tout en exigeant le départ de l’actuelle direction», a fait savoir le secrétaire général de l’Union de wilaya de l’UGTA, Kamel Limani.
En effet, dès le premier jour de l’entrée en vigueur de l’arrêt technique, décidé par la direction de l’Eniem, les travailleurs de l’entreprise ont protesté, exprimant leur refus de cette option sociale. Sur leur lancée, ils ont appelé à la mise à l’écart du PDG et de son staff qu’ils accusent d’être à l’origine de la situation dramatique de l’usine de Oued Aïssi.
De son côté, le premier responsable de l’Eniem continue à expliquer les raisons de la décision prise dimanche dernier, en mettant en avant «le refus des banques de nous accorder des crédits pour l’acquisition des matières premières». M. Mouazer a également informé la délégation du «blocage, au niveau des douanes, d’un lot de matériel CKD/SKD importé par le groupe en raison de l’absence d’autorisation d’importation et d’exploitation de la matière première en CKD/SKD». Pour rappel, lundi, la direction de l’Eniem avait annoncé «un arrêt technique d’activité d’une durée d’un mois (du 1 au 31 décembre) pour cause de «contraintes financières» et «rupture des stocks des matières premières entraînant de fait l’arrêt de la production». <