Dans une interview accordée à l’agence S&P Global Platt, le ministre de l’Energie, Abdelmadjid Attar, a plaidé en faveur d’une coopération entre les producteurs de gaz afin de pouvoir stabiliser le marché qui, d’après le ministre, connaît une importante dynamique sans que celle-ci ne se traduise par la stabilisation du marché.

«Je pense que cette crise est une opportunité d’innover et d’explorer les voies et moyens de renforcer davantage le Forum des pays exportateurs de gaz (GECF)», a-t-il déclaré. «Bien sûr, les marchés du gaz sont différents des marchés du pétrole, mais la coopération entre les producteurs et la stabilité du marché sont toutes aussi importantes», estime le ministre, qui semble plaider en faveur d’une coopération entre les pays producteurs de gaz à la lumière de ce qui se fait actuellement sur le marché pétrolier. La proposition du ministre sonne comme une invitation à asseoir un mécanisme de coopération formel, réunissant les producteurs mondiaux de gaz, dans le but de penser une réponse coordonnée aux bas prix pratiqués sur les marchés du gaz. Abdelmadjid Attar devrait présider, d’ailleurs, le 12 novembre prochain, à Alger, une réunion ministérielle des Etats siégeant dans le Forum des pays exportateurs de gaz (GECF). Le ministre relance ainsi de plus belle, à quelques semaines de la tenue de la réunion du GECF à Alger, l’idée d’une Opep du gaz qui avait fait jaser dans les milieux pétroliers et gaziers. L’idée selon laquelle le GECF pourrait se transformer en une «Opep du gaz» avec le pouvoir de gérer les marchés grâce à une intervention sur l’approvisionnement, a circulé ces dernières années, mais le groupe a jusqu’à présent exclu une gestion coordonnée du marché. Cependant, le secrétaire général du GECF, Yury Sentyurin, a déclaré en juin qu’il considérait l’Opep comme un «modèle» pour les activités du groupe des pays exportateurs de gaz, affirmant qu’il était «grand temps» de mettre en œuvre les connaissances et les solutions de l’industrie pétrolière. Le GECF, dont les membres comprennent les poids lourds du gaz, la Russie, le Qatar et l’Iran, a vu le jour en 2001 et détient environ 70% des réserves mondiales de gaz prouvées. Dans son interview, Abdelmadjid Attar fait le constat de marchés mondiaux du gaz sur-approvisionnés depuis début 2019 et la pandémie de coronavirus n’a fait qu’aggraver le déséquilibre. La faiblesse de la demande a affecté également l’Algérie, dont les exportations de GNL ont totalisé 37,5 milliards de mètres cubes en 2019.
Sonatrach,
un acteur fiable
Une demande nettement plus faible a affecté les flux en 2020. Le ministre de l’Energie a déploré l’état actuel des marchés mondiaux du gaz et le manque de stabilité dont ils souffrent, soulignant que les «les prix du gaz ont chuté à des niveaux historiquement bas et la dynamique actuelle du marché n’a pas réussi à conduire vers sa stabilisation». Sur les marges de manœuvre dont dispose le groupe Sonelgaz sur un marché mutant et dont les prix sont à des niveaux bas, Abdelmadjid Attar a indiqué que le gouvernement et le groupe Sonatrach travaillaient pour compenser l’impact de la pandémie sur l’industrie gazière algérienne. «Sonatrach a géré cette situation exceptionnelle avec ses clients grâce aux flexibilités déjà prévues dans ses contrats gaziers, mais aussi à travers des solutions qui s’adaptent aux conditions du marché», a-t-il expliqué dans son interview à S&P Global Platt. «Sonatrach est en discussion permanente avec ses clients pour trouver des solutions consensuelles, notamment en termes de flexibilité opérationnelle afin de faire face à cette situation exceptionnelle», a-t-il ajouté. De l’avis du ministre de l’Energie, les marchés du gaz ont évolué ; il y a plus d’acteurs, plus de diversité dans les contrats et des mécanismes de tarification et plus de concurrence entre les acteurs.
De ce fait, précise-t-il, Sonatrach est un acteur important sur le marché du gaz et a développé une réputation de fournisseur fiable. Sa stratégie de coopération est basée sur un esprit «gagnant-gagnant», notamment avec ses partenaires européens. Abdelmadjid Attar a assuré qu’il n’y a aucune crainte à nourrir quant aux capacités de Sonatrach à honorer ses engagements contractuels en ayant «la flexibilité de placer des quantités supplémentaires sur le marché au comptant». Il a ajouté qu’un projet en cours au port de Skikda permettra aux très grands transporteurs de gaz de charger des cargaisons, élargissant ainsi la gamme d’options d’approvisionnement en GNL.
La compagnie publique des hydrocarbures a entamé depuis maintenant plusieurs années une stratégie de diversification de ses clients, allant jusqu’à approvisionner des pays asiatiques, dont la Corée du Sud, le Pakistan et l’Inde. Abdelmadjid Attar fait savoir à juste titre que «la stratégie marketing de Sonatrach est également axée sur la diversification et l’expansion de son portefeuille de clients». Malgré les prix bas actuels et l’environnement difficile dans lequel évolue le marché difficile, Abdelmadjid Attar dit avoir la certitude que le gaz restera un carburant clé à l’avenir. «Je pense que cette situation va s’améliorer progressivement.
Le gaz est un combustible de choix et sa part dans le mix énergétique mondial augmentera», a-t-il conclu. <