Par Feriel Nourine
Les bornes électriques qui avaient été importées par l’Algérie, mais qui dorment depuis dans les dépôts, vont bientôt trouver place dans les stations-service de Naftal implantées le long de l’autoroute Est-Ouest. C’est ce qu’a indiqué mardi le ministre de la Transition énergétique et des Energies renouvelables, Chems-Eddine Chitour, dans une intervention versée au compte de la voiture électrique que M. Chitour considère comme une alternative au véhicule à motorisation thermique, avec sa valeur certaine d’économie de devises pour l’Algérie, mais aussi de réduction de la pollution.
Une option qu’il défend à chaque fois que l’opportunité lui est offerte. Cette fois-ci, c’est à l´issue d´une réunion de concertation avec le ministre de la Poste et des Télécommunications sur la transition énergétique dans ce dernier secteur qu’il a de nouveau plaidé pour l’introduction de la version électrique dans le marché automobile algérien, considérant que «la voiture électrique est une chance pour l´Algérie de sortir de cette dépendance aux hydrocarbures».
Et de relever que «l´Algérie achète chaque année deux milliards de tonnes de carburants» et que «d´ici 2030, la tonne de CO2 émise, selon le Groupe des experts climat de l’ONU (Giec), sera de plus en plus chère et, par la même, il y aura de moins en moins de voitures thermiques». Comprendre que le Giec a défini que la tonne de CO2 devait connaitre une importante augmentation pour atteindre en 2030 les 100 euros.
Une raison parmi tant d’autres qui pousse l’ex-professeur à l’Ecole nationale polytechnique à maintenir en éveil son vœu de voir le véhicule électrique rouler sur les routes algériennes. L’on se souvient, en effet, que M. Chitour défend cette option depuis au moins une quinzaine d’années, et aujourd’hui, il semble vouloir profiter de la marge de manœuvre dont il jouit à la tête d’un ministère qui a été créé presque sur mesure à ses objectifs de transition énergétique pour faire admettre sa vision.
Sauf qu’il y a une quinzaine d’années, le marché de l’automobile en Algérie vivait en mode boom qui ouvrait la voie à toutes les options, dont celle du véhicule électrique, alors qu’aujourd’hui, ce même marché est en train de sombrer dans une pénurie du neuf qui dure depuis déjà plus d’une année, faisant pousser des ailes au véhicule de l’occasion, alors que le ministre de l’Industrie semble prendre un réel plaisir à faire de l’importation des véhicules un véritable parcours du combattant pour ceux qui ont souscrit à l’activité de concessionnaire.
Mais le ministre tient à son projet et déclare que «la voiture électrique est un chantier que nous sommes en train de faire admettre au gouvernement». Sauf qu’«il y a des réticences de la part de la société qui n´est pas encore prête à se lancer dans cette nouvelle technologie», relève-t-il et, partant, «il faut sensibiliser le citoyen à acquérir ce type de véhicule», a-t-il encore dit, faisant savoir que «le plein de la voiture électrique coûte 5 fois moins cher que celui d´une voiture à essence».
La réticence observée par M. Chitour n’est pas propre à la société algérienne, faut-il le souligner. Dans les pays où aujourd’hui les véhicule hybride et électrique possèdent une bonne place dans le parc automobile roulant, il a fallu énormément d’efforts pour convaincre de l’utilité de ce changement. C’est d’ailleurs au Japon que l’hybride a vu le jour chez le numéro un mondial Toyota, dans un pays où les réticences sont moins évidentes face à l’évolution technologique, alors que dans les continents européen et américain, ce sont des plans hybride-électrique entier qui ont été initiés pour convaincre les citoyens de migrer vers ces deux versions. Ce qui n’empêche pas le thermique de conserver à ce jour la première place dans le ventes. En Europe, par exemple, ce sont plus de 1,045 millions de véhicules 100% électriques et véhicules hybrides rechargeables qui ont été écoulés en 2020, dont 10,5 % de voitures électriques.
En dépit de cette tendance en hausse, le véhicule conventionnel trône toujours en haut des bilans, avec 75,5% de parts de marché réalisés l’année dernière.
Dans le cas de l’Algérie, Toyota Algérie avait osé une tentative en présentant les modèles Prius et Camry version hybride lors du salon de l’automobile de 2011. Et c’est le même M. Chitour, alors professeur universitaire défendant sans répit la transition énergétique, qui avait été chargé d’animer une conférence de presse pour faire la promotion de cette démarche inédite. Laquelle avait donné lieu à l’importation d’une vingtaine d’exemplaires par le représentant du géant nippon, et précurseur sur ce registre. Quatre ou cinq unités ont été vendues à des particuliers, alors que le reste des véhicules a fini par être affecté parc de l’entreprise, faute de preneurs.
Depuis, Chems-Eddine Chitour n’a pas changé de position, et plus que jamais auparavant, il laisse transparaître les signes d’une détermination solide à réaliser un vœu qui lui est cher. Ceci d’utant qu’il peut compter sur le soutien du président de la République qui avait déjà exhorté les parties concernées à lancer une réflexion sur ce sujet pour réduire de la facture d’importation de carburant.
Aujourd’hui, M. Chitour annonce que des véhicules électriques vont être acquis, sans dire par qui. Ils ne le seront sans doute pas au prix de «10 000 dollars seulement» l’exemplaire, comme stimé par le ministre dans sa même intervention de lundi.