Le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière a témoigné hier de son respect et de son estime aux médecins et personnels soignants engagés dans la longue et épuisante lutte contre la pandémie du nouveau coronavirus. Les syndicats du secteur apprécient le geste d’Abderrahmane Benbouzid, mais ne manquent pas de rappeler, dans un cri d’alarme, les mouvements de protestation en cours dans les différents corps contre les difficultés socio-professionnelles dans lesquelles se débattent les femmes et les hommes qui exercent dans les hôpitaux, les cliniques, les dispensaires et les laboratoires. Parmi les revendications, le versement des «primes Covid» en retard depuis un semestre.

Par Sihem Bounabi
Dans un contexte marqué par une grogne de plus en plus perceptible dans les rangs des professionnels de la santé, le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, Abderrahmane Benbouzid a, dans un geste d’apaisement, tenu hier à rendre hommage à «l’ensemble des travailleurs du secteur, toutes catégories confondues».
«Ils ont fait preuve d’un haut degré de conscience, de bravoure et de dévouement dans leur travail pour faire face à cette pandémie, par leur engagement héroïque en matière de prise en charge médicale et sanitaire assurée aux personnes atteintes de la Covid-19», a-t-il dit. Le ministre de la Santé s’est exprimé, hier à Alger, à l’occasion d’une journée d’hommage, initiée par la Société algérienne de médecine générale (SAMG), au travail remarquable accompli par les blouses blanches durant la pandémie de la Covid-19.
Il a ainsi tenu à rendre hommage «au grand sacrifice de l’Armée blanche qui, jusqu’à présent, s’acquitte pleinement de ses missions depuis l’apparition de la pandémie qui a causé le décès de plus de 3 000 personnes en Algérie, dont 163 travailleurs du secteur de la santé, et plus de 13 000 personnes de ce secteur ont été infectées». Le ministre a affirmé dans ce sillage que la priorité à la vaccination depuis le début de la campagne nationale, «a été accordée aux travailleurs de la santé, étant les plus exposés au danger». Il a également rappelé la récompense accordée par le Président de la République Abdelmadjid Tebboune, sous forme de prime mensuelle exceptionnelle en contrepartie du risque quotidien auquel ils sont exposés dans l’exercice de leurs fonctions.
Le ministre de la Santé estime ainsi que «cette journée d’hommage réconfortera l’Armée blanche qui demeure toujours en première ligne, protégeant le citoyen dans sa guerre contre cette pandémie et faisant des sacrifices pour la santé des autres».
Malgré les promesses, les primes Covid toujours en attente
Dans les rangs des professionnels de la santé, même si cet hommage est apprécié comme une marque de reconnaissance et de gratitude, le véritable réconfort attendu est la concrétisation sur le terrain des engagements du président de la République, d’une part, et des revendications socioprofessionnelles, d’autre part, qui traînent depuis des années et qui poussent les différents syndicats au retour des actions de protestation.
Justement, en ce jour d’hommage, le Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP) organise pour la deuxième journée consécutive un piquet de grève à Ouargla, où le personnel de la santé interpelle la tutelle quant à leurs «conditions de travail et le mépris de la direction de la santé de la wilaya». Il y a quelques jours, le président du SNPSP avait annoncé que les adhérents allaient renouer avec la protestation pour des revendications socio-professionnelles, et également réclamer le versement des primes Covid-19, des indemnités promises aux familles, ainsi que la bonification des retraites décidée par le président de la République.
Pour sa part, le Syndicat algérien des biologistes de la santé publique (SABSP) réclame aussi, qu’au-delà des hommages, la véritable marque de reconnaissance au personnel de la santé est de passer aux actes concrets en prenant en considération sérieusement les revendications socio-professionnelles. Youcef Boudjelal, secrétaire général du SABSP, a déclaré, hier, que «si on veut vraiment rendre hommage au dévouement du personnel de la santé dans le cadre de la lutte contre la pandémie de la Covid-19, on applique les décisions du président de la République au profit du personnel de la santé», déplorant que «pour le moment, la prime Covid n’a pas été versée depuis deux trimestres». «Une année est passée et il n’y a toujours pas d’application sur le terrain de la bonification des retraites pour le personnel de la santé, mobilisé dans le cadre de la pandémie de la Covid-19». Ajoutant «à notre connaissance, aucune famille du personnel de la santé n’a encore perçu l’indemnité de 100 millions de centimes suite au décès d’un proche de la Covid-19 dans le cadre de son travail». Le secrétaire général du SABSP ajoute qu’au-delà de la problématique de l’application des mesures incitatives dans le cadre de la lutte contre la pandémie, une autre se pose spécifiquement pour les biologistes. Il affirme que «dès le début de la pandémie, les biologistes ont été fortement mobilisés au niveau des laboratoires et cela continue. Pour preuve, demain jeudi, je suis mobilisé pour une mission officielle à Oued Souf pour l’ouverture d’un laboratoire à l’université, sachant que c’est le premier laboratoire universitaire qui sera lancé pour toute la région du Sud. C’est pour vous dire que la charge de travail qui pèse sur les épaules des biologistes est énorme».
Il dénonce dans ce sillage le manque flagrant de considération de la part des responsables qui ignorent complètement le corps des biologistes bien qu’il soit fortement impliqué dans le cadre de la lutte contre le coronavirus. Youcef Boudjelal, affirme que «toutes nos demandes d’audience pour rencontrer des responsables du ministère de la Santé ou celui du Travail, afin de présenter nos doléances quant aux conditions et revendications socioprofessionnelles, sont restées sans réponse». Face à ce constat d’une forme de marginalisation et de mépris de la part des responsables, «les biologistes sont en colère». «Nous sommes marginalisés, on a subi beaucoup de pression, sans congés professionnels avec tous les risques de contamination et lorsqu’on réclame la révision de notre statut, c’est silence radio». Concluant : «Aujourd’hui, on continue d’être mobilisés, en plus des efforts dans le cadre de tests de dépistage, nous le sommes également dans la campagne de vaccination. Mais, sincèrement, en tant que syndicat, on pense de plus en plus à des actions de protestation pour faire entendre notre voix pour la révision de notre statut».