C’est une annonce pour le moins inattendue qu’a faite le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, Abderrahmane Benbouzid. Il a révélé que vingt variants de Covid-19 ont été détectés en Algérie. Sollicité sur la question de l’ouverture des frontières ou de les maintenir fermées, en marge d’une visite de travail dans la capitale, le ministre a réitéré que cela n’était pas de son ressort et que la décision revient à la plus haute autorité du pays, avant d’évoquer la question des variants.

PAR INES DALI
«En tant que président du Conseil scientifique et ministre de la Santé, j’ai répondu à cette question concernant la réouverture des frontières et j’ai dit que ce n’était pas de mon ressort», a-t-il déclaré. «Je peux, en revanche, vous parler des vingt variants qui n’ont pas été détectés aux tests PCR», a enchainé de suite le ministre. «Pour les frontières, en tant que Comité scientifique, nous avons mis en place un protocole que nous avons soumis au Premier ministère. Maintenant, la décision de rouvrir les frontières ou pas, cela va être discuté au Conseil des ministres et la décision finale revient au président de la République», affirmé le Pr Abderrahmane Benbouzid, en marge de la visite qu’il a effectuée hier matin, au Centre hospitalo-universitaire (CHU) Mustapha-Bacha. Le professeur Benbouzid n’a, toutefois, pas donné plus de précisions sur les variants détectés.
L’annonce surprenante qu’il a faite n’est tout de même pas anodine et soulève moult autres questionnements en relation avec la situation épidémique du pays, où l’on sait qu’il y a déjà la présence de variants britannique, nigérian et indien, à forte contagiosité. A cela s’ajoute la situation de relâchement avec le constat que les gestes barrières sont aux oubliettes et que très rares sont les personnes qui continuent à les observer.
Contacté pour donner son avis à propos des vingt variants, le professeur Kamel Djenouhat, président de la Société algérienne d’immunologie (SAI), a déclaré que c’est connu qu’il y a beaucoup de variants de par le monde, mais que très peu qui sont vraiment dangereux. «Il y a probablement des centaines de variants dans le monde, mais ce qu’on appelle les variants préoccupants sont au nombre de quatre ou cinq, le britannique, le brésilien, le sud-africain, le nigérian et l’indien. Il y a aussi le californien je pense».
Il a ajouté, à titre illustratif pour expliquer la multitude de variants, que même «pour le variant indien que nous avons en Algérie, par exemple, il faut savoir qu’il existe trois sous-variants». Ainsi, selon le professeur Djenouhat, malgré l’existence d’un nombre important de variants, on ne parle pratiquement beaucoup que des variants britannique, nigérian, indien, brésilien et sud-africain «parce que ce sont les plus préoccupants», a-t-il fait savoir, d’où la possibilité que d’autres variants que ceux cités et dont tout le monde parle existent en Algérie. Ce qui est de nature à faire craindre que leur transmission vienne concourir à faire encore plus de cas, surtout au lendemain du ramadan et de l’Aid, deux périodes durant lesquelles les comportements ont été déplorés par les professionnels de la santé concernant le non-respect des mesures de prévention, notamment à propos du masque et de la distanciation physique.

Situation épidémique et ouverture des frontières : l’avis du Pr Djenouhat
Le professeur Djenouhat, qui est également chef de service du laboratoire central l’Etablissement public hospitalier (EPH) de Rouiba, a estimé que les conséquences ne peuvent pas être visibles pour le moment. «Les conséquences du relâchement de ramadan et des jours de fête, on ne peut les voir que deux ou trois semaines après», a-t-il indiqué. Pour ce qui est des cas confirmés de Covid-19 pour lesquels une baisse est constatée ces derniers jours, il a expliqué que «la diminution durant cette semaine pourrait être due, à mon avis, à la non-réalisation des tests PCR par tous les laboratoires durant cette période de l’Aid», d’où, il faut encore «patienter un peu pendant quinze à vingt jours et on verra ensuite pour se prononcer sur cette question». Pour lui, il se peut qu’il y ait un «léger rebond, ce qui est normal», mais il ne s’attend pas à ce qu’il y ait une flambée de la pandémie.
La présence des variants importés est encore plus à l’ordre du jour, surtout avec l’ouverture des frontières qui, malgré les conditions d’entrée et les protocoles sanitaires élaborés pourrait, tout de même constituer un élément favorisant à faire augmenter les cas et d’autres variants en Algérie. C’est un sujet sur lequel le président de la Société algérienne d’immunologie se montre modéré et se dit ne pas avoir une grande appréhension.
«C’est bien qu’on pense à ouvrir les frontières et avec les restrictions qui ont été annoncées», a-t-il estimé. Ces restrictions permettront à faire «diminuer nettement l’émergence» d’un nombre de cas tel que celui appréhendé par d’autres professionnels de la santé et «contribueront, donc, à limiter aussi l’entrée des variants préoccupants puisqu’on va faire les tests PCR et antigéniques, de même qu’il y aura ce confinement de dix jours pour les sujets testés positifs» au Covid-19,», selon le Pr Djenouhat.
En revanche, il émet une remarque concernant les voyageurs en Algérie qui auraient été vaccinés contre le coronavirus. «C’est un avis personnel, mais je pense que les personnes qui vont entrer dans le pays et qui ont reçu leur deux doses de vaccin n’auront pas besoin de test ou de confinement», a-t-il suggéré, soulignant que les sujets qui se disent vaccinés doivent, bien sûr, le prouver en présentant une carte de vaccination. <