Abderrahmane Benbouzid a procédé hier à un examen de la situation sanitaire actuelle dans le pays et s’inquiète en particulier de la hausse du nombre de malades atteints du nouveau coronavirus et placés en services de réanimation en raison de la gravité de leur état de santé. Leur nombre est passé de 21 au premier jour de juin à 53 vendredi dernier, soit 32 patients supplémentaires admis en soins intensifs, alors qu’on signale une nouvelle pression sur les hôpitaux qui sont à 75% de leurs capacités et qu’on évoque le risque d’un retour au confinement dans les régions et les villes qui ne respectent pas les règles sanitaires. Le ministre fait rappeler que le nouveau coronavirus continue de circuler au sein de la population en raison de la baisse de vigilance et de l’abandon des gestes barrières. Il n’exclut pas non plus l’hypothèse d’une mutation plus virulente du Covid-19.

A l’heure du déconfinement progressif et flexible que connait le pays, le nombre des cas confirmés de coronavirus (Covid-19) et des patients en réanimation est en train d’enregistrer de légères hausses ces derniers jours. S’exprimant à ce sujet, le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, Abderrahmane Benbouzid, a affirmé qu’«on ne peut pas considérer comme une deuxième vague la situation épidémique actuelle» qui connait une hausse du nombre de cas confirmés de coronavirus, tout en indiquant que «ce sont les cas en réanimation qui inquiètent».
«Pour l’heure, nous ne pouvons pas parler de deuxième vague de coronavirus avec la réapparition de nouveaux cas. Il faut savoir que cette même situation est vécue et constatée à travers les pays du monde entier durant les dernières semaines et notamment la dernière semaine» après que ces pays eurent procédé, eux aussi, à un déconfinement partiel, a déclaré le Pr Benbouzid, hier, à l’occasion d’une visite de travail dans la wilaya de Boumerdès.
Il a donné l’exemple de certains pays qui ont vu le nombre de cas flamber, dont un qui «ne dépassait pas les 100 cas confirmés par jour et qui a enregistré près de 600 cas» pour la seule journée de vendredi. «Cette situation de hausse est constatée dans tous les pays», a réitéré le ministre de la Santé, notant qu’il est difficile à la communauté scientifique d’affirmer quoi que ce soit en ce qui concerne le coronavirus en étant absolument sûre de ce qu’elle avance.
«Nous avons vu que des laboratoires internationaux de renom qui possèdent un très haut niveau ainsi que des professeurs et chercheurs, de très haut niveau aussi, ont chacun avancé des théories à un certain moment de la pandémie, avant de se raviser et de faire marche arrière, parfois dans les heures qui suivent leurs déclarations sur ce virus», a indiqué le Pr Benbouzid.
«Tout ceci est révélateur de la non-maitrise de façon scientifique du nouveau coronavirus», a-t-il déclaré, expliquant que «la nature changeante ou mutante de ce virus est probablement la cause de sa non-maitrise jusqu’à l’heure actuelle» et qui a fait en sorte que «ceux qui se sont prononcés sur ce virus sont revenus sur leurs propos». Et au Pr Benbouzid d’insister que «la réapparition de nouveaux cas n’est pas propre à l’Algérie, mais elle est valable à l’échelle mondiale», estimant que ce qui attire l’attention, c’est le nombre de personnes en réanimation qui est passé de 21 le premier jour du mois courant à 53 vendredi dernier, soit 32 malades en réanimation de plus en dix-neuf jours.

«La virulence du virus est peut-être plus élevée»
«Il y a, certes, constat d’une augmentation du nombre des cas confirmés, mais ce n’est pas ce qui inquiète. Ce qu’il l’est, en revanche, c’est la hausse des cas en réanimation, donc des cas graves», a reconnu le ministre, poursuivant que «cela signifie, peut-être, que la virulence du virus s’est élevée, mais cela peut signifier aussi qu’il y a plus de cas. On sait bien que le virus circule au sein de la population».
La remontée des informations de certaines wilayas indique que certains hôpitaux sont dans une situation un peu difficile vue la hausse des cas. Ils sont à «une moyenne de 75% de leurs capacités», a dit le ministre. Dans ce cadre, il avait cité, jeudi dernier, les wilayas de Biskra et de Sétif, cette dernière ayant vu la fermeture de nombreux marchés et commerces après le nombre de cas élevés qu’elle a enregistrés.
«Ce sont les cas suspects admis et qui attendent les résultats qui sont à l’origine du remplissage de 75% de certains hôpitaux», a-t-il expliqué, révélant avoir demandé au Comité scientifique de veille et de suivi de l’épidémie de coronavirus d’étudier la possibilité de réduire la durée du séjour hospitalier à 5 jours» et de «voir dans quelle mesure les cas bénins peuvent-ils être traités».
Anticipant sur d’éventuelles interprétations qui ne vont pas dans le sens de ses déclarations, le Pr Benbouzid a affirmé : «Je précise que cela se fait partout ailleurs, que l’on ne pense pas que c’est nous qui voulons cacher une réalité. Ils sont rares les pays qui confinent pendant 14 jours tous les cas suspects comme nous le faisons». Même les personnes que le pays a «rapatriées de l’étranger ont été confinées et pris en charge pendant 14 jours dans des hôtels», a-t-il encore rappelé, faisant savoir que «le Comité scientifique va étudier la possibilité de confiner certains patients et les traiter chez eux». Afin d’étudier la situation dans son ensemble, «une réunion est prévue demain (aujourd’hui, ndlr) avec le Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus pour prendre les mesures et décisions qui s’imposent dans de pareils cas et de les adapter à la situation actuelle, comme nous l’avons déjà fait auparavant», a souligné le ministre de la Santé.
A la question de savoir s’il y pouvait y avoir actuellement une flexibilité des horaires de confinement, en les réaménageant comme cela a été le cas pour certaines wilayas, il a réitéré que «cette décision ne dépend pas du Comité scientifique mais de l’autorité politique qu’est le Premier ministre», rappelant que la mission dudit Comité est de «suivre la situation de la pandémie de Covid-19 et d’établir un état des lieux ainsi que les protocoles sanitaires à appliquer lors des déconfinements».

Reconfinement possible dans certaines wilayas
Si l’éventualité de «reconfinement» plane toujours sur «certaines wilayas», le ministre s’est voulu compréhensif en reconnaissant «la difficile applicabilité du confinement en raison de la situation sociale», citant dans ce cadre «les conditions de vie d’une frange importante de la population souvent contrainte à l’exiguïté».
«Il est très difficile de confiner chez nous. Vous avez des familles nombreuses, de 12 ou 13 personnes vivant dans un appartement. C’est ce qui explique qu’après les horaires de confinement on trouve des jeunes rassemblés devant les cages d’escaliers. Il ne faut pas voir que les gens qui ont une grande maison, il faut voir aussi les gens des quartiers populaires», a-t-il justifié. Mais il n’écarte pas la possibilité d’aller vers un déconfinement puisqu’il affirme, également, que s’«il y a lieu de déconfiner de façon impérative on le fera, tout en évitant d’être dans l’excès» après le constat d’«un peu d’incivisme propre à nous». S’exprimant à ce propos, le porte-parole du Comité scientifique, Dr Djamel Fourar, n’a pas écarté, vendredi dernier, la possibilité de reconfiner certaines wilayas, pour une courte durée, si la hausse des cas confirmés se poursuivait et si le non-respect des mesures de prévention par une partie de la population, notamment le port du masque et la distanciation sociale, venait à perdurer encore.<