L’ancien responsable n’a, semble-t-il, pas survécu à la grève des postiers qui a duré plus de six jours et à son onde de choc. Ce mouvement, qui s’est déclaré hors de tout cadre syndical et mis le gouvernement sous tension, a dévoilé le grand malaise dans lequel se débat le secteur très sensible de la Poste, dont les difficultés s’étaient manifestées auparavant par la crise des liquidités. Le limogeage de M. Boumzar par le président de la République semble avoir vraisemblablement obéi à la logique de sanctionner un ministre de l’Exécutif, un poste politique avant tout, pour préserver la stabilité de la direction générale et le top management d’Algérie Poste…

Par Bouzid Chalabi et Lyes Sakhi
Le ministre de la Poste et des Télécommunications a été limogé par le président de la République. Sa destitution par le chef de l’Etat, acté par un communiqué publié hier en fin d’après-midi vers 17 heures 45, met fin à une carrière qu’il a commencé à la tête du secteur qu’il dirigeait en janvier 2020. Licencié de l’Institut national du commerce, ancien officier d’instruction militaire, ayant fait des études de développement économique au Koweït, M. Boumzar a pris ses fonctions le 2 janvier 2020, succédant à Houda Imane Feraoun actuellement en détention pour plusieurs affaires en justice et faisant partie des trois gouvernements d’Abdelaziz Djerad dont le tout dernier date du dernier et léger remaniement de la fin février 2021.
L’ancien ministre de la Poste et des Télécommunications a dû faire face à de nombreuses difficultés, très anciennes pour certaines, et dont souffre en particulier Algérie Poste. Les plus récentes et qui ont mobilisé le gouvernement et l’Etat au plus haut, puisque le président Tebboune a dû s’exprimer sur ce sujet à plusieurs reprises, sont relatives à la crise des liquidités. Le manque d’argent dans les guichets, phénomène observé pendant des mois, a fini par installer un climat de tension dans les services postaux et failli être à l’origine de débordements en relation avec l’afflux des retraités et des salariés à la fin de chaque fois. C’est cette crise des liquidités qui a obligé l’Exécutif de décider en Conseil des ministres de fermer à la fin du mois de mars 2021 tous les comptes commerciaux ouverts à Algérie Poste, sauf dans les régions du sud algérien où il n’existe pas d’agences et de succursales bancaires. Après cet épisode qui n’a pas fini de susciter le débat et la polémique, notamment dans les milieux des experts et analystes économiques, c’est un nouvel autre, plus grave, qui s’est ouvert avec la grève surprise des postiers. Leur mouvement commencé sans préavis de grève et en dehors de toute organisation syndicale connue dans le secteur a fait pendant sa durée – du 12 au 18 avril derniers- l’effet d’un séisme en raison du caractère extrêmement sensible du service public de l’entreprise. Mais il a également mis à nu un secteur où le malaise social était à son paroxysme en raison de relations délétères entre salariés et hauts et médians responsables. Et en raison de revendications dont certaines étaient à l’ordre du jour depuis la fameuse grande grève des «20 jours» en 2013. Cette grève a même son côté gravement insolite quand on a vu, au premier jour de la grève, l’ancien ministre Brahim Boumzar se déplacer au bureau de poste du 1er Mai.
Le vif échange que l’ex-ministre a eu avec le postier Abderrahmane Zaoui a fait le buzz, mais il a surtout permis d’avoir une idée claire sur le moral des postiers en milieu professionnel. Et si la grève a connu un dénouement heureux, qui s’est soldé par le règlement d’un grand nombre de questions socioprofessionnelles, elle a néanmoins laissé des traces dont la manifestation la plus spectaculaire a été la décision du chef de l’Etat, hier, de mettre fin aux fonctions de M. Boumzar.
Sur cette décision de limogeage, une hypothèse : celle du président de la République d’avoir opté pour une sanction certes très sévère, mais qui a épargné (pour l’instant) les hauts dirigeants d’Algérie Poste au détriment de leur ancien ministre, qui semble avoir reçu une sanction à la fois technique et politique. Dans le communiqué de la présidence de la République, il est indiqué que M. Sid-Ahmed Ferroukhi, ministre de la Pêche et des Productions halieutiques, est chargé d’assurer l’intérim du ministre de la Poste et des Télécommunications. Il serait pertinent d’indiquer que l’arrivée temporaire de M. Ferrouki à la tête du secteur des Télécoms et de la Poste intervient dans un contexte plus détendu en raison des développements socioéconomiques positifs survenus à Algérie Poste.
Pour rappel, en effet, il importe de savoir que la grève de six jours des postiers a permis de satisfaire les doléances des concernés. Entre autres mesures celle concernant le paiement de la première tranche de la prime d’intéressement, en attendant la deuxième qui sera versée dès approbation des comptes de 2020. Ces mesures portent également sur le paiement des primes de rendement individuel et collectif (PRI et PRC), ainsi que la reconnaissance du droit du postier au repos hebdomadaire de deux jours hebdomadaires. Il est question régulariser aussi les fonctionnaires qui occupent des postes autres que ceux précisés dans leurs décisions de nomination avant le 31 mai 2021, ainsi que de clarifier la manière d’appliquer l’article 104 du règlement intérieur de l’entreprise concernant la suspension arbitraire avec l’engagement d’étudier tous les cas dans un délai qui ne dépasse pas les trois mois.