Le groupe public GICA (Groupe industriel des ciments d’Algérie) prépare des plateformes logistiques au niveau de trois ports nationaux pour l’exportation du ciment vers l’étranger en 2018, a annoncé, jeudi dernier à Sétif, le ministre de l’Industrie et des Mines, Abdeslam Bouchouareb, lors d’une conférence de presse animée à l’issue de sa visite dans cette wilaya de l’Est du pays.

Le ministre ne dira pas quels sont ces ports, mais il a fait allusion au projet du grand port du centre, situé à Cherchell, dans la wilaya de Tipasa. Ce dernier sera, selon lui, consacré à l’essentiel des exportations hors hydrocarbures du pays. Et pour cause, d’ici la fin 2017, l’Algérie sera «autosuffisante», voire «excédentaire» en ciment. Avec les 2 millions de tonnes/an, dont la production a démarré au niveau de la nouvelle usine de la Société de ciment d’Aïn El Kebira (SCAEK) à Sétif, d’ici mars et avril, avec 1,5 million de tonnes à Adrar et, en octobre, 2 millions de tonnes à Chlef. Ainsi, 5,5 millions de tonnes supplémentaires par an arriveront sur le marché en 2017, selon les prévisions du ministre. Le marché a besoin de 6 millions de tonnes annuellement, a-t-il relevé. En effet, il avait déclaré précédemment que la fin 2018 sera l’année de l’autosuffisance en ce matériau qui a longtemps enregistré des opérations d’importations vu l’ampleur des chantiers publics engagés par l’Etat durant les quinze dernières années.
De plus, ce n’est pas fortuit si M. Bouchouareb a choisi comme première destination pour sa visite sur le terrain la wilaya de Sétif car «elle répond à tous les critères pour une diversification de l’économie nationale comme cela s’inscrit dans la politique du gouvernement» et sera ainsi la wilaya «leader» dans la production du ciment. Il est à signaler que la consommation nationale de ciment est de 22 millions de tonnes, dont18 millions sont produits localement et les 4 restants sont importés.

2017, l’année de la sous-traitance
L’autre produit sur lequel, le ministre de l’Industrie a insisté est le pneumatique, avec la visite de la nouvelle usine de l’Eurl Saterex, qui entrera en production à la fin de cette année, dans la zone industrielle d’Ouled Saber. L’usine, encore en construction, aura une capacité de production de 2 millions de pneus par an. Le marché national a besoin de près de 6 millions d’unités. Cette société produira des pneus pour les besoins des unités de montage de véhicules en Algérie. C’est pourquoi, «le gouvernement a décidé de donner tous les moyens à cette usine», a signalé le ministre. Le pneumatique est utilisé dans plusieurs domaines notamment le secteur de l’automobile qui s’approvisionnera désormais localement. «2017 sera donc l’année de la sous-traitance en Algérie», a indiqué le ministre, qui rappelle la loi de finances de l’année en cours qui a apporté des avantages pour encourager ce domaine en général. Le retour à la pétrochimie fait partie de la stratégie du gouvernement à travers l’encouragement de la sous-traitance car toutes les unités de fabrication visitées à Sétif consomment des produits issus de cette filière, a noté M. Bouchouareb. Dans ce sens, le gouvernement a décidé, la semaine dernière, de donner le feu vert au Groupe public Sonatrach de démarrer 4 grands projets dans ce domaine, a-t-il rappelé.

L’espoir d’une Algérie «émergente» d’ici 2019
Très optimiste, le ministre de l’Industrie nourrit l’espoir de voir en l’Algérie un pays émergeant d’ici 2019. Pour lui, les 13 filières prioritaires et les industries structurantes mises en place en vu de l’export permettront d’y arriver. Cette année, le pays arrivera à une «autosuffisance» et «un grand excédent» dans le phosphate transformé avec un objectif de 15 millions de tonnes. Actuellement, seulement 1 million de tonnes est produit localement. Son argument porte sur la demande de la Chine avec 5 millions de tonnes de phosphate d’ammonium (DAP) par an, l’Indonésie avec 3 millions de tonnes DAP/an et l’Inde, sans citer ses besoins.
Toute la stratégie du gouvernement est de réduire les importations en les substituant avec la fabrication locale. «Entre l’import substitution et l’exportation, l’Algérie dégagera entre 25 et 30 milliards de dollars pour aller vers une croissance très forte, cumulable et non conjoncturelle».

Parcs industriels : 22 parcs lancés
«La phase du foncier industriel, qui constitue une grande préoccupation des opérateurs économiques, est lancée avec 22 parcs industriels. A cet effet, «les entreprises ont été identifiées et les contrats des marchés ont été signés», a annoncé le ministre de l’Industrie. «Pour Sétif, avant la fin de ce trimestre l’entreprise de réalisation sera identifiée, le wali a déjà fait son travail avec les actes de concession et les permis de lotir», a-t-il avancé. Sur les excédents fonciers, «les bénéficiaires des concessions n’ayant pas réalisé leurs projets, une démarche gouvernementale a instruit les walis de récupérer tous ces terrains qui seront remis sur le marché au profit de véritables investisseurs». Une taxe de 3% sur la valeur réelle des terrains détenus par les investisseurs a été instaurée dans le cadre de la loi de finances complémentaires de 2015. S’agissant de l’excédent sur les actifs détenus par les entreprises publiques, «une démarche est en réflexion au sein du gouvernement car ses actifs représentent beaucoup dans leurs bilans. S’ils leur sont enlevés, elles s’écrouleront». A ce propos, des formules seront très vite validées pour permettre d’utiliser ces excédents en partenariat avec le privé, a-t-il affirmé. Sur le foncier industriel, la priorité est donnée à trois parcs, Bettioua (Oran), Bellara (Jijel) et Ouled Saber (Sétif).