Le « dribble » de Kheireddine Zetchi, président de la Fédération algérienne de football (FAF), était trop téléphoné. Le patron du « sport à onze » a voulu tenter un coup de force pour contraindre le ministère de la Jeunesse et des Sports (MJS) à cautionner un changement dans le monde de compétition. Une manœuvre que la tutelle a tuée dans l’œuf hier à travers un communiqué pour le moins virulent.

L’Assemblée générale extraordinaire (AGEx) que le Bureau fédéral, réuni le 15 de ce mois, a voulu convoquer pour décider du sort à donner à la saison 2019-2020 ne se tiendra pas. Le MJS a été catégorique. La réponse est non ! Elle est formelle pour une démarche jugée informelle. « La Fédération Algérienne de Football a demandé une autorisation pour tenir une Assemblée générale ordinaire en session extraordinaire. Il s’agit d’une invention réglementaire et une manœuvre », note le département étatique.
Ce dernier, piloté par Sid-Ali Khaldi, indique que « si l’intention de cette demande est de tenir une Assemblée générale ordinaire, les statuts de la FAF déterminent avec précision toutes les conditions et les modalités relatives à sa tenue. Si l’intention de cette demande est de tenir une Assemblée générale extraordinaire, l’article 29, alinéa 6 des statuts de la FAF stipule avec précision sa compétence pour se prononcer exclusivement sur trois cas : le changement du lieu du siège de la FAF, la modification des statuts et la dissolution FAF.» Par conséquent, « cette consultation est possible sans piétiner les statuts de la FAF.»

Le règlement et l’« improvisation »
Ceci est un véritable affront pour Zetchi et son équipe qui se retrouvent dans l’obligation de prendre une décision sur la suite à réserver à un exercice 2019-2020 qui vire au cauchemar éveillé pour les décideurs de la balle ronde nationale. En effet, le BF n’a pas pris ses responsabilités afin de ne « froisser » aucune partie ou mettre certains à dos. Ainsi, Zetchi et son équipe ont opté pour un « coup de force » considéré, du côté de la bâtisse sise à la Place 1er mai (Alger), comme une « improvisation et tentative de dribble » sur le plan statutaire.
Ainsi, le MJS campe sur sa position et veut faire valoir la circulaire adressée à l’endroit des différentes instances sportives du pays le mois dernier. Une note, daté du 8 juin 2020, qui informait les structures du sport Dz qu’il était « formellement interdit de procéder à la moindre modification dans leurs règlements intérieurs à l’approche des assemblées générales électives ». Pour cela, le département de l’Etat a fait valoir l’article 59 du décret exécutif 14-330, fixant les modalités de fonctionnement des fédérations ainsi que leur statut type.

Immixtion et la FIFA en arbitre ?
Le niet sans détour du MJS met l’instance footballistique dans un sacré embarras. Zetchi est désormais confronté à un dilemme : abdiquer ou aller au bras de fer et demander à la FIFA d’arbitrer ce litige réglementaire. Surtout que l’institution mondiale n’accepte pas les immixtions étatiques dans les affaires des organisations qui sont sous son aile.
La puissante FIFA refuse les ingérences des pouvoirs publics en considérant que « toutes les fédérations affiliées doivent gérer leurs affaires en toute indépendance, sous peine de se voir excommuniées de la scène internationale. Les pouvoirs politiques n’ont aucun droit de s’immiscer dans les affaires des fédérations nationales de football.» Comme mentionné dans ses statuts.
Est-ce que le successeur de Mohamed Raouraoua ira jusqu’à porter ce conflit à l’international et laver le linge sale en public ? Difficile à dire tant le propriétaire du Paradou AC a récemment essayé de calmer le jeu avec le MJS : « La FAF n’entrera jamais dans un conflit avec le MJS, les intérêts doivent primer : rechercher le point d’intersection dans l’intérêt du football national », avait-il assuré le 19 juin écoulé. La récente mise au point émanant du ministère n’est pas faite pour apaiser les esprits. Le ton risque de monter rapidement.