Alors que le mois de septembre tire à sa fin, la question du retour de millions d’élèves algériens à l’école se pose à nouveau. Avec elle, cette autre préoccupante interrogation sur les moyens d’organiser cette reprise, tandis que persiste l’incertitude liée au risque de la pandémie de la Covid-19 et ses conséquences sur la santé de nos enfants.
A ces questions, le ministère de l’Education nationale devrait fournir aujourd’hui une réponse. Il devrait la donner à l’issue du tour de table qu’il a prévu de tenir aujourd’hui avec les syndicats et les partenaires sociaux du secteur. En attendant les résultats de cette réunion, les élèves et leurs parents disposent de quelques données dont le sens commun est d’indiquer que le gouvernement veut le moins de risques possibles pour cette rentrée 2020-2021.
Une prudence que le chef de l’Etat a tout récemment exprimé en affirmant «qu’au aucun risque qui mettrait en péril la santé ne sera pris». S’étant exprimé lors de cette dernière intervention devant des médias nationaux, M. Tebboune a précisé que la décision de rouvrir les écoles de la République sera prise en concertation avec le Comité scientifique chargé du suivi de l’évolution du coronavirus.
Durant son intervention, le chef de l’Etat a évoqué l’hypothèse d’une rentrée «régionalisée» suivant la courbe épidémique en vigueur dans les wilayas du pays, certaines ne présentant plus de risque de contamination massive, d’autres ayant une démographie moins pesante que celle enregistrée dans les wilayas du Nord et n’ayant pas des établissements et des classes surchargés.
Pour sa part, le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière a avancé une autre idée : celle de la «double vacations», incontournable selon lui dans les régions et les communes où les effectifs scolaires sont chargés, voire hyper chargés. Selon Abderrahmane Benbouzid, la seule façon d’éviter les risques de contamination liés à une trop grande concentration d’élèves dans des espaces fermés comme les classés d’école est de programmer les journées des cours en deux parties, le matin et l’après-midi.
Jeudi, le professeur Ryad Mahiaoui, membre du Comité scientifique de lutte contre le coronavirus, a de son côté, souhaité un «report de la rentrée» jusqu’à l’assurance que la courbe épidémique est stable (baissière) dans tout le pays. Il ne faut surtout pas «se précipiter pour la réouverture des écoles», d’autant que la concentration dans les écoles est très forte. Ça fait réellement peur», a-t-il déclaré en évoquant les «millions d’élèves» que devront accueillir les établissements de l’éducation nationale. Ce médecin a ajouté que la rentrée «étant une fête», il n’est pas recommandé de la saucissonner d’autant qu’elle revêt toute une symbolique qu’il ne s’agit pas de gâcher, notamment pour les petits Algériens de cinq-six ans qui rejoignent les bancs d’école pour la première fois.

Les syndicats entre prudence et choix d’allègement des programmes
De toutes ces déclarations, un constat s’impose : pour l’éducation nationale (comme pour les autres secteurs), il va falloir apprendre à vivre avec le risque de contamination et développer dans la durée les réflexes nécessaires à le prévenir et s’en préserver. Une hypothèse également : celle du décalage de la rentrée jusqu’à la fin du mois d’octobre à moins que l’autorité politique décide d’une rentrée par «classes de risque» comme l’a déjà écrit Reporters dans une de ces récentes éditions : des écoles dans le sud du pays et dans les Hauts-Plateaux peuvent ainsi rouvrir leurs portes avant les autres en raison de la situation rassurante qui y prévaut.
Mais quid des syndicats du secteur ? L’avis général est que la réussite des examens du BEM et du BAC n’est pas un critère d’assurance dans la mesure où les candidats étaient par milliers, alors que, pour la rentrée, il s’agit de millions d’élèves. Par ailleurs, il existe, selon ces partenaires sociaux, des établissements où les élèves sont une cinquantaine par classe d’où l’impossibilité d’instaurer sérieusement des mesures barrières à moins d’aller vers la double vacation suggérée par le ministre de la Santé. Mais cet avis n’est pas formulé officiellement, prudence oblige.
Pour la réunion d’aujourd’hui, le Conseil national autonome du personnel enseignant du secteur ternaire de l’éducation (Cnapeste) ne compte faire aucune proposition lors de cette réunion de concertation. «Nous allons nous contenter de voir comment la tutelle compte organiser la rentrée. Et c’est en fonction des scénarios que le MEN énoncera que nous allons constater lequel est le plus plausible et le plus sûr pour garantir un bon déroulement de l’année scolaire», déclare son porte-parole Messaoud Boudiba.
De son côté, le porte-parole de l’Union nationale du personnel de l’éducation et de la formation (Unpef), Abdelouahab Lamri Zegar, privilégie l’adaptation du programme scolaire, «la révision du volume horaire» et «de se baser uniquement sur les matières essentielles» selon les filières du secondaire. Il propose également de mettre en œuvre le système de groupe, permettant à chaque groupe d’aller un jour sur deux à l’école. Cette position est partagée par l’organisation nationale des parents d’élève (ONPE), non conviée au tour de table d’aujourd’hui. Son président propose de réduire le «volume horaire de certaines» et s’exprime en faveur d’une rentrée graduelle et régionalisée, mais en fixant toutefois une journée nationale pour la rentrée des classes concernées par les examens nationaux. «Je suis pour une rentrée qui se fera en premier lieu au cycle secondaire, pour s’étendre ensuite aux cycles primaires et moyens dans les wilayas ne présentant pas des cas Covid-19». Ce dernier propose également de diviser chaque classe en deux groupes et d’aller à l’école un jour sur deux tant que la crise sanitaire perdure.