Saïd Benrahma est incontestablement une des attractions de la Championship (D2) anglaise. Auteur d’une saison remarquable avec Brentford, il est toujours dans le coup pour monter en Premier League. D’ailleurs, demain (19h45) à Wembley, il disputera le dernier ticket menant vers l’élite face à Fulham. Son jeu, ses ambitions et les rumeurs mercato, l’Algérien a évoqué tout ça dans une interview accordée au magazine français « France Football ». Séquences.

Elu joueur du mois de juillet en championnat, Benrahma a confirmé que son talent n’était pas juste une impression ou des coups d’éclats éparpillés. En 8 rencontres, il a réussi à marquer 6 buts et délivrer une passe décisive pour soigner, un peu plus, ses statistiques remarquables cette saison (17 réalisations et 9 offrandes). Dans une ligue réputée pour l’engagement physique, le Fennec fait dans la finesse. Il fait même partie des 3 meilleurs dribbleurs de la seconde classe en footballistique en Angleterre en plus d’être Monsieur petit-pont (56 au total).
Pour ce qui est de manier le ballon, le natif d’Aïn Témouchent estime qu’il « faut accepter le fait que ça ne marche pas toujours. Rater, ça peut arriver. Mais personnellement j’essaie toujours de continuer. Encore une fois, c’est ce qui fait le joueur que je suis. Est-ce que j’ai dû me blinder mentalement ? Pas forcément, en fait. Je suis comme ça. J’ai toujours cherché à être heureux sur le terrain, tout simplement.» Règle numéro : prendre du plaisir pour pouvoir en donner. Et l’ancien angevin le fait bien.

« Il fallait que les choses s’alignent »
En parlant du SCO Angers, il faut savoir que le milieu offensif a fait une escale là-bas sans pouvoir s’imposer. Un seul but en 13 apparitions, c’était famélique pour celui qui a été prêté par l’OGC Nice à 3 clubs différents entre 2016 et 2018. Le Dz sait très bien qu’il revient de loin. Même s’il n’a que 24 ans, il a déjà du vécu ayant traversé de délicates épreuves. Sur sa remarquable rennaissance du côté de Londres, il pense que « c’est sûr qu’il n’y a pas grand monde qui devait miser là-dessus (rires). Mais oui, le football anglais est pour l’instant celui qui me plaît. Je m’y suis adapté et je crois que n’importe quel joueur aimerait évoluer ici. La proximité avec le public, l’intensité… C’est le football, en fait ! Le fait de jouer tous les trois jours c’est que du kiff, aussi. C’est magnifique, c’est motivant.»
Pour l’homme au 3 sélections avec l’EN, « il fallait que les choses s’alignent. Donc quelque part oui, ça me surprend un peu (il réfléchit). En tout cas, ça me fait plaisir. Je suis content d’atteindre mes objectifs. Le fait de marquer 17 buts en Championnat (auxquels s’ajoutent 9 passes décisives), ce n’est pas rien. Je suis peut-être un buteur, au final (rires) ? Bon, j’aurais pu en mettre plus. Mais c’est bien déjà, je suis heureux, ça va. »
Son arrivée chez les « Bees » en 2018 semble être un tournant important dans sa carrière : « disons que c’est le club qui m’a fait confiance. C’est (il cherche ses mots)… Ce sont les seuls qui ont cru en moi, on ne va pas se mentir. C’est LE club qui a su comment se comporter avec moi ! Je ne les remercierai jamais assez pour ça. Tout ça, c’est grâce à eux et au coach. Je ne pouvais pas rêver de tomber dans un meilleur endroit, en fait », estime-il.

Joueur d’instinct
D’ailleurs, le numéro 10 des « Rouge et Blanc » compare son expérience française à celle qu’il est en train de vivre sur les terres anglaises : « Ici, j’ai pris confiance en moi. J’avais déjà confiance en moi en France, mais je tentais moins. Là c’est différent. Ça l’est parce que j’ai un club et un coach qui m’ont montré qu’ils croyaient en moi. Je pense que c’est ce qui me permet de jouer aussi librement et d’être moi-même. Tout ça mis bout à bout à bout m’a permis de franchir les paliers », analyse celui qui a coûté 1.7 millions d’euros aux « Abeilles ». En plus d’être dans la création du jeu, l’ex-sociétaire du LB Châteauroux avoue que « dorénavant, j’ai même du plaisir à défendre ! Et à partir du moment où un joueur offensif prend du plaisir à tacler, à gratter un ballon ou à couper une ligne de passe, le coach a gagné. Je suis content d’être devenu un joueur comme ça » et il trouve que « c’est mieux, en tout cas. Quand tout est intégralement programmé et que tu n’apportes pas ton petit grain de sel, ça n’a pas la même saveur. Ici, les choses instinctives et la créativité ont toute leur place. Et c’est ce qui fait notre force ! On se sent tous plus investis. » Sa palette de jeu a été élargie grâce à l’apport de Frank Thomas, son entraîneur : « en fait, lui-même est très serein ! Il est dans l’échange, aussi. Me concernant, je parle beaucoup (il insiste) avec lui. Il vous transmet cette confiance, à 100%. A partir de là vous êtes heureux de jouer, de jouer pour lui. A côté de ça, il sait rester calme. Même quand il vous pousse à fond à l’entraînement, il parvient à rester posé. Je pense que son caractère et son attitude rejaillissent sur nous. »
La montée et l’avenir
Le technicien Danois a été important pour le « Vert » ainsi que l’ensemble de l’effectif qui est devant une belle occasion pour signer une improbable montée vers l’élite. En fait, Benrahma et ses compères auraient pu y accéder directement s’ils n’avaient pas flanché au finish : « en réalité, je me doutais bien que l’on aurait un coup de moins bien tôt ou tard.
Il n’est juste pas arrivé au moment où je l’attendais (rires). Mais à ce moment-là, on fait quoi ? On se remet encore plus de pression pour les play-offs ? Non ! On essaie de repartir de l’avant, de ne pas gamberger et de faire le job. Tout simplement. C’est juste une saison fantastique dont il faut profiter. J’espère que ça se finira avec la montée », souhaite-t-il.
A propos, il insiste sur le fait qu’il « essaie de ne pas penser à tout ça, même lorsque les rencontres deviennent cruciales comme c’était le cas ces dernières semaines. L’idée c’est de rentrer sur le terrain pour y prendre du plaisir. Toujours.
Je ne suis pas du genre à me mettre la pression ou à calculer. Il ne faut pas.» Pour l’après-barrages? Il préfère ne pas trop s’en préoccuper. Il sait, néanmoins, qu’il a « pris une autre dimension dans l’esprit des gens, oui » et reconnaît que « quand je me balade, il y a régulièrement des gens qui me demandent de signer pour leur club (rires), par exemple, mais j’essaie de ne pas y accorder trop d’attention.»
A ses yeux, « c’est toujours flatteur. Mais je suis à Brentford et j’ai un objectif, une mission. Ce ne serait pas bon de penser à autre chose, ni respectueux vis-à-vis d’une équipe dans laquelle il n’y a que des bons mecs. J’espère qu’on va y arriver.» S’il y a une certitude, c’est qu’il jouera en Angleterre lors du prochain exercice car « le football anglais est pour l’instant celui qui me plaît. Je m’y suis adapté et je crois que n’importe quel joueur aimerait évoluer ici. La proximité avec le public, l’intensité…
C’est le football, en fait ! Le fait de jouer tous les trois jours c’est que du kiff, aussi. C’est magnifique, c’est motivant.» Pour ce qui est de la tunique qu’il portera, ça sera, fort probablement et compte tenu de l’attachement, celle de Brentford en cas de promotion. Autrement, le board se penchera sur les offres et les propositions des éventuels repreneurs pour un footballeur dont la valeur marchande est estimée à 10.5 millions d’euros. Une somme dans la corde d’Arsenal par exemple. n