Intouchable. C’est ainsi qu’Amar Brahmia se croit sur son siège de membre du Comité exécutif du Comité Olympique algérien. Il estime même que « dans la hiérarchie des normes, la Charte olympique est au-dessus de la loi algérienne.» Pourtant, le COA a ses bureaux en… Algérie. Une déclaration qui laisse croire que le siège de l’instance morale du sport algérien se trouve dans un bateau qui flotte sur les eaux internationales.

L’intérim de Mohamed Meridja à la tête du COA en remplacement de Mustapha Berraf, le rejet de la candidature de Salim Raouf Bernaoui, le fait que deux membres (Hammad et Kerboua) de la Commission exécutive actuelle soient postulants, tout cela semble statutaire aux yeux du sulfureux Brahmia.
Il faut dire que Brahmia traîne de sérieuses casseroles depuis les Jeux Olympiques 2016 de Rio de Janeiro (Brésil). Il est aussi l’acolyte principal de Berraf depuis tant d’année. Si ce dernier a fini par renoncer au trône de ladite structure sportive, Brahmia est toujours là. Et il compte bien mener une bataille que son binôme de toujours n’a pas voulu livrer car acculé par les Autorités du pays quand il a été contraint à la démission en février dernier. Un départ qui a été acté 1 mois et demi plus tard. Soit le 12 mai écoulé.

« Meridja n’est pas en infraction »
Brahmia fait partie des 12 membres qui constituent l’exécutif du COA. Il était parmi ceux qui ont entériné le rejet du dossier de Bernaoui qui voulait se présenter aux élections programmées dans 3 jours. Le président de la fédération algérienne d’Escrime (FAE), que le COA considère d’ailleurs comme « illégitime » car revenu au poste de boss de la FAE sans respect de la procédure élective, a pointé le fait que Hammad et Kerbouâa soient à la fois candidats et membre du Bureau Exécutif. Il s’est même exclamé de leur présence sur les photos de la réunion pour traiter les candidatures.
A ce sujet, Brahmia évoque, dans une déclaration accordée au quotidien national « Botola », une manipulation en précisant que « la photo où on voit Hammad assis a été prise à la fin de la réunion, ils [Hammad et Kerboua, NDLR] avaient quitté la salle avant le début des travaux en compagnie de Berraf. Ce dernier avait lui-même demandé à ne pas assister en tant que membre du CIO ».

Manifestement, c’est un problème de timing.
En parlant de réglementation, on peut considérer que Mohamed Meridja, premier vice-président du temps de Berraf, ne peut être président intérimaire de l’instance et que ce rôle devait revenir à Hammad. En effet, l’ancien patron de la Fédération algérien de judo (FAJ) réside en France et n’aurait pas pu assister aux réunions en permanence. « Meridja n’est pas en infraction, il tombe sous le coup de la Charte olympique et non la loi algérienne », précise Brahmia. Pourtant, dans l’article 33 des statuts du COA il est stipulé que « les membres du comité exécutif sont tenus, en outre, à la présence effective et à l’efficacité dans l’action.»

Comme une condescendance vis-à-vis la loi Dz
D’ailleurs, cinq membres du bureau exécutif du COA (Larbi Abdelaoui, Sofiane Zahi et Hakim Boughadou, Nouria Benida Merah et Salim Bernaoui) ont été exclus en application des dispositions de l’article 33 pour « absences répétées ». Pour procéder au remplacement de ce quintuor, le COA avait convoqué une Assemblée générale extraordinaire (AGEx) le 25 janvier 2020. Ce qui est contraire à ce qui est mentionné dans l’article 35 où il est précisé que « le remplacement d’un membre déchu de sa qualité de membre du Comité Exécutif, s’effectue par une élection partielle et spécifique pour le reste du mandat, ouverte à ce titre, lors de la prochaine session de l’Assemblée Générale ».
En tout cas, aux yeux de Brahmia : « dans la hiérarchie des normes, la Charte olympique au-dessus de la loi algérienne » Dans cette déclaration, on peut déceler une certaine forme de condescendance vis-à-vis la loi du pays. Pourtant, c’est en se basant sur cette dernière que Bernaoui a été mis hors course. C’est l’article 62 de la loi 13-05 du 13 juillet 2013, relative à l’organisation et le développement des activités physiques et sportive qui lui a été fatal. le segment en question « interdit le cumul entre la responsabilité exécutive et élective au niveau nationale et local au sein et entre les structures d’organisation et d’animation sportive, d’une part, et la responsabilité administrative au sein des institutions de l’Etat relevant du secteur chargé des sports, qui confère au concerné un pouvoir de décision, d’autre part »

Usage versatile des règlements
D’ailleurs, Meridja, qui a animé une conférence de presse hier au siège de Ben Aknoun, a réitéré avoir recouru à la réglementation algérienne pour le cas Bernaoui : « Nous avons bien détaillé les motifs du rejet de la candidature de Raouf-Salim Bernaoui qui répondent uniquement à des dispositifs purement juridiques dont l’article 62 de la loi 13-05 du 13 juillet 2013, relative à l’organisation et le développement des activités physiques et sportive, les articles 33 et 35 des statuts de l’instance ainsi que l’ordonnance N.07-01 du 1er mars 2007, relative aux incompatibilités et obligations particulières attachées à certains emplois et fonctions. »
Comme quoi, la loi algérienne sert. Ce n’est donc pas du pipi de chat par rapport aux statuts du CIO tel que le croit Brahmia. A moins que l’importance dépende du degré auquel les intérêts personnels et les amis peuvent être protégés. La loi du pays n’est pas un drap ou un accessoire. Oui, le CIO peut contester une immixtion étatique. Mais certains doivent savoir que l’Algérie a des institutions et qu’elle ne doit pas être ringardisée en menaçant de recourir à l’intervention des instances étrangères. La maladresse est palpable. n