Ce rappel est aussi une condamnation. Il est intervenu après l’annonce de la capture à Tlemcen par les services de sécurité relevant de la Défense nationale de Mustapha Derrar, un «terroriste» libéré à la faveur de la transaction entre les autorités de Bamako et le groupe d’Ag Ghaly au Mali pour relâcher plus de 200 jihadistes contre la libération, le 8 octobre dernier, de trois otages occidentaux et l’homme politique malien Soumaila Cissé. La position doctrinale algérienne à l’égard du terrorisme est de ne jamais accepter de négocier avec les groupes extrémistes ou de verser une rançon aux preneurs d’otages.

L’arrestation, mardi dernier, du dénommé Mustapha Derrar à Tlemcen relance le débat-polémique sur les conséquences du paiement de rançons aux personnes et aux groupes preneurs d’otages contre la libération de leurs victimes. Ce «terroriste», appréhendé par les services de sécurité relevant de la Défense nationale, faisait partie en effet du groupe d’islamo-terroristes relâchés par les autorités maliennes, plus de deux cents individus selon des indications sécuritaires relayées par les médias, en échange de la libération de d’otages occidentaux, les Italiens Pier Luigi Maccalli et Nicola Chiacchio, la française Sophie Petronin, ainsi que de l’homme politique malien Soumaila Cissé. Il a été appréhendé à l’ouest du pays après une «surveillance permanente» de ses mouvements depuis son entrée au territoire national, indiquait mercredi dernier un communiqué du MDN.
Selon ses propres déclarations dans une vidéo diffusée par la télévision publique, l’individu Derrar, qui dit avoir porté le sobriquet de «Mustapha l’Algérien», semble être originaire de l’ouest algérien si l’on se fie à son accent, tient un discours de repenti qui regrette d’avoir rejoint les islamo-terroristes au Mali. Il affirme avoir rallié le groupe auquel il a appartenu en 2012 sans précision de l’endroit de son recrutement au Mali. Il indique avoir pris part en compagnie d’un «ressortissant tunisien» à la «formation d’enfants» au maniement des armes et aux techniques de combat entre décembre 2012 et janvier 2013.
Mustapha Derrar déclare également avoir été arrêté «peu de temps» après en janvier 2013 après un accrochage avec les forces maliennes, le 26 janvier 2013, puis mis en prison à une soixantaine de kilomètres de Bamako après une condamnation à perpétuité. Il est resté «sept ans et dix mois» en détention, poursuit-il, avant qu’il ne fasse partie des terroristes échangés, un groupe de «207» individus précise-t-il, contre la libération des captifs étrangers et malien moyennant «10 millions d’euros», un chiffre qu’il rectifie en déclarant avoir entendu parler de «30 millions d’euros» destinés au «soutien» et à l’«encouragement» du terrorisme et à la «prolifération des armes». Dans ses déclarations, à propos de l’échange entre autorités maliennes et les ravisseurs, Mustapha Derrar évoque furtivement le nom de Lyad Ag Ghaly, chef du groupe Jamaat Nosrat al-Islam wal-Mouslimin» (JNIM) ou, en français, Groupe de soutien à l’ Islam et aux musulmans (GSIM)

«Contraires aux résolutions de l’ONU»
La capture de l’individu Derrar a été l’occasion pour le ministère de la Défense nationale (MDN) de réagir et de condamner la transaction entre les autorités de Bamako et le groupe d’Ag Ghaly pour libérer les quatre otages qu’il avait libéré le 8 octobre dernier. Il s’agissait de rappeler la position doctrinale algérienne de ne jamais accepter de verser de rançon aux preneurs d’otages et de qualifier les négociations entre les autorités maliennes et le GSIM pour libérer les quatre otages pratiques d’«inadmissibles». Elles sont «contraires aux résolutions de l’Organisation des Nations unies incriminant le versement de rançons aux groupes terroristes», ajoute le MDN, expliquant que le versement d’argent pour libérer des captifs sont des comportements qui «entravent les efforts de lutte contre le terrorisme et de tarissement de ses sources de financement».
La position algérienne de ne jamais plier au chantage des ravisseurs et payer de caution contre la libération est ancienne. Elle a commencé à être défendue sur le plan international à partir de la deuxième moitié des années 2000 à l’échelle continentale, donc de l’Union Africaine, puis au sein des Nations unies, notamment sous la férule de l’ancien conseiller à la sécurité auprès de la présidence, le juriste Kamel Rezag-Bara disparu en juillet 2017. Elle a été confortée par son Conseil des droits de l’Homme en 2011. En septembre 2010, une année après l’adoption par le sommet de l’UA à Syrte d’un appel au Conseil de sécurité de l’ONU pour condamner le paiement de rançons, l’ancien chef de l’Etat Abdelaziz Bouteflika avait plaidé devant l’Assemblée générale de l’ONU pour «l’interdiction absolue de paiement de rançons aux preneurs d’otages». Fin janvier 2014, dans une résolution présentée par la Grande Bretagne et qui renforçait une précédente votée en 2001, le Conseil de sécurité réclamait sans menace de contraintes la fin du versement de rançons aux groupes extrémistes qui ont accumulé des dizaines de millions de dollars en contrepartie de la libération d’otages. Selon des évaluations des Etats-Unis, les groupes d’activistes auteurs de rapts ont dû recevoir entre 2004 et 2014 quelque 120 millions de dollars.
En marge de l’adoption de cette résolution de 2014, sur laquelle s’appuie l’Algérie, l’ambassadrice US aux Nations unies à l’époque, Samantha Power, avait déclaré que «les preneurs d’otages qui cherchent des rançons font une distinction entre les gouvernements qui en versent et ceux qui ne le font pas et ils évitent de prendre des otages provenant des pays qui refusent de faire des concessions».