Après Goldman Sachs, c’est au tour de l’institution britannique Barclays de réviser à la baisse ses prévisions d’évolution des cours du brut à court terme.

Par Hakim Ould Mohamed
Selon la prestigieuse banque d’affaires britannique, les facteurs sont plutôt baissiers, se rapportant essentiellement aux risques qui pèsent sur l’économie mondiale ainsi qu’aux craintes d’une hausse de l’excédent, apportant ainsi de l’eau au moulin de l’Opep+ qui n’a pas écarté, la semaine dernière, un retour à une situation d’offre excédentaire, sur font de pronostics glaçants quant à une nouvelle récession économique qui pointe à l’horizon. Ces facteurs ont incité Barclays à réduire ses prévisions de prix du pétrole Brent à 103 dollars le baril pour cette année et la suivante, contre 111 dollars le baril précédemment attendus. La banque a également réduit ses perspectives sur les prix à court terme du brut WTI de 8 dollars le baril, s’attendant à ce que la référence américaine atteigne en moyenne 99 dollars le baril en 2022 et 2023. Ces prévisions cadrent parfaitement avec la situation actuelle du marché, dont les cours poursuivaient, hier, leur chute amorcée au début de la semaine dernière. Vers 17h00, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en octobre perdait 2,31% à 92,90 dollars, alors que l’indice américain, le West Texas Intermediate (WTI) américain pour livraison en septembre cédait quant à lui 2,61%, à 87,08 dollars. Les données économiques lamentables en provenance de Chine, attisant les craintes quant à la demande du premier importateur mondial de pétrole brut, sont venues confirmer les risques de récession qui pèsent sur l’économie mondiale.
Le marché a également négativement réagi, hier, à l’annonce de l’Union européenne (UE) selon laquelle elle examinait la réponse de l’Iran à son compromis sur le dossier nucléaire, une étape cruciale qui pourrait marquer l’entrée de longues et difficiles négociations dans leur dernière ligne droite. La perspective du retour des barils iraniens sur le marché a fait reculer les prix, d’autant que la faiblesse de l’économie mondiale promet une demande en berne. Il y a deux mois, alors que la conjoncture plaidait en faveur d’une hausse des cours, Barclays a relevé ses prévisions de prix du pétrole à 111 dollars le baril de Brent, citant les effets de l’embargo annoncé par l’UE sur les importations maritimes russes et les retards dans le renouvellement de l’accord sur le nucléaire iranien.

Les enjeux du prochain budget
La récente vente de pétrole est le résultat d’une offre de pétrole russe toujours résiliente et des inquiétudes accrues du marché quant à un éventuel nouveau ralentissement économique, ou d’une récession, lit-on dans une note diffusée par Barclays, publiée, hier, par l’agence Reuters. Selon la banque britannique, une fois que l’embargo de l’UE entrera pleinement en vigueur au début de 2023, l’approvisionnement en pétrole russe devrait chuter de 1,5 million de barils par jour (bpj) par rapport aux niveaux d’avant le conflit armé en Ukraine. La semaine dernière, alors que les données économiques provenant des principaux consommateurs du brut étaient plutôt décevantes, l’Opep a indiqué dans son rapport mensuel d’août qu’elle pourrait renouer, dès l’année prochaine, avec les restrictions de la production qui aidaient jusqu’ici à soutenir les cours et à équilibrer le marché. L’Opep voyait la demande mondiale de pétrole qui ralentissait et des excédents qui pourraient grimper davantage sur fond de craintes d’une sérieuse récession. Ces facteurs baissiers ont fait que plusieurs banques ont récemment revu à la baisse leurs prévisions de prix du pétrole en raison d’une offre russe toujours résiliente, d’un ralentissement économique attendu et d’une demande de pétrole potentiellement plus faible. Plus tôt ce mois-ci, Goldman Sachs a également révisé à la baisse ses prévisions de prix du Brent pour ce trimestre à 110 dollars le baril, en déclin par rapport à une précédente projection de 140 dollars le baril, mais la banque d’investissement pense toujours que les arguments en faveur d’un prix de pétrole élevé restent solides. Goldman Sachs a également révisé ses prévisions de prix du Brent au quatrième trimestre à 125 dollars le baril, contre 130 dollars le baril précédemment attendus. Cependant, la projection de 2023 est restée inchangée à 125 dollars le baril. Ces prévisions interviennent dans une période habituellement dédiée aux grands arbitrages financiers au titre de la loi de finances de l’année suivante. Ces incertitudes qui enveloppent le marché pétrolier pourrait amener le gouvernement à tirer le frein à main d’une politique plutôt dépensière confirmée par la LF et la LFC de cette année. La croissance post-pandémique toujours faible a plaidé en faveur d’une hausse des dépenses, mais cette hausse n’a pas été sans conséquences sur l’inflation. Les grands enjeux du prochain exercice, consistent, pour ainsi dire, à trouver un juste équilibre entre les impératifs de croissance et ceux du pouvoir d’achat. <