Les perspectives du marché pétrolier sont plutôt sombres après l’échec des réunions de l’Opep et ses alliés non-Opep, dont la Russie, tenues jeudi et vendredi dans la capitale autrichienne Vienne.

Les lendemains sont difficiles aussi bien pour le marché que pour l’Opep+, réunissant les membres de l’Opep et des producteurs non-Opep autour d’une stratégie de défense des cours au moyen d’une limitation de l’offre. L’échec de ces réunions, dû en grande partie à une mésentente entre l’Arabie Saoudite et la Russie au sujet des niveaux de réduction de la production, a plongé le marché dans une déprime insurmontable qui rappelle le contrechoc de la mi-2014. En effet, le cours du pétrole coté à New York s’est effondré, après le refus de la Russie d’accentuer les coupes de la production d’or noir proposées par l’Opep afin d’endiguer la chute des prix, plombés par le coronavirus. La référence américaine, le WTI, pour livraison en avril, a plongé de 10,1%, à 41,28 dollars, un niveau plus vu depuis avril 2016. Le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en mai a lui dégringolé de 9,4% à 45,27 dollars à Londres, soit son prix de clôture le plus bas depuis près de quatre ans. Pour faire face à la rechute des prix, affectés depuis le début de l’année par l’épidémie de pneumonie virale et ses conséquences sur la demande mondiale, l’Organisation des produits exportateurs de pétrole avait proposé une coupe collective supplémentaire de 1,5 million de barils par jour jusqu’à la fin de l’année 2020. Cette offre était conditionnée à l’approbation des 10 alliés de l’Opep, réunis au sein de l’Opep+. Principal partenaire de l’organisation pétrolière, la Russie n’a pas acquiescé au vœu de l’Opep, suscitant ainsi le premier incident au sein de l’Opep+. La Russie et l’Opep avancent désormais sur des objectifs différents ; celui de la Russie étant de défendre ses parts de marché sur l’échiquier pétrolier mondial, tandis que l’Opep tente d’endiguer l’érosion des cours conséquemment à la propagation de l’épidémie du coronavirus. C’est que l’économie russe est plus diversifiée que la plupart des membres de l’Opep, et moins dépendante du pétrole, alors que les économies des pays membres de l’Opep sont trop fortement dépendantes des hydrocarbures. D’ailleurs, Moscou n’a cessé de répéter se satisfaire des prix actuels, alors que pour nombre de pays membres de l’Opep, les cours actuels du pétrole constituent une menace non des moindres pour leurs budgets. L’Algérie n’est pas en reste, puisque son budget 2020 est basé sur un prix de marché de 60 dollars le baril et un prix de référence de 50 dollars le baril. Mais en vérité, le prix de l’équilibre budgétaire serait de 90 dollars le baril, alors que les équilibres extérieurs sont tributaires d’un baril supérieur à 100 dollars. Avec les prix actuels, le Brent étant à 45 dollars le baril, la codification budgétaire de l’actuel exercice est remise en cause, nécessitant une nouvelle loi de finances pour pouvoir réviser les arbitrages au titre de l’actuel exercice. Les déficits budgétaire et extérieur risquent ainsi de s’aggraver sous l’effet d’une baisse des recettes, entraînant ainsi forcément le rétrécissement de la marge de manœuvre du gouvernement et une érosion inévitable des réserves de change ; celles-ci s’établissant désormais à 60 milliards de dollars. Depuis la mi-2014, le pays a perdu 132 milliards de dollars sur ses réserves de change conséquemment au creusement du déficit de la balance des paiements et 5000 milliards de dinars sur ses avoirs stockés en interne compte tenu de la hausse du déficit du Trésor. Avec la rechute des cours du pétrole à moins de 50 dollars le baril, l’Algérie risque de voir ses déficits se creuser et la fonte de ses réserves de change s’accélérer. Cela réduirait considérablement le niveau de résilience de l’économie et ses capacités à affronter une nouvelle période de vaches maigres. n