La production mondiale de céréales pour la campagne 2022-2023 sera déficitaire, prévient le Conseil international des céréales (CIC).

Par Kahina Sidhoum
Hors riz, il estime cette production à 2 251 millions de tonnes (MT), alors que la consommation mondiale, ajoute-t-il, sera de 2 279 MT. Selon ses calculs, le déficit serait donc de 28 MT, un chiffre qu’expliquerait l’effondrement attendu de la production de grains en Ukraine, le pays en guerre «récolterait moitié moins de céréales que l’an passé (45 Mt ; -41 Mt). Pour autant, il serait en mesure d’en exporter 21 Mt», indique le CIC. Sans la Chine, la planète serait excédentaire de près de 30 Mt, indique la même source. Hors riz, la production mondiale de grains est en effet estimée à 1 833 Mt et la demande à 1804 Mt. Ainsi, signalent les experts, une détente prochaine des marchés des céréales ne repose pas dans l’immédiat sur la résolution du conflit armé entre la Russie et l’Ukraine, mais sur la politique commerciale de l’Empire du milieu qui prend, dans le contexte actuel, une dimension géostratégique et géopolitique particulière. «Les pays exportateurs majeurs de céréales de la planète ont les moyens de compenser le déficit de l’Ukraine comme ils avaient, l’an passé, surmonté celui du Canada (20 Mt) survenu subitement lorsque le pays a été victime d’un dôme de chaleur. Mais ils n’ont pas les moyens de faire face à la Chine structurellement déficitaire depuis des années sans mettre en danger l’approvisionnement du reste de la planète», affirme l’un d’eux sur le site spécialisé wikiagri.
Hors des estimations du CIC, une organisation internationale fondée en 1949 à l’initiative des Etats-Unis, rappelons-le, le président de l’Union africaine, le Sénégalais Macky Sall, a appelé les Vingt-Sept pays de l’Union européenne à agir pour libérer les stocks de céréales bloqués en Ukraine par le conflit, en raison notamment de l’offensive russe qui organise un blocus en mer Noire et interdit l’accès au port d’Odessa. Il faut «assurer le transport et l’accès au marché afin d’éviter le scénario catastrophique de pénuries et de hausses généralisées des prix», a-t-il plaidé. «Cette crise affecte particulièrement nos pays en raison de leur forte dépendance des productions russes et ukrainiennes de blé», a insisté Macky Sall. «Le pire est peut-être devant nous», a-t-il averti, soulignant que la flambée des prix des engrais pourrait provoquer un effondrement «de 20% à 50%» des rendements céréaliers en Afrique cette année. «On est en train de voir comment sortir les 20 millions de tonnes de blé ukrainien. Ce n’est pas facile», a expliqué de son côté le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell, accusant la Russie d’ «utiliser le blé comme arme de guerre».
Réponse ou presque du chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, qui se trouvait hier à Bahrein : «Les pays occidentaux, qui ont créé une tonne de problèmes
artificiels enfermant leurs ports aux navires russes, en supprimant des chaînes logistiques et financières, doivent réfléchir sérieusement à ce qui compte le plus», a-t-il déclaré. «Soit faire de la com’ sur la question de la sécurité alimentaire, soit résoudre ce problème avec des mesures concrètes : la balle est dans leur camp», a-t-il ajouté, appelant l’Ukraine, qui combat depuis trois mois un assaut russe, à déminer ses eaux territoriales autour de ses ports pour permettre le passage en mer Noire de navires chargés de céréales. «Si le problème du déminage est réglé (…), les forces navales russes assureront le passage sans entrave de ces navires vers la mer Méditerranée puis vers leurs destinations», a affirmé M. Lavrov qui se rendra le 8 juin en Turquie pour discuter de la mise en place de «corridors sécurisés» pour le transport des céréales ukrainiennes, a annoncé hier son homologue turc Mevlüt Cavusoglu.
«Lavrov viendra en Turquie le 8 juin avec une délégation militaire pour discuter, entre autres, de l’instauration de corridors sécurisés pour le transport des céréales. C’est la question la plus importante», a indiqué le ministre qui veut «créer un centre d’observation des corridors à Istanbul».
L’Ukraine, gros exportateur de céréales, notamment de maïs et de blé, voit sa production bloquée du fait des combats. Pour sa part, la Russie, autre puissance céréalière, ne peut vendre sa production et ses engrais en raison des sanctions occidentales touchant les secteurs financiers et logistiques. n