Par Rachid SEKAK, économiste / SL FINANCES
Le Leasing est une niche très rentable sur le marché bancaire et financier algérien.
La taille du marché est estimée à 162 milliards de dinars à la fin de 2020 contre 135 milliards de dinars à fin de 2019. On observe donc une croissance de 20 % en 2020, et ce, malgré des conditions économiques et sanitaires difficiles. Le dynamisme de ce segment du marché est clairement démontré.
L’activité de leasing laisse apparaître un taux de croissance continu et important au cours des dix dernières années. En 2011, le montant total des actifs se situait à seulement 22 milliards de dinars.
La principale raison d’une telle croissance réside dans les difficultés rencontrées par beaucoup de PME dans l’accès aux crédits bancaires purs. Le leasing peut donc être apprécié comme un «produit de substitution» au crédit bancaire et qui cadre bien aux besoins des PME. Une large part de l’activité de leasing est centrée sur les secteurs de l’industrie, des BTP et du commerce et porte sur les véhicules et les équipements associés. Le leasing immobilier (crédit-bail immobilier) est naissant. Certains établissements financiers pratiquent le leasing opérationnel. Le taux de pénétration du leasing en Algérie reste faible par rapport aux standards internationaux. Les encours représentent moins de 2 % du montant des prêts octroyés par secteur bancaire et moins de 1 % du PIB (0,66 % en 2019)

Le marché est articulé autour de deux segments :
Neuf banques, Al Baraka, BNP Paribas, Société générale, Al Salam Bank, Gulf Bank, Cnep, Housing Bank for Trade & Finances et Trust Bank Algeria, offrent des services de leasing et détiennent une part de marché de 71% en 2020 avec un encours global de 115 milliards de dinars.
Six établissements financiers, Société nationale de leasing, Maghreb Leasing Algeria, Arab Leasing Corporation, Ijar Leasing Corporation, Sofinance et El Djazaïr Ijar, détiennent une part de marché de 29% en 2020 avec un encours global de 47 milliards de dinars.
Les parts de marché des principaux intervenants sont Al Baraka 29,57 %, Société Générale Algérie 12,70%, Maghreb Leasing Algérie 9,52 %, BNP Paribas 8,32 %, Al Salam Bank 7,29 %, Housing Bank 7,11 %, Sofinance 6,63 %, Arab Leasing Corporation 5,11 %, Société nationale de leasing 5,03 %, Natixis 2,96 %, Algeria Gulf Bank 1,74 %

Le potentiel de croissance de ce segment de notre secteur financier est important.
Comme déjà indiqué, son taux de pénétration par rapport au PIB est très faible (0,66 % en 2019). A titre de comparaison, on peut relever que le taux moyen de pénétration est de près de 5% en Europe. Un pays comme la Turquie laisse apparaître un taux de pénétration d’environ 2,25 %.
Par le passé, le souci principal des sociétés de leasing résidait dans la difficulté à se refinancer sur le marché local (accès difficile au marché financier local… par ailleurs de taille réduite et peu diversifié). L’interdiction d’un recours à l’endettement extérieur a aussi quelquefois constitué une contrainte.
A noter que les autorités de régulation (la Banque d’Algérie) ont récemment porté à 6,5 milliards de dinars le capital minimum des établissements financiers qui était de 3,5 milliards de dinars. A contrario des banques, une telle mesure ne se justifiait pas notamment pour les sociétés de leasing qui présentaient des ratios de solvabilité très confortables.
Très souvent de par le monde, les activités de leasing et de factoring (affacturage) sont perçues comme complémentaires et exercées par les mêmes entités.
Malheureusement le factoring n’est pas opérationnel en Algérie et, pourtant, il s’agit d’un service très adapté au financement des PME. On peut relever que le factoring existe en Tunisie depuis 1993.
Chez nous, un décret exécutif du 25 octobre 1995 fixe les conditions d’habilitation des sociétés pratiquant le factoring et attribue au ministère des Finances le pouvoir d’agréer les sociétés de factoring. Depuis 1995, aucun texte d’application de ce décret n’a été publié et aucune société n’a été agréée.
Par ailleurs et depuis, la Banque d’Algérie a progressivement déployé un corpus réglementaire important en direction des banques et des établissements financiers. Aussi, il existe à présent un chevauchement de compétences entre la Banque d’Algérie et le ministère des Finances qui bloque toute initiative.
Au moment où l’on parle beaucoup de réforme bancaire et financière et de faciliter le financement des PME, n’est-il pas temps que la Banque d’Algérie et le ministère des Finances s’accordent pour lever cette contrainte qui bloque un produit essentiel pour nos PME ?