C’est un problème récurrent. Le manque de sang dans les structures hospitalières refait à chaque fois surface. Il est suivi à chaque fois par le lancement d’une campagne de collecte de ce produit vital pour de nombreux malades. Et à chaque fois, dès que la campagne prend fin, l’acte de don de sang est très vite relégué aux oubliettes jusqu’à… la prochaine campagne.

PAR INES DALI
Depuis le début de la pandémie de coronavirus (Covid-19), la situation s’est aggravée. La rareté de ce précieux liquide s’est fait ressentir de façon accrue, les gens évitant de se rendre dans les hôpitaux par peur d’être contaminés. Pourtant, les appels au don de sang se multiplient en cette période. Le déficit en cette matière vitale impacte lourdement les malades. Certains voient leur état de santé se compliquer, tandis que pour d’autres, il y va carrément de leur vie et les médecins l’attestent, ça devient alors «une question de vie ou de mort» pour les patients qui en ont besoin.
«Il n’y a pas chez nous cette culture de don de sang et c’est dommage. Le problème de la rareté de ce produit revient très souvent et pas seulement depuis la Covid», estime le Dr Lyès Merabet, président du Syndicat national des praticiens de santé publique (SNPSP). Ce qui s’est passé à Blida est un exemple édifiant de cette absence de culture de don de sang.
Le centre de transfusion sanguine de cette wilaya connaît, en effet, une pénurie de poches de sang destinées à l’approvisionnement des hôpitaux, et ce, depuis l’apparition de la pandémie de coronavirus, a révélé son directeur, le Dr Mohamed Chouaib. «Le centre a enregistré une baisse sensible en termes de dons de sang depuis le début de la pandémie de Covid. La situation s’est encore aggravée avec l’apparition de la quatrième vague, ce qui nous a contraint à faire appel au Centre de transfusion sanguine de Tizi Ouzou qui nous a fait don de 240 poches de sang, ayant permis la prise en charge des cas urgents et les malades chroniques. C’est grâce à ce don que nous avons pu couvrir les besoins des établissements hospitaliers, notamment le Centre anti-cancer (CAC)», a indiqué, avant-hier, le premier responsable du centre à l’APS. La moyenne des donneurs de sang est passée de 60-90 personnes par jour dans le centre de transfusion sanguine de Blida avant la pandémie, à près de 30 donneurs, voire seulement 20 actuellement, selon le même responsable. À l’échelle nationale, la baisse est encore plus accentuée. «Nous avons constaté une réduction des stocks de sang estimée à environ 50% par rapport à la normale», a révélé, pour sa part, le Dr Sofiane Kerri, chargé de communication à l’Agence nationale du sang (ANS). Cette baisse est préoccupante car, a-t-il dit, elle a un impact sur un certain nombre de malades. «Pour certains d’entre eux, leur vie dépend de ce précieux produit qu’est le sang car il n’a pas de substitut», a-t-il soutenu.
C’est donc un sempiternel problème auquel fait face l’Algérie. Le Dr Merabet a indiqué qu’à chaque fois que ce problème revient, le ministère de la santé et l’ANS lancent des appels au don de sang et organisent des campagnes à travers le territoire national. «Les gens sont sensibilisés pendant un temps et partent pour faire don de leur sang. En général, il y a plus de donneurs pendant le ramadan, c’est ce qui est constaté. Mais cela reste insuffisant et il serait souhaitable que cette culture de don soit plus généralisée chez nous», a-t-il ajouté. L’autre constat est qu’au niveau des hôpitaux, «les gens sont plus nombreux à donner de leur sang lorsqu’un membre de leur famille s’apprête à faire une opération chirurgicale. Ils ont peur pour la vie de leur proche, donc c’est normal pour eux de l’aider…». Mais la plupart du temps, en dehors de cette nécessité qui fait loi, les gens oublient vite que d’autres ont besoin de leur sang et ne font plus de don, alors que «les leucémiques, les hémodialysés, les cancéreux, ceux qui font des aplasies et bien d’autres malades chroniques ont besoin de transfusion», a relevé le Dr Merabet, en précisant que le sang n’est pas seulement utilisé en tant que tel, mais assez souvent sous forme de plaquette ou autres en fonction des maladies à traiter.
C’est donc une question de vie ou de morts pour de nombreux malades, notamment «les malades chroniques et patients nécessitant une transfusion sanguine urgente suite à un accident de la route, ou encore les malades cancéreux, les maladies du sang, etc.», a encore confirmé le Dr Kerri. Pour lui, le problème réside actuellement dans la crainte des éventuels donneurs, notamment en cette période de Covid. C’est pourquoi il a tenté de les rassurer, en déclarant que l’ANS a mis en place un comité pour s’assurer des mesures préventives et garantir le bon déroulement des transfusions et la sécurité des malades, des donneurs et du staff médical et paramédical. L’ANS réitère son appel aux citoyens aux personnes âgés de 18 à 65 ans jouissant d’une bonne santé de faire don de leur sang aux malades ayant un besoin urgent de cette substance vitale. Elle leur demande de se rapprocher de tous les chapiteaux et camions mobiles mis en place pour ce faire. Cela outre les 241 centres répartis à travers le territoire national. <