En détention à Koléa, Rachid Nekkaz a été transféré, hier, vers la prison de Labiod Sidi Cheikh, dans la wilaya d’El Bayadh, ont fait part des membres de son collectif d’avocats, qui considèrent qu’il s’agit d’une «décision purement politique», mais sans pour autant en expliquer les raisons.
Sur la page Facebook de l’activiste, par ailleurs candidat à la candidature lors de la présidentielle avortée du 19 avril 2019, les avocats rappellent que Nekkaz avait été conduit la semaine passée de sa cellule de la prison de Koléa pour être présenté devant le juge instructeur auprès du Tribunal de Sidi M’hamed, et ce, à l’insu de son collectif de défense.
La chambre d’accusation avait alors confirmé sa mise en détention et refusé sa demande de libération provisoire. Arrêté en décembre 2019, Nekkaz est poursuivi par la chambre criminelle près la Cour d’Alger pour «menace de mort» et «mise en danger de la vie d’autrui», rappellent ses avocats. L’accusation est bâtie sur une vidéo dans laquelle Nekkaz menaçait les députés de «passer à la kalachnikov s’ils votaient en faveur de la nouvelle loi sur les hydrocarbures», adoptée au Parlement en novembre 2019, selon les explications des avocats.
A la mi-décembre, Nekkaz, par le biais de ses avocats, s’est adressé au ministre de la Justice pour se plaindre d’une «injustice flagrante» et de «détention illégale» et appeler à un réexamen de son dossier de détention.
En qualité de ministre de la Justice «vous avez la charge de l’action et de la gestion des juridictions ainsi que du bon fonctionnement de la justice dans notre pays», a-t-il lancé en direction de Zeghmati à qui il demande de «faire annuler la décision illégale et infondée du juge de la chambre d’accusation en date du 11 novembre 2020, de prononcer sa suspension ou révocation pour faute et non-respect de la loi».
Dans sa réponse, la tutelle a souligné que la chambre d’accusation s’est appuyée dans son traitement du dossier sur l’article 197 de procédure pénale, précisant que «le prolongement de l’emprisonnement à effet rétroactif n’a aucun impact légal sur la mesure de détention préventive qui a son assise légale».
Par ailleurs, le juge près la Cour de justice de Boumerdès, Sâad Eddine Merzoug, a comparu lundi devant la commission de discipline du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) qui l’a auditionné pour «violation du devoir de réserve en prenant des positions politiques», «incitation à la grève du 26 octobre 2019» et «entrave du travail judiciaire et déstabilisation des institutions de l’Etat».
Après délibération du CSM, le magistrat a écopé d’une «suspension d’exercice d’une durée de six mois, avec maintien de la moitié du salaire, pour l’une des affaires», a indiqué un membre de son collectif de défense du porte-parole du Club des magistrats algériens (CMA) en instance d’agrément. S’agissant de l’accusation relative à «l’entrave du travail judiciaire et déstabilisation des institutions de l’Etat», pour laquelle une proposition de renvoi devant la justice a été formulée, il a été décidé du report de son examen jusqu’à la prochaine session du CSM, sur demande de la défense de Merzoug», expliquent encore ses avocats.