Des spécialistes du web ont mis en garde, jeudi dernier à Tunis, contre l’usage des nouveaux médias et plus particulièrement des réseaux sociaux à des fins terroristes et propagandistes.

Selon un compte rendu publié par Agence Afrique Tunis Press du colloque qui s’est tenu dans la capitale tunisienne sur « La question religieuse dans les réseaux sociaux », l’organisation de l’Etat islamique, Daech, y est particulièrement active à travers des messages et des publications soit-disant personnelles. Selon l’universitaire Iqbel Gharbi Ltifi, cette organisation poste également ses publications sur le « dark net » destiné aux initiés de l’internet via des sites comme Khilafabook, Al Eetisam, Al Sakil, Anbaa et Al baraka qui sont tous utilisés comme des bases d’échange et d’information et de recrutement. Selon ce chercheur tunisien, Daech, qui maîtrise les moyens de propagande high tech et de grande diffusion, produit des contenus de propagande adaptés aux spécificités culturelles et géographiques des groupes et des communautés ciblés. Dans une révélation surprenante, il indique qu’elle va jusqu’à détourner des formes artistiques et musicales modernes pour en faire un instrument de propagande à l’exemple du rap en France, du mevlihane, les musiques religieuses populaires en Turquie, de la musique soufi dans les pays du Maghreb, pour propager son idéologie et séduire les jeunes internautes notamment.
De son côté, le directeur du Centre africain de perfectionnement des journalistes et communicateurs (CAPJC) établi à Tunis, Sadok Hammami, a indiqué que les nouveaux médias, notamment les réseaux sociaux peuvent servir, à la fois, d’outil de propagande et de propagande djihadiste ouverte ou masquée. L’usage de ces réseaux pour la propagande terroriste a plus ou moins diminué, a-t-il, toutefois rassuré en raison de la surveillance accrue des services de sécurité spécialisés dans la lutte contre la cybercriminalité. En outre, a-t-il ajouté, les administrateurs des réseaux sociaux ont pris conscience de l’usage de leur plateforme à des fins terroristes et ont réagi à ces pratiques.
Des organisations extrémistes, notamment Daech, auraient réussi à recruter près de 7000 Tunisiens, 1500 recrues marocaines et (seulement) 250 Algériens, selon des chiffres convenus et discutés lors du colloque à Tunis.
S’appuyant sur des chiffres publiés en décembre 2015 par The Soufan Group, entreprise américaine spécialisée en sécurité et en renseignements fournis aux gouvernements, le réseau mondial d’information Irin (Integrated regional information networks) dresse un état des lieux en Afrique du Nord en matière de terrorisme pour constater que l’Algérie est relativement épargnée.