La décision de Donald Trump de limoger son secrétaire d’Etat Rex Tillerson n’était pas surprenante tant elle était dans l’air du temps, mais n’en constitue pas moins une annonce d’un durcissement dans la politique de Washington.

Une diplomatie de la guerre semble particulièrement mise en place en remplacement d’un minimum de retenue déjà mise à mal par le discours extrême du locataire de la Maison-Blanche. Cette décision pourrait aussi constituer un cadeau offert à Mohammed bin Salman, le prince héritier saoudien. Tillerson était connu comme proche de l’État du Qatar et opposé à l’annulation de l’accord nucléaire avec l’Iran. Le Président Trump a reconnu qu’il existe bien des différends entre lui et son désormais ex-secrétaire d’Etat notamment sur le dossier nucléaire iranien, et que la symbiose entre lui et le nouveau ministre, venant de la CIA, Mike Pompeo est pour le moins parfaite.
Tillerson s’est opposé à Trump sur les principaux sujets de politique étrangère : le retrait de l’accord sur le climat, le sort de l’accord sur le nucléaire iranien, le déménagement de l’ambassade des Etats-Unis vers Al-Qods, la manière de négocier avec la Corée du Nord et surtout l’analyse des liens avec la Russie.
Il est évident que Mike Pompeo constitue une version plus extrémiste que Trump lui-même. Ce proche du Tea Party, favorable à la torture et aux prisons secrètes, est un adepte de la diplomatie des missiles Tomahawks. Il considère franchement l’accord avec l’Iran comme « extrêmement mauvais » qu’il faudrait impérativement annuler.

« Plus bas que terre »
Le limogeage de Tillerson suscite une multitude d’interrogations et de l’inquiétude. Pour le quotidien américain New York Times, Tillerson était « l’une des voix réalistes » dans l’entourage de Trump. Pompeo, son successeur qui va superviser les discussions à venir avec la Corée du Nord, a par le passé « fait pression pour un changement de régime et a même fait allusion à l’assassinat du président nord-coréen ». C’est dire la vision du monde de ce personnage. Les relations entre Moscou et Washington ne peuvent pas tomber plus bas, a estimé de son côté le Kremlin, disant simplement espérer une improbable approche « constructive » de Washington. « On peut difficilement tomber plus bas que terre, c’est pourquoi sur ce point, il est peu probable qu’une dégradation soit à craindre », a déclaré le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov.
Ainsi Tillerson rejoint une longue liste de hauts fonctionnaires qui ont démissionné ou ont été limogés depuis l’arrivée de Trump début 2017. Parmi eux figurent le conseiller stratégique Steve Bannon, Michael Flynn, conseiller à la sécurité nationale, James Comey, directeur du FBI, Reince Priebus, chef d’état-major de la Maison-Blanche, le secrétaire à la santé Tom Price, les directeurs de la communication Hope Hicks et Anthony Scaramuchi, le conseiller économique Gary Cohn et le porte-parole de la Maison-Blanche Sean Spicer. Tillerson est considéré par beaucoup d’Européens comme le dernier des « sages » dans l’administration du président Trump. Il avait fortement mis en garde contre tout retrait de l’accord nucléaire iranien, éventualité qui pourrait avoir de graves conséquences. Il était plus proche de la position européenne sur la question et aussi favorable au dialogue avec la Corée du Nord. Il avait été notamment mis à l’écart sur la question des relations avec l’Arabie saoudite, dossier dirigé par le gendre de Trump Jared Kushner.

Fin de l’accord sur le nucléaire iranien ?
Durant la crise qatari Tillersson refusait toute option militaire, critiquant publiquement l’alliance des quatre pays antagonistes. Ces derniers ont d’ailleurs reprochés à Tillerson une forme de partialité envers « l’alliance » Qatar-Turquie-Iran et le fait de s’opposer à toute confrontation militaire avec l’Iran. Ainsi le retrait du président Trump de l’accord nucléaire iranien semble déjà engagé. Ce qui pourrait ouvrir une perspective de guerre dévastatrice au Moyen-Orient. Trump a désigné un ministre des Affaires étrangères adepte de la diplomatie de guerre et ayant une expérience sans précédent acquise notamment dans les chambres noires de la CIA. Il reste l’un des extrémistes les plus bellicistes envers l’Iran et la Corée du Nord. Pour les Iraniens, il ne fait aucun doute le limogeage du secrétaire d’Etat Rex Tillerson montre que les Etats-Unis sont « déterminés à quitter l’accord sur le nucléaire ». Le vice-ministre iranien des Affaires étrangères estime que « les changements au sein du Département d’État ont été effectués à cette fin, ou du moins c’est l’une des raisons ».
Les auteurs du rapport annuel de la dernière conférence de Munich sur la sécurité l’avaient d’ailleurs rappelé. Le monde est au bord de l’abîme, à cause notamment des positions va-en-guerre de plus en plus exprimées ouvertement. Mardi l’agence officielle russe TASS, citant le général Valery Grasimov chef d’état-major des forces armées russes, faisait état de groupes armés dans la Ghouta orientale se préparant à utiliser des armes chimiques.
Un prétexte que Washington va utiliser pour lancer des frappes sur des cibles syriennes, dont la capitale Damas.
Il est évident que la Russie, allié principal des Syriens, ne restera pas inactive. Le monde est-il au bord d’une conflagration généralisée ?