Eh non ! On n’en finira certainement pas de sitôt avec le fâcheux phénomène. Celui de la violence. Parce qu’elle a encore frappé pour nous rappeler qu’elle est omniprésente là où la conscience, le fair-play et -surtout- le civisme sont totalement absents.

Lors du 16e de finale de Coupe d’Algérie entre le CR Village Moussa (Jijel) et le MC Alger, la rencontre n’a pas pu aller à son terme à cause des incidents graves dans les gradins et les jets de projectiles ayant contraint l’arbitre à l’arrêter. Apparemment, rien ne peut stopper l’escalade. Ni les sanctions ni les mesures et encore moins la prévention qui ne trouvent aucune réceptivité. C’est endémique ! C’est devenu presque normal. Manifester sa colère, son désaccord et le rejet de la défaite passent désormais par le dérapage et le voyoutisme. A Alger ou ailleurs, la tendance et les symptômes sont les mêmes. Ceux d’une société qui ne sait rien savourer. Qui aime juste se défouler. Dans le mauvais sens. Parce que cela laisse des séquelles et des blessures physiques. Beaucoup de haine pour montrer l’amour du club. Le fanatisme poussé à l’extrême par des gens qui ne vont pas aux stades pour regarder du foot. Ils s’y rendent pour les transformer en foutoirs gigantesques. Un vrai bazar de pierres et de sang. Des blessés et des affrontements. Pas dans les deux camps seulement parce que même les forces de l’ordre sont une cible privilégiée dans cet immense désordre. Mardi, lors du duel CR Village Moussa – MC Alger, 62 personnes ont été touchées. Les deux tiers (44) étaient des policiers. C’est pour dire que même celui qui doit garantir la sécurité n’est pas en sécurité. Un bilan qui en dit long sur la gravité de la situation et le non-respect des institutions de l’Etat chez une jeunesse qui ne s’exprime que par la force. Etre un « insoumis » passe par le vandalisme et l’affrontement avec ceux qui essayent de faire régner l’ordre. Que ce soit dans les enceintes sportives ou dans la société de tous les jours. Une certaine envie d’en découdre qui semble impossible à canaliser ou tempérer.

Quelles véritables solutions ?
Le mal est très profond pour se contenter de le traiter superficiellement comme la Ligue de football professionnel (LFP) a toujours tenté de faire. Vainement. Quel remède pour cette pandémie incurable? Les experts dans le domaine ont un avis et des solutions à proposer. Qui dépassent les simples sanctions et la peine capitale du huis clos.
Une punition qui n’a rien apporté concrètement. Pour Youcef Fatès, docteur d’Etat de la Sorbonne de Paris dans la spécialité «Education physique et sportive» : « Le remède n’est pas d’imiter ce qui se fait en Europe et l’appliquer en Algérie ».
Il est, selon lui, « nécessaire de faire des études et des analyses sur terrain, or ce qui se passe, c’est qu’on a essayé de transposer les phénomènes occidentaux sur l’Algérie». En tout cas, on ne peut que lui donner raison parce que cette greffe a toujours été rejetée. C’est un constat implacable.

Nécessité d’étude approfondie pour
un mal abyssal
L’attitude violente trouve explication chez le chercheur algérien de 72 ans. « Diverses causes sont derrière le déclenchement de la violence dans les stades, d’où la nécessité pour les responsables du football de mener sur le terrain une étude approfondie pour vaincre ce fléau, en prenant en considération les avis des spécialistes en psychologie, en sociologie et en médecine », a préconisé, dernièrement, Fatès à l’occasion d’un colloque international à Alger sous le thème : « L’activité physique et sportive : de la formation à la citoyenneté ». Ce penchant pour la réaction agressive semble enraciné. Il serait notamment dû au passé de l’Algérie. « Dans la période coloniale, les Algériens étaient violentés. Par conséquent, ils ont intégré cette violence du colonialisme (…) la société algérienne était patriarcale avec une prééminence d’un certain machisme », a estimé le chercheur, pointant du doigt également un « manque de fair-play » lors des rendez-vous sportifs, alors que « le
plus important c’est la participation et le respect de l’adversaire et des foules ».

Stades, les défouloirs géants

En Algérie, la violence n’est pas sporadique comme certains essayent de le faire croire. Et ce qu’on voit presque chaque week-end n’est que le quotidien des jeunes algériens qui sont enclins à régler les comptes comme dans la « street ».
C’est-à-dire : manifester la colère avec véhémences et agressivité. Ce que le docteur Fatès n’a pas manqué de relever en notant qu’il faut « éviter de considérer le sport comme un champ d’expression émotionnel de la jeunesse (…) si cette jeunesse n’a pas de moyens d’expression, elle s’exprime alors dans la violence et dans la masculinité ».
Pour essayer d’endiguer cela, il a recommandé d’« inviter des sociologues, des psychologues et des médecins pour avoir un projet de réflexion jusqu’aux racines de cette violence ». Un aspect sur lequel les instances du football en particulier et les responsables du sport en général ne se sont jamais vraiment penchés. Ils sont plus tournés vers l’exécutif et les mesures dissuasives ayant montré leurs limites. On ne sait pas si le scientifique pourra aider dans ces grands laboratoires à ciel ouvert. Là où les humains sont à l’état « sauvage ». L’opium même ne suffit plus pour le tranquilliser.