Villes mortes, messages de sensibilisation, campagnes de nettoyage et de solidarité, respect des règles du confinement… Le Hirak a fait du vendredi 57 non pas un jour de marche, mais un jour de mobilisation générale contre la propagation du coronavirus. La santé publique placée au-dessus de toutes autres considérations, les Algériennes et Algériens qui sortent depuis plus d’un an ont répondu aux appels à la «trêve sanitaire» lancés par différents acteurs, partis et organisations de la société civile.

Cette prise de conscience a donné lieu à un vendredi inédit, le premier du genre depuis le 22 février 2019. A Alger, la capitale, les boulevards qui habituellement, commencent à gronder de monde vers 11h déjà, étaient vides. C’est le cas notamment au niveau de la rue Didouche Mourad, à la Place Audin, à la Grande poste, à la rue Larbi Ben M’hidi, à la Place des Martyrs et au boulevard Zighout Youcef qui longe l’APN et le Sénat.
Mais, pour parer à toute tentative «suicidaire» par certains aventuriers qui, la veille, insistaient à vouloir marcher mettant en danger la vie des citoyens, la police a maintenu le dispositif de sécurité mis en place. Des fourgons ont été stationnés sur les points essentiels, devant le siège du RCD, à l’entrée du tunnel des facultés, devant la Grande poste, entre autres, tandis que des éléments des forces de l’ordre patrouillaient dans les artères de la ville. Ces derniers n’ont heureusement pas eu à intervenir. Quoi qu’il en soit, les Algériens dans les quatre coins du pays, n’ont pas marché hier et le Hirak a transformé cette crise sanitaire inédite dans le monde et en Algérie, en une occasion pour resserrer les liens d’entraide, afin de lutter contre le virus Covid-19. Certains acteurs du mouvement ont posté des messages et des vidéos sur les réseaux sociaux. «J’ai tant de peine de ne pas marcher aujourd’hui avec les miens-es comme c’est le cas depuis 13 mois pour une Algérie démocratique et de justice», a écrit le militant Hakim Addad, ancien détenu du Hirak. Mais, pour lui, cette peine est relativisée par «le sens de responsabilité du peuple algérien si prompt à assumer son rôle pour se sauvegarder. Cette sauvegarde qui nous permettra de repartir de plus belle dans quelque temps dans notre marche en quête d’avenir meilleur». A Tizi Ouzou, le bâtonnier, maître Salah Brahimi, s’est réjoui du respect des citoyens des appels à la raison, écrivant sur sa page Facebook : «Peuple conscient, il n’a pas besoin de la force pour le confinement et il n’a pas peur devant celle-ci lorsqu’il réclame ses droits». En effet, ce résultat était presque attendu, puisque durant toute la semaine nombreux étaient les acteurs qui s’étaient exprimés pour appeler à observer la pause. La classe politique aussi a fini par joindre sa voix à la raison, faisant de la préservation de la santé de la population, la priorité absolue. Après un débat et une polémique, un consensus a donc précédé le vendredi 57, sur la nécessité de surseoir aux marches, le temps que l’épidémie soit un mauvais souvenir. Depuis hier, le Hirak est officiellement suspendu, mais le débat sur la façon de continuer à lutter est lancé et des propositions commencent déjà. De la grève générale hebdomadaire au Hirak des balcons, à l’auto-organisation en cercles de débats virtuels, jusqu’à la désobéissance civile, les avis divergent.
Par ailleurs, le vendredi inédit en Algérie a concerné aussi les fidèles des mosquées puisque c’est pour la première fois que ces lieux de culte sont fermés officiellement par les autorités. Après une première fetwa limitant le temps du prêche de vendredi, le ministère des Affaires religieuses et des Wakfs s’est révisé suite à une polémique et une vague de critiques, en décidant la fermeture. Une décision qui, bizarrement n’a pas été du goût de certains islamistes radicaux et zélés, à l’image d’Abdallah Djaballah. Le chef du parti El Adala, l’a en effet, qualifié de «hâtive», estimant que «l’une des obligations de l’Islam est la prière collective» et respecter ce fondement revient à respecter les percepts de l’Islam. Djaballah a appelé les autorités à plutôt «prendre des mesures à même de se prémunir contre le corona, notamment les moyens de protection contre la propagation». Un dérapage et une position qui lui ont valu des critiques dans un moment où tout le monde doit se conformer à la seule façon de prémunir du covid-19, en limitant le contact et les rassemblements. <