La dernière semaine du mois de février a été manifestement marquée par le retour des marches du mouvement populaire, qui fait ainsi preuve d’une capacité de mobilisation intacte après une suspension qui aura duré une dizaine de mois à cause de la crise sanitaire.

Après la célébration, lundi passé, des deux ans du mouvement, les populations étaient au rendez-vous pour un nouveau vendredi de mobilisation. Et cette mobilisation tarde à générer une perspective politique à la mesure des espoirs suscités par le mouvement depuis son avènement, elle n’en dit pas moins l’insatisfaction de pans importants de la société quant à l’offre officielle qui annonce notamment des élections législatives anticipées pour l’été prochain.
Peut-être que cette mobilisation imposera à M. Tebboune d’accompagner ses plans par de nouvelles mesures de nature à convaincre les parties qui n’adhèrent pas à sa démarche qui connaîtra son coup d’accélérateur dans le registre lié aux échéances électorales, dès l’adoption en Conseil des ministres, de l’avant-projet portant nouveau code électoral.
Du côté du Hirak, si ses principales voix ne cachent pas leur satisfaction à ce retour à l’expression populaire pour réitérer un désir de changement, on n’hésite pas, de plus en plus chez de nombreux citoyens qui battent le pavé chaque vendredi, à s’interroger s’il n’est pas temps de renouveler la démarche tout en gardant sa marque première qui est la marche hebdomadaire.
Le débat ou l’esquisse de réflexion sur cette question peine vraisemblablement à prendre forme.
Le président de Jil Jadid, Sofiane Djilali, évoque à ce propos «une confusion» parmi les acteurs politiques, en allusion notamment à ceux qui accompagnent, corps et âme, le mouvement populaire. «Il y a, de mon point de vue, une grave confusion parmi la classe politique, qui stagne sur des notions fausses quant à l’action qu’il y a lieu de mener dans un contexte donné», a déclaré le chef de parti qui tient à ce que l’action politique soit inscrite dans la construction après une période de contestation. Le président de Jil Jadid regrette, dans ce sens, que des chefs politiques «n’investissent pas dans le travail véritablement politique». Pour Soufiane Djilali, ces parties «ne constituent pas des organisations ni des équipes de travail sérieuses. Elles cherchent le buzz en surfant sur les moments forts de la mobilisation», estimant que c’est «une posture stérile». Défendant sa démarche d’ouverture au dialogue avec le pouvoir en place, il pointe un «paradoxe» chez les courants politiques qui réclament «la démocratie et le dialogue», mais qui déclinent l’offre de dialogue du pouvoir et attaquent tous ceux qui ont une autre opinion que la leur.
«Objectivement, ces politiques travaillent pour le maintien du système tout en prétendant vouloir militer pour le changement», soutient-il. Un avis complètement opposé est soutenu par le Parti des travailleurs (PT) de Louisa Hanoune, laquelle a estimé, ce week-end, que «la majorité du peuple algérien qui mène depuis le 22 février 2019 une deuxième révolution» après celle de Novembre 1954, n’a à aucun moment réclamé des élections anticipées, mais sa souveraineté totale, complète, le départ du système et pas son replâtrage». Concernant les autres mesures prises par le chef de l’Etat, la patronne du PT dit ne pas y croire. Expliquant que «le pays n’a pas besoin d’observatoires ni de hauts conseils, mais des politiques conformes aux aspirations des Algériens».
Ce qui augure incontestablement d’une faible adhésion des partisans du processus constituant aux futures échéances électorales alors qu’il y a des signes d’une tentation chez beaucoup de sympathisants du Hirak de s’engouffrer dans l’associatif et présenter des listes avec un double risque. Celui ne pas avoir le temps nécessaire de mobiliser et celui également d’exacerber le camp radical parmi le mouvement populaire. En tout état de cause, le constat qui présente, à bien des égards, une impasse à double tour, devait enfanter du «mouvement» dont il est difficile de prédire la forme, mais dont le déclic serait cet appel de RAJ pour «traduire les revendications populaires en un pacte politique».