C’est la dérive totale. Une Fédération sans président, un championnat à l’arrêt, une sélection à l’abandon et des problèmes à ne plus en finir. Le handball algérien se porte plus mal que jamais. Pour ne rien arranger, il y a le forfait annoncé pour la CAN-2022, attribué au Maroc mais prévu sur les terres du Sahara occidental, que l’Algérie compte boycotter… avec toutes les sanctions et les conséquences qui peuvent en découler.

Par Mohamed Touileb
Le message de détresse est envoyé par Kader Rahim, un international algérien. « Le Handball algérien a besoin d’aide. Situation catastrophique pour l’Equipe Nationale à quelques semaines de la CAN et du championnat local qui n’a toujours pas repris. Ne laissons pas mourir ce sport qui a tant apporté à l’Algérie », a tweeté le sociétaire de l’US Dunkerque. La crise a atteint la haute sphère handballistique qu’est la sélection, elle aussi à l’abandon total.
Un directoire en démineur
Pourtant, le sept national a longtemps honoré le pays dans les manifestations continentales et internationales. L’EN a notamment décroché 7 couronnes africaines, dont une dernière en 2014. Cette consécration, signée à domicile, aurait pu être un catalyseur pour que ce sport retrouve ses lettres de noblesse. Le paradoxe, c’est qu’il les a perdues encore plus dans les années qui ont suivi.
La pandémie du Coronavirus a porté le coup de grâce pour le championnat domestique avec des handballeurs contraints à l’arrêt. Aujourd’hui, le championnat est gelé avec ses deux paliers. Le directoire provisoire, mis en place par le ministère de la Jeunesse et des Sports (MJS) fin septembre dernier et présidé par Abdelkrim Bendjemil, de la Fédération algérienne de handball (FAHB), se retrouve face à une pile de problèmes à régler dans un délai de 2 mois. Un intervalle trop court pour traiter des dossiers sensibles.
Les plus urgents restent ceux de la reprise du championnat local, relancer l’équipe nationale, qui est sans sélectionneur depuis le départ d’Alain Portes, et organiser des élections fédérales. Trois mines à désamorcer. Notamment celle en lien avec la participation de nos handballeurs à la CAN-2022 sur des lieux « inappropriés » tant le Maroc a opté pour Guelmim et Laâyoune comme ville hôtes.

Le sport suspendu à la diplomatie
À ce sujet, Bendjemil dira que la décision « n’est plus du ressort de la fédération. Je sais que la diplomatie algérienne, en collaboration avec le ministère des Sports, a pris en charge ce dossier. De mon avis personnel, je ne pense pas que l’Algérie sera éliminée ou sanctionnée. Je sais très bien que la diplomatie algérienne est très forte et qu’on n’arrivera pas à ce point-là. Elle est capable de trouver des solutions à ce problème. Pour elle, ce n’est pas un problème insoluble. Je suis très confiant sur le fait que ce problème va se résoudre très bientôt ».
Un éventuel boycott pourrait valoir des sanctions pour les Verts qui ne pourront pas participer au Mondial 2023 en France en plus de voir l’organisation de la prochaine CAN être retirée à l’Algérie. C’est pour dire que cette affaire est sensible et aura des répercussions sur les 3 années à venir. Aussi, la commission mise en place devra préparer le vote pour élire un nouveau président permanent en succession d’un Habib Labane dont le mandat n’a pas soigné les maux de la petite balle. Mais, « avant de préparer ses élections, on doit revoir les statuts de la fédération car ils ont été changés illégalement. Nous avons donc assaini ses statuts », indique Bendjemil.

Le sélectionneur, pas pour tout de suite
L’ancien international algérien note que « beaucoup de décisions ont été prises sans passer par l’assemblée générale, comme le changement de formule et de la composante du championnat. Des décisions saugrenues ! Et aujourd’hui je ne peux pas démarrer le championnat dans ces conditions. Il faut régler ces problèmes avant tout démarrage du championnat aussi bien en 1ère qu’en 2e division ».
Par ailleurs, pour ce qui est de la désignation d’un nouveau sélectionneur, il dira « je ne peux pas aujourd’hui nommer un sélectionneur ou un staff technique alors que dans un mois il aura un président de fédération qui pourrait tout remettre en cause. C’est un point qu’on doit régler avec le ministre. Même si je comprends très bien le problème puisque cela fait deux ans que l’équipe nationale féminine n’a eu aucun stage. Les garçons n’ont pas été en préparation depuis le mois de mars. Même si c’est moins problématique pour les garçons car 80 % de la composante de l’équipe nationale masculine joue en Europe ou au Moyen-Orient. Ces joueurs-là continuent à jouer et à être compétitifs ». Bendjemil et son équipe ne sont là que pour dresser un bilan exhaustif de la situation désastreuse que vit le handball Dz. Pour ce qui est des décisions majeures, elles émaneront du MJS de Abderrezak Sebgag. En attendant, la discipline continue à manger son pain noir.