Les difficultés que rencontre l’industrie automobile dans le monde, ces dernières années, sont devenues impossibles à supporter par les constructeurs depuis l’arrivée du coronavirus et les mesures sanitaires imposées à ce secteur déjà moribond. Un coup de grâce ressenti dans l’ensemble des usines de la planète qui a accéléré la mise en place de plans de restructuration et de transformation au sein de nombreux groupes. C’est le cas, entre autres, chez Renault qui subit de plein fouet la crise vécue aujourd’hui par le secteur, alors qu’il doit répondre aux urgences liées à la transition écologique qui accélère la rupture avec la vision traditionnelle de la mobilité et des moyens de locomotions. Dans cette logique, le groupe français a annoncé, vendredi dernier, son plan de transformation dont l’objectif est de réaliser une économie de plus de 2 milliards d’euros sur 3 ans et de constituer les bases d’une nouvelle compétitivité accompagné d’une réduction de la production mondiale de véhicules. Pour se faire, Renault va supprimer quelque 15 000 emplois dans le monde, soit 8% de ses effectifs intervenant dans ses différentes usines dont celles se trouvant en France, où le groupe local prévoit de supprimer 4 600 emplois supprimés sur les 48 000 que compte l’emblématique marque au Losange dans le pays, en plus de la fermeture du site à Flins, en région parisienne, après 2024. Aucun licenciement sec n’est toutefois annoncé, le plan s’appuyant sur des départs à la retraite non remplacés et «des mesures de reconversion, de mobilité interne et de départs volontaires», précise Renault. Acculé, Renault a donc décidé un changement de stratégie. Finie la course aux volumes, initiée par son ex-patron déchu Carlos Ghosn, place à la rentabilité, avec une production en commun de près de la moitié des modèles des trois constructeurs d’ici 2025. Dans le reste du monde, le constructeur aux cinq marques (Renault, Alpine, Dacia, Lada et Samsung Motors) a annoncé la «suspension des projets d’augmentation de capacités prévus au Maroc et en Roumanie».

«On ne ferme pas une usine qui est déjà fermée»
Le plan de transformation annoncé par Renault n’est pas sans susciter des interrogations quant à l’avenir de l’usine Renault Algérie Production (RAP) de Oued Tlelat. Certes, la première usine d’assemblage automobile installée en Algérie, en 1994, ne représente qu’une petite goutte dans l’océan des méga-usines implantées par le groupe français à travers le monde, mais ceci n’empêche pas de vouloir connaître la réaction au sein de RAP en cette période qui voit l’industrie automobile en Algérie faire parler d’elle, entre relance sur de nouvelles bases et menace d’une fermeture collective que pourrait générer la suppression du régime préférentiel accordé ces dernières années aux opérateurs pour l’importation des kirs SKD-CKD.
«Pourquoi être inquiété par le plan du groupe ?», nous répondra un responsable de Renault Algérie qui a préféré garder l’anonymat. «On ne ferme pas une usine qui est déjà fermée depuis plusieurs mois, et on ne met pas au chômage un personnel qui est déjà au chômage», poursuivra-t-il sur un ton d’ironie qui dissimule mal son inquiétude et le malaise que vivent les travailleurs de cette usine depuis qu’elle a cessé ses activités à la mi-octobre 2019, à quelques petites semaines du cinquième anniversaire de son inauguration (14 novembre 2014). Une décision prise après l’épuisement des quotas de kits SKD-CKD auxquels avait eu droit Renault après la décision des pouvoirs publics de passer à ce régime pour réduire de la facture des importations en la matière. C’est la ministre de l’Industrie alors en poste, Djamila Tamazirt, qui avait d’ailleurs annoncé la fermeture de l’usine RAP, précisant qu’«après les réajustements opérés en 2019 relatifs au quota de kits SKD, attribué par le gouvernement, l’activité du l’usine reprendra son cours en 2020». Mais depuis, les quelque 1 300 employés de l’usine attendent toujours, dans l’embarras, une réouverture qui ne vient toujours pas. Et qui ne viendra peut-être jamais, estiment certains observateurs de l’évolution du secteur automobile en Algérie. Et si cette réouverture risque de ne pas avoir lieu, c’est parce que la suppression du régime préférentiel sera quasiment impossible à assumer par des opérateurs qui, depuis l’entame de l’activité d’assemblage, ont évolué sur du velours, bénéficiant d’exonérations inégalables en matière de taxe douanière et d’impôts, mais aussi d’extra enviables en assiettes d’implantation de leurs projets et dans le cadre de recrutement de leurs effectifs.
D’autres observateurs n’hésitent pas à regarder la réhabilitation des concessionnaires et le retour des importations de véhicules neufs comme une «bénédiction» pour certains opérateurs qui se sont lancés, ces dernières années, dans l’industrie automobile. «D’anciens concessionnaires comme Renault Algérie, numéro un des ventes depuis de nombreuses années, pourraient revenir à leur activité initiale et prendre tout le temps nécessaire pour se relancer dans l’industrie, conformément aux nouvelles mesures introduites par le projet de loi de Finances complémentaires et dans le cadre de la nouvelle réglementation qu’édictera le cahier des charges», expliquent nos interlocuteurs. n