Les choses s’accélèrent sur le front de la justice. Les enquêteurs ont épluché des dossiers de corruption non pas une fois, mais plusieurs fois, en vue d’y trouver une preuve substantielle de l’existence de préjudices économiques quantifiables. Des comparutions de chefs d’entreprise et de hauts fonctionnaires ont été nécessaires durant les enquêtes préliminaires et aux audiences. Des mandats de dépôt ont été émis. La corruption n’a jamais été autant d’actualité. Qu’il s’agisse de la corruption en col blanc ou celle des sous-fifres de deuxième ordre, le phénomène a pris de l’ampleur ces vingt dernières années, dans un pays qui était entré de manière fugace dans l’ère de l’opulence. Il en sort aujourd’hui avec des dégâts considérables. Ces poursuites judiciaires ont, entre autres buts, celui de récupérer l’argent qui a été volé au peuple et de restaurer l’image du pays. Cet objectif est plus important que jamais. Mais encore faut-il qu’il soit atteint en respectant les règles de justice et d’équité, deux fondamentaux auxquels aspire le mouvement populaire. Le ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Slimane Brahmi, se montre rassurant. Il a exhorté, lundi, les Parquets généraux à superviser minutieusement les enquêtes préliminaires à travers un approfondissement des investigations pour démasquer les personnes impliquées dans des affaires de corruption, définir leurs avoirs illicites et situer les lieux où ils se trouvent. Intervenant, lors de la cérémonie d’installation de Zeghmati Belkacem dans ses fonctions de Procureur général de la Cour d’Alger, le ministre a affirmé que la lutte contre les crimes de corruption implique de la part des Parquets généraux de diriger et de superviser de manière permanente et minutieuse les enquêtes préliminaires de la police judiciaire, à travers l’approfondissement des investigations, pour démasquer les auteurs de ces crimes, définir leurs avoirs criminels et situer les lieux où ils se trouvent pour leur recensement. Cette mesure précède la saisie ou le gel des avoirs illicites récupérés en prévision de leur communication aux juridictions compétentes pour trancher conformément à la loi, a ajouté Brahmi. Pour lui, les avoirs de la corruption constituent la pierre angulaire de la lutte contre les crimes de corruption en portant un coup de grâce aux coupables, c’est-à-dire à leur patrimoine. A ce propos, le garde des Sceaux a souligné que la prévention contre ce fléau exige l’exploitation de tous les mécanismes juridiques disponibles et le recours, le cas échéant, à la coopération internationale dans le cadre des accords bilatéraux ou internationaux ratifiés par l’Algérie, afin d’arrêter les coupables et de les présenter à la justice pénale, habilitée à les juger conformément aux lois de la République. Il est vrai que le pays a pris des engagements de lutte contre la corruption en vertu de certains accords et traités qu’il a signés ou ratifiés. Il s’est ainsi conformé à ce qu’il a négocié dans l’accord d’association. Par exemple, par l’article 91, qui prévoit la prise de mesures efficaces et concrètes contre toutes les formes de corruption, pots-de-vin et pratiques illicites commises par des particuliers ou des personnes morales. Les transactions énoncées dans cet article peuvent aller d’une opération commerciale classique à valeur marchande moyenne à des marchés publics engageant de gros contrats. Il faut dire que la corruption, l’UE en discute avec l’ensemble des pays tiers avec lesquels elle signe des accords d’association. Les formules qu’elle propose ont, cependant, valeur de mesures dissuasives. Pas plus ? L’Algérie a, par ailleurs, adopté une loi sur le blanchiment d’argent, se conformant ainsi à la législation internationale anticorruption et de lutte contre l’argent sale. Le traité contre le blanchiment d’argent, l’Algérie l’a ratifié et en a transposé quelques dispositions dans ses droits nationaux. Comme les corrompus et corrupteurs ont le bras long, la justice compte sur la coopération internationale. F. M.