Par Khaled Remouche
Le gouvernement à travers son plan d’action table sur l’augmentation des investissements dans le secteur des hydrocarbures pour parvenir à équilibrer la balance des paiements en 2022-23 et donc réduire les pressions sur les réserves en devises du pays et, partant, se donner un répit de deux ans permettant de cueillir les fruits des efforts en matière de diversification économique et de mise en oeuvre des réformes à partir de 2024. L’une des conclusions à tirer à l’issue de la lecture du plan d’action et des réponses du Premier ministre Aïmene Benabderrahmane à l’APN est que le financement de l’économie nationale restera, pendant plusieurs années encore, tributaire principalement de l’évolution du secteur des hydrocarbures.
Comme le disait l’économiste feu Abdelmadjid Bouzidi, l’après-pétrole, ce sera toujours le pétrole à court et moyen termes en attendant les fruits des efforts en matière de diversification économique, qui n’auront un grand impact sur la stabilité macro-économique et sur l’affranchissement de l’Algérie des fluctuations des prix du pétrole qu’à partir de 2030. Le Premier ministre inscrit la politique économique du pays dans ce sillage. Le gouvernement vise parallèlement à préparer l’Algérie à aller vers un mode de production énergétique à faible empreinte carbone, en accélérant le développement des énergies renouvelables et en appliquant une politique plus ambitieuse en matière d’économie et d’efficacité. Précisément, le plan d’action prévoit une augmentation des investissements dans le secteur des hydrocarbures. « L’investissement dans l’extraction et le développement dans le secteur énergétique va augmenter de 7,4 milliards de dollars en 2021 à 10 milliards de dollars en 2023. Cela permettra une augmentation de la production primaire qui passera de 187 millions de tonnes équivalent pétrole (TEP) à 195,9 millions en 2023. Cet effort d’investissement s’explique par l’impératif d’achever le développement de nouveaux gisements tels que les champs de gaz de Tinhert et de la périphérie de Gassi Touil, d’Isarène, de Hassi Hamou et Hassi Mouina au sud-ouest, et des champs de pétrole de la périphérie de Hassi Messaoud. Il faut savoir que ce niveau de production de 2023 se rapproche de celui de 2017 (196 millions de TEP), les années 2019, 2020 ayant connu une forte chute de production. Ainsi, si la tendance en matière de prix de pétrole se maintient au cours des prochaines années et si ce programme d’augmentation des investissements réussit, avec la mise en service de plusieurs gisements de pétrole et de gaz nouveaux, il est clair que les recettes d’exportations de l’Algérie seront en hausse. Ce qui permettrait d’atténuer les difficultés financières de l’Algérie et d’éviter la fonte rapide des réserves de change. Ainsi, le secteur des hydrocarbures continuera à être le levier principal en matière de financement de l’économie nationale d’ici à 2024 et bien au-delà.
C’est sur ces ressources financières tirées des exportations d’hydrocarbures que le gouvernement compte réaliser les grands équilibres macro-économiques avec un recours moins important aux réserves en devises du pays. Cela donne un répit en cas de maintien des prix du pétrole à la hausse pour lancer les réformes, le plan en matière de transition énergétique incluant le développement des énergies renouvelables et une série de mesures en matière d’efficacité énergétique et d’économie d’énergie. Sur ce dernier point, il convient de noter que si des progrès ne sont pas réalisés à court et moyen termes, il serait difficile d’accroître et de maintenir les revenus de l’Algérie tirés des exportations d’hydrocarbures, eu égard à l’explosion de la demande en matière de produits énergétiques, en particulier en gaz naturel prévu à court, moyen et long termes. Ce redressement financier, en somme, serait compromis si les prix du pétrole venaient à baisser, en clair, à passer sous la barre des 60 dollars.
A cela se conjuguent les menaces sur ces revenus du fait que sur les marchés internationaux du gaz, la concurrence sur les parts de marché entre pays producteurs demeure féroce et que des pressions s’exercent de plus en plus contre la pénétration du gaz sur les marchés européen et d’Amérique du Nord en raison de la tendance internationale en matière de changement climatique. <