Le gouvernement a évalué le régime des licences d’importation. Et il en a conclu que le système a montré ses limites, a créé plus de difficultés qu’il n’en a résolues. Et, la décision est tombée : l’Exécutif va le supprimer en 2018.

Le pays, en situation de crise, avait en fait tenté de répondre à la question de savoir comment gérer les flux commerciaux dans une période de vache maigre. Cependant, la méthode choisie, l’instauration des licences d’importation, l’a été dans l’urgence, parce que le gouvernement qui était aux affaires estimait que plus le temps passait et plus la situation financière risquait de se compliquer.
Ce procédé était en réalité tout indiqué, en l’absence d’une stratégie plus globale clairement définie. En mettant en place une telle mesure, l’Exécutif croyait bien faire. Il voulait protéger l’économie nationale, protéger le consommateur et réaliser l’équilibre entre les exportations et les importations, en faisant en sorte de ne pas remettre en question les engagements internationaux du pays. En théorie, cela est possible. En pratique, cela n’est pas toujours le cas. Effectivement, sur le terrain de l’application de la mesure, les choses n’ont pas évolué de façon ordonnée. Et on a vu la réalité : la pénurie de certains produits comme le ciment ou le rond à béton a créé à un moment donné une énorme tension dans le pays, faisant flamber les prix à la consommation. Au plan international, les critiques fusaient de toutes parts à l’égard du régime des licences d’importation.
L’Union européenne, un des partenaires clés de l’Algérie, a même formulé des critiques dans un document officiel et qu’elle a rendu public. On peut y lire ceci : « En janvier 2016, l’Algérie a pris une série de mesures restrictives au commerce bilatéral avec l’UE sous forme d’introduction de licences d’importation non automatiques pour certains produits, tels que les voitures, le ciment et les ronds à béton ». Ces mesures « protectionnistes prises sans concertation préalable avec l’UE sont venues s’ajouter aux restrictions et entraves au commerce et à l’investissement déjà existantes, en rendant encore plus difficile le climat des affaires pour les opérateurs économiques européens», a déploré l’UE dans ce rapport sur l’état des relations UE-Algérie dans le cadre de la politique européenne de voisinage rénovée. Pour l’UE, l’introduction des licences d’importation n’est pas conforme aux obligations de l’Accord d’association entre les deux partenaires. Mais «l’Algérie maintient qu’elles sont justifiées par les circonstances ponctuelles, telles que la chute importante du prix des hydrocarbures, la perte de recettes publiques qui en a résulté, ainsi que le déficit commercial croissant», lit-on dans le même rapport publié sur le site officiel de l’EU. Le document est-il objectif ? Du côté algérien, on se montrait réaliste, défendant une mesure souveraine, en essayant de justifier de son bien-fondé. Et de souligner qu’il est important de comprendre que les termes utilisés dans le rapport en question « ne dépeignent pas nécessairement la réalité ». Il est à rappeler qu’en 2016, un total de 225 licences d’importation de véhicules, de ciment et de ronds à béton ont été délivrées par les autorités concernées. Le pays cherchait à réduire les importations. Il n’a réalisé in fine que des économies de bout de chandelle, puisque le régime des licences d’importation n’a permis de diminuer les importations que d’un peu plus d’un milliard de dollars en 2017. Tout ça pour ça !