Le confinement partiel à domicile et autres mesures prises pour endiguer la propagation de la pandémie de coronavirus, notamment son variant Delta, prend fin demain dans un contexte toujours marqué par une crise sanitaire aigüe. Les services Covid et de réanimation sont toujours pleins, de même que le problème de disponibilité d’oxygène dans hôpitaux pour les personnes en détresse respiratoire ayant besoin la plupart d’une oxygénation de «30 litres» ne trouve toujours pas de solution efficace, malgré de nombreuses mesures et démarches.

PAR INES DALI
Au lendemain de l’annonce du confinement partiel et des autres mesures de restriction, de nombreux spécialistes ont appelé à des mesures «plus strictes», estimant que celles annoncées et qui sont en vigueur actuellement n’étaient pas suffisantes. Le gouvernement avait décidé un confinement partiel à domicile de 20h00 à 6h00 dans 35 wilayas à compter de lundi 26 juillet pour une durée de dix jours au regard de la recrudescence des cas à travers le pays. Parmi les autres décisions prises, il y a eu les cafés et restaurants qui sont passés à la vente en mode «à emporter», la fermeture des salles de sport et de fêtes, ainsi que l’interdiction de toutes sortes de regroupements. Des mesures ont également été prises au niveau local dans les wilayas non-concernées par le confinement partiel, après le constat de non-respect des mesures de prévention. Il s’agit surtout de la fermeture de certaines plages en raison de la forte affluence qui ne pouvait permettre une quelconque distanciation et devant l’insouciance des estivants en matière de respect des mesures de prévention.
Parmi les recommandations des professionnels de la santé devant la hausse continue des cas confirmés, de décès et des malades en détresse respiratoire, il y a celle appelant à un confinement total. Le Pr Rachid Belhadj du CHU Mustapha-Bacha et nombre de ses confrères des autres hôpitaux ont estimé qu’il faut un confinement total d’au moins dix jours. Certains autres ont même parlé d’une période de quinze jours pour stopper ou, du moins, atténuer la forte propagation de la pandémie dominée, cette fois-ci, par le variant Delta connu pour sa grande vitesse de propagation et sa haute contagiosité. Les mises en garde n’ont pas manqué de la part des spécialistes qui ont averti, bien avant d’arriver à cette situation, que «si troisième vague il devait y avoir, ce serait alors une vague de variants». Nous y sommes en plein dedans avec le variant Delta qui prédomine actuellement dans les cas de contaminations à hauteur de 71%, selon une étude de l’Institut Pasteur d’Algérie (IPA) arrêtée au 15 juillet et dans laquelle il avait fait savoir que l’activité de ce variant a connu une accélération à partir de la première semaine du même mois. Dans cette même étude, l’IPA prévoit que la prédominance de ce variant a supplanté tous les autres variants circulants jusque-là, atteigne le taux de 91% dans les prochaines semaines.
C’est ce variant qui a provoqué le boom des cas d’infections ayant saturé les services Covid et de réanimation et nécessitant une grande consommation d’oxygène, un problème qui dure depuis plusieurs jours et, à en croire les déclarations des spécialistes, pourrait encore durer puisque le pic pourrait avoir lieu que «dans deux ou trois semaines». Entretemps, il est crucial que le problème d’oxygène soit résolu car il est à l’origine de la perte des vies humaines, comme en témoignent les médecins en charge des malades Covid, notamment ceux des villes les plus touchées par la pandémie.

Vague Delta et problématique d’oxygène
A l’Etablissement public hospitalier (EPH) de Boufarik, le Dr Mohamed Yousfi, chef de service infectieux, ne mâche pas ses mots et révèle que cet hôpital qui compte près de 110 malades est en manque d’oxygène. Dimanche matin, il a affirmé que la problématique de l’oxygène continue de se poser et que la citerne était «à zéro». L’hôpital n’avait «reçu que 1000 litres d’oxygène samedi matin, alors que la capacité de la citerne est de 6000 litres pour 24 heures». Les 1000 litres ne suffisent «même pas pour une demi-journée», a-t-il fait remarquer, ajoutant qu’ils se font «aider par les obus d’oxygène». L’hôpital venait d’en recevoir «45 qui tiendront deux heures, ce qui est largement insuffisant». «Il y a deux jours, on a eu 13 décès, c’est la première fois, à cause du problème d’oxygène», a encore fait savoir Dr Yousfi.
Aussi bien lui que ses autres confrères qui vivent la même situation lancent le cri de détresse pour régler le problème d’oxygène. «Je le dis et le répète, cette problématique existe toujours. Soit on n’a pas d’oxygène soit on en a un peu. C’est dramatique. Des malades ou leurs parents viennent me demander s’ils peuvent ramener l’oxygène de l’extérieur. C’est inacceptable de travailler dans une telle situation !», a-t-il martelé, avant de souligner que la solution réside dans un approvisionnement régulier et dans l’augmentation des capacités de stockage. «Ce qui n’est malheureusement le cas actuellement, alors que nous avons alerté sur cette problématique bien avant», a-t-il fortement regretté. Le problème que vit l’EPH de Boufarik est similaire à tous les autres hôpitaux de plusieurs wilayas, que ce soit à Alger, Oran, Tizi Ouzou, Tlemcen, Béjaïa, Tissemsilt, Sétif…
Outre les appels aux autorités sanitaires à résoudre en urgence le problème d’oxygène pour sauver des vies, les appels ne manquent pas à l’adresse de la population. L’ensemble des médecins continuent d’appeler et de sensibiliser sur le respect des gestes barrières : port de la bavette, distanciation physique et lavage fréquent des mains qui «sont des gestes simples mais qui peuvent sauver vos vies», disent-ils en suppliant les citoyens à s’y conformer. La situation épidémiologique se complique encore plus avec la nouvelle révélée hier à Oran.

Plus de cas positifs parmi les enfants
En effet, les services sanitaires de la wilaya d’Oran ont affirmé avoir enregistré, les derniers jours, plus de cas d’enfants contaminés par le nouveau coronavirus. La direction de la santé et de la population a indiqué la contamination des enfants commence à prendre de l’ampleur dans la wilaya d’Oran. «Entre 2 à 4 enfants sont déclarés positifs quotidiennement au niveau de l’établissement hospitalier spécialisé (EHS) en pédiatrie de Hai El Menzeh (ex-Canastel)», selon la cellule de communication de la DSP. Un enfant de 14 ans est récemment décédé au service de réanimation de cet hôpital des suites des complications liées à la contamination au Covid-19, selon la même source.
L’âge des enfants contaminés varie entre 9 mois et 17 ans, a-t-on souligné, faisant remarquer que les signes de la maladie chez ces enfants ont commencé à apparaître une quinzaine de jours après la contamination des adultes vivant sous le même toit. La DSP recommande aux adultes de se soumettre à un isolement d’au moins 5 jours en cas de contamination avec l’impératif de porter la bavette et de respecter la distanciation même à l’intérieur de la maison. Elle recommande également aux parents de sensibiliser leurs progénitures sur le respect des mesures de prévention, notamment le port du masque, le lavage fréquent des mains et la distanciation.
Devant toutes ces complications qui s’ajoutent à celles existantes, la vigilance est donc réitérée et l’attention est retenue par ce que décidera le gouvernement. Entre les appels à des mesures plus strictes et les appels carrément à un confinement total pour limiter la circulation du virus, c’est devant un choix cornélien qu’est mis le gouvernement, sachant qu’il n’est plus possible de tout fermer pour des questions socio-économiques et qu’en même temps, il n’est pas possible de contrôler toutes les personnes dehors et les obliger à respecter les gestes barrières.