Malgré les inquiétudes exprimées publiquement, notamment de la part du Premier ministre et de l’argentier du pays, quant à la fragilité de la situation financière de l’Algérie, l’Etat ne veut en aucun cas prendre des mesures à même d’en finir avec la politique sociale. Surtout en cette période préélectorale. Bien au contraire, depuis quelques jours, on assiste à une série d’annonces et de déclarations en faveur de différentes catégories de la société, par des membres du gouvernement, en déploiement sur le terrain. Des annonces électoralistes, diront certains observateurs, surtout que le défi, au-delà de la compétition entre les candidats, est d’amener les citoyens aux urnes le jour J. Le spectre de l’abstention faisant à chaque fois peur.
Hier, le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et de l’Aménagement du territoire, en déplacement à Djelfa, a annoncé que le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, a donné son accord pour promouvoir la ville d’Aïn Ouessara en wilaya déléguée. Pour rappel, 14 wilayas déléguées devraient être créées dans les grandes wilayas, à savoir Alger, Blida, Annaba, Constantine et Oran. Paradoxalement, le problème de leur financement n’est pas à l’ordre du jour. L’annonce du passage de Aïn Ouessara en wilaya déléguée va sûrement être suivie par d’autres durant les prochains jours. Avant M. Bedoui, soit la veille, c’est le ministre du Commerce Saïd Djellab qui annoncera que, désormais, les jeunes porteurs de projets voulant se lancer dans une activité, notamment dans les nouvelles technologies, n’ont pas besoin de local de domiciliation pour obtenir un registre de commerce. Djellab a soutenu que les porteurs de projets pourraient domicilier leur siège social auprès d’un commissaire aux comptes, d’un expert-comptable, d’un avocat ou d’un notaire, voire même dans la résidence du représentant légal de la société pour une durée maximale de deux années renouvelables une fois. Une bouffée d’oxygène pour les milliers de jeunes voulant lancer leur propre projet mais qui s’exposent aux frais exorbitants de location d’un siège. Et comme il y a de plus en plus de jeunes qui s’expriment, depuis quelques semaines, sur l’échéance présidentielle, envahissant rues et réseaux sociaux, le gouvernement semble avoir cette catégorie dans le viseur. C’est Mourad Zemali, ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, qui a annoncé la couleur le 14 février dernier. Depuis la wilaya de Tizi Ouzou, le ministre a rassuré les jeunes investisseurs ayant monté des micro-entreprises dans le cadre des dispositifs publics d’aide à la création d’emplois (Ansej et Cnac) et qui se sont retrouvés en situation d’échec qu’ils «ne seront pas poursuivis en justice». «Le fonds de garantie a été spécialement créé pour ce genre de situation afin de prendre en charge le remboursement du crédit contracté auprès de la banque», avait déclaré M. Zemali. Difficile de ne pas faire le lien entre toutes ces annonces et l’élection présidentielle du 18 avril. Les autorités ont souvent utilisé la carte du tout-social pour s’assurer du bon déroulement des échéances électorales et éviter des actions et manifestations dans la rue. Les bons gestes en direction de différentes couches de la société se multiplient même, histoire de contenir la colère citoyenne. Au lendemain de l’annonce de la candidature du Président Abdelaziz Bouteflika, un quota supplémentaire de 2 000 carnets de hadj au profit de citoyens âgés de plus de 70 ans et ayant participé plus de dix fois au tirage au sort, a été accordé. A chacune de leurs sorties, les membres du gouvernement font montre de la volonté de l’Etat de poursuivre sa politique sociale malgré la crise. Avant-hier encore, le ministre des Moudjahidine a insisté sur la prise en charge sociale que l’Etat accorde aux moudjahidine et à leurs ayants droit. D’où la révision prochaine de la loi relative au moudjahid et au chahid. Une révision qui se fera en concertation avec l’ONM, l’Onec et l’Onem. De son côté, le ministre de l’Energie, Mustapha Guitouni, poursuit ce qui ressemble à une tournée où, à chaque halte, il annonce le raccordement de localités au gaz de ville et la levée des oppositions «sur instruction du président de la République».