L’Assemblée nationale a adopté, hier, l’ensemble du projet de loi de finances 2023 porté par le gouvernement d’Aïmene Benabderrahmane.

Par Hakim Ould Mohamed
Le projet de budget devrait être maintenant soumis au Sénat en prévision de son examen. Quelques amendements se rapportant essentiellement aux mesures liées à l’importation des véhicules ont été proposés et votés. C’est un budget volumineux que le gouvernement vient de faire voter à l’Assemblée, dont les dépenses s’élèveront à plus de 13.700 milliards de dinars, soit l’équivalent de plus de 98 milliards de dollars, du jamais vu dans l’histoire budgétaire du pays ; l’Exécutif pariant sur un rebond de la croissance à 4,1%, contre une prévision de 3,7% pour l’actuel exercice. L’estimation du gouvernement se base sur une nette reprise dans le secteur des hydrocarbures ainsi que dans l’ensemble des autres secteurs hors hydrocarbures, lesquels devraient connaitre une dynamique soutenue de 5,6% en 2023, contre 4,6% d’ici à fin 2022. L’année 2023 devrait connaitre une amélioration nette des finances publiques intérieures et extérieures avec, au tableau des projections, une hausse assez marquée du solde de la balance commerciale. Celle-ci devrait connaitre un excédent de 9,4 milliards de dollars l’an prochain à la faveur de l’augmentation du niveau des exportations à 46,3 milliards de dollars, par rapport au niveau attendu des importations, prévu à 36,9 milliards de dollars. La hausse de l’excédent commercial se traduira par un retour à une situation d’excédent de la balance des paiements, ce qui se traduira par une hausse des réserves de change de l’Algérie à 59,7 milliards de dollars a fin 2023, soit une augmentation de 9% par rapport aux réserves attendues d’ici à la fin de 2022. La reprise des cours du pétrole sur le marché mondial a permis à l’Exécutif de casser la tirelire et d’envisager d’importants rattrapages budgétaires et salariaux afin de soutenir la croissance et le pouvoir d’achat des ménages, laminés par une inflation galopante atteignant 9,4%, le niveau le plus élevé depuis 25 ans, selon la chef de mission du FMI qui a tenu à le souligner lors de sa conférence de presse de lundi, à l’issue de son séjour en Algérie au titre de l’article 4 des statuts du Fonds monétaire international. Le gouvernement porte, en effet, un budget mastodonte de plus de 13.700 milliards de dinars, faisant croitre d’un cran les budgets de plusieurs ministères, dont la Défense nationale, l’Intérieur et les collectivités locales, l’Education national, le Travail et la sécurité sociale ainsi que celui de la Santé. Les dépenses de fonctionnement augmenteront à 9.767,6 milliards de dinars, marquant une hausse de 26,9% par rapport aux dépenses prévues pour l’actuel exercice, alors que les dépenses d’équipement seront en hausse à 4.019,3 milliards de DA (+2,7%) par rapport à la loi de finances complémentaire de 2022. Le déficit budgétaire ressorti au titre du prochain exercice budgétaire passera de 4.092,3 milliards de dinars (-15,9 du PIB) dans les prévisions de clôture pour 2022 à un déficit moyen de 5.720,0 milliards de dinars sur la période 2023-2025 (-20,6% du PIB).
Pas d’inquiétudes pour le déficit budgétaire
Pas d’inquiétudes à se faire, selon le ministre des Finances, Brahim Djamel Kassali, qui a assuré que la couverture du déficit se fera en recourant aux plus-values qui seront versées dans le Fonds de régulation des recettes pétrolières (FRR). Cette caisse connaitra une plus-value appréciable de 2300 milliards de dinars, laquelle représente le différentiel entre le prix réel du pétrole et le prix révérenciel prévisionnel sur lequel est bâti le budget de 2023 et qui est de 60 dollars pour la période entre 2023 et 2025. Ainsi, le ministre des Finances a indiqué que le déficit budgétaire au titre de l’exercice 2023 sera financé à travers le recours aux ressources du Fond de régulation des recettes (FRR), à l’excédant prévisionnel de la fiscalité pétrolière en 2023 et au financement à travers le marché des valeurs du trésor. Interrogé sur le retour à la politique d’expansion budgétaire et les risques d’une hausse du déficit, la chef de mission du FMI, Geneviève Verdier, a dit comprendre les objectifs du gouvernement en matière de développement, de croissance et de politique sociale, mais elle n’a pas manqué d’attirer l’attention sur les risques que fait peser cette politique sur la stabilité macroéconomique du pays. Elle a affirmé, lors de sa conférence de presse, avoir discuté avec les autorités des arbitrages budgétaires et de l’impératif de mieux canaliser les dépenses vers les secteurs à haute valeur ajoutée ainsi que vers le soutien aux couches les plus défavorisées de la société, dont le pouvoir d’achat a été affecté par l’inflation de ces dernières années. Celle-ci a constitué, d’ailleurs, l’un des points évoqués par les députés lors des débats du projet de budget pour 2023. Le ministre des Finances a souligné que le gouvernement s’attèle à juguler les pressions inflationnistes à court terme, en ce sens qu’elle devrait ralentir en 2023 pour atteindre 5,1 %, contre 7,7 % dans les prévisions de clôture pour 2022. L’inflation était aussi un des points essentiels figurant dans le rapport du FMI rédigé à l’issue de leur mission de consultations au titre de l’article 4 en Algérie. «L’accélération de l’inflation et la vulnérabilité à la volatilité des prix des hydrocarbures constituent des défis majeurs qui devraient être relevés pour préserver la stabilité macroéconomique», souligne la chef de mission du FMI. Selon elle, un rééquilibrage budgétaire est nécessaire pour préserver la soutenabilité des finances publiques à moyen terme. Un resserrement de la politique monétaire est nécessaire pour juguler l’inflation. La poursuite des réformes structurelles faciliterait la transition vers un modèle de croissance plus stable et diversifié et encouragerait la création d’emplois», a-t-elle soutenu. Après son adoption par l’Assemblée nationale, le projet de budget pour 2023 poursuivra son cheminement réglementaire au niveau du Parlement et sera soumis à l’examen et à l’adoption des sénateurs, en prévision de sa signature, par le chef de l’Etat, au plus tard le 31 décembre 2022. n