Le nouveau gouvernement a pris ses fonctions, jeudi, avec, au centre des préoccupations, un retour de la croissance, seul indicateur qui pourrait réduire le coût social de la crise économique, aggravée par les conséquences du choc pandémique sur les entreprises. Ce n’est pas par hasard que Aïmene Benabderrahmane conserve le portefeuille des Finances.

Par Hakim Ould Mohamed
Les enjeux à venir sont essentiellement et éminemment économiques et budgétaires. Les enjeux portent sur deux chantiers essentiels, le pilotage de la nouvelle politique monétaire au profit de la croissance, dont les détails ont été dévoilés voici quelques jours par la Banque centrale. A cela s’ajoute la poursuite de la dépréciation du dinar, clairement assumée dans la loi de finances de l’exercice actuel. Et les arbitrages budgétaires au titre du prochain exercice, dont les paramètres débuteront durant cet été, alors que s’imposent les impératifs d’une réforme globale de la politique dépensière de l’Etat. Face à la difficulté de mobiliser les ressources financières conventionnelles, laquelle a été même reconnue par le prédécesseur de Aïmene Benabderrahmane, la Banque centrale a rendu public, la semaine dernière, un programme de financement au profit de la croissance, fortement inspiré par le Premier ministre, auquel le chef de l’Etat a confié également la gestion du département des finances.
Ce programme consiste à mettre à disposition des banques un cash-flow de 2 100 milliards de dinars sur une année, dans le but de venir à bout de la baisse des liquidités et redynamiser, par la même, l’activité crédit au profit des entreprises. Le retour de l’investissement est nécessaire dans la conjoncture actuelle, marquée par la hausse du taux de chômage, les faillites d’entreprises et l’érosion continue du pouvoir d’achat des ménages et des entreprises. Cette nouvelle politique monétaire, qui consiste à produire de la monnaie, mais dont les montants sont plafonnés et le programme fixé pour une année, se veut une solution de substitution aux financements conventionnels qui font défaut, faute de ressources. De prime abord, c’est le Premier ministre, auquel revient à la fois la gestion de l’action du gouvernement et le portefeuille des finances, qui devrait piloter cette nouvelle politique monétaire, laquelle a été conçue comme une solution de courte durée, en attendant la reprise de la croissance et l’arrivée des réformes budgétaires tant attendue. L’Exécutif reste prudent. Tout en constatant que les cours du pétrole reviennent dans le vert, il semble opter pour une option de financement à deux phases.

L’impératif d’un nouveau modèle de croissance
Il s’agit d’accélérer le retour de la croissance en redynamisant l’activité crédit au niveau des banques, en attendant la hausse des dépôts du secteur des hydrocarbures, lesquels permettront d’envisager, dans la loi de finances 2022, le retour de l’investissement budgétaire et de la commande publique, de nature à remettre sur rails plusieurs secteurs d’activités, notamment ceux affaiblis par la pandémie de la Covid-19. La hausse des prix du pétrole cette année renforcerait la marge de manœuvre du nouveau gouvernement qui devrait, dans quelques jours, entamer les grands arbitrages au titre de la loi de finances du prochain exercice. Mais il devra tenir compte des risques d’une rechute des prix après les divergences apparues, la semaine dernière, au sein de l’Opep+. Même le Fonds monétaire international (FMI) a estimé, dans une note publiée, hier, que l’on assiste probablement à l’ultime cycle haussier des prix du pétrole avant que ceux-ci retombent durablement dans les années à venir. Ainsi, l’apport en ressources non conventionnelles garanti par le programme de financement dit spécial et la hausse, cette année, des exportations d’hydrocarbures et du produit de la fiscalité pétrolière libellée en dinar devraient permettre à l’Exécutif de redynamiser l’investissement et la croissance, nécessaires pour réduire le coût social de la crise.
Sans l’ombre d’un doute, la loi budgétaire de 2022 donnera la part belle aux dépenses d’équipement et à l’investissement budgétaire sans que cela puisse affecter l’action sociale de l’Etat, étant donné que le gouvernement aborde 2022 sous de meilleurs auspices contrairement à 2021, dont les arbitrages étaient menés sous la contrainte d’une double crise, à savoir la rechute des prix du pétrole en 2020 et la crise sanitaire qui sévit dans le pays. Un rebond de long terme de l’économie dépendra d’un meilleur pilotage du plan de relance et d’une allocation efficiente des ressources, de sorte à ce que celles-ci soient affectées au profit de la diversification du modèle de croissance. Autrement dit, l’économie nationale a besoin de deux plans de relance, le premier à caractère conjoncturel, dont l’objectif étant de permettre à la croissance de repartir, tandis que le second devra être consacré à la diversification du modèle de croissance en affranchissant le pays progressivement du secteur des hydrocarbures. C’est un enjeu majeur à l’heure où AIE, FMI, ainsi que les banques et les compagnies pétrolières et gazières mondiales sonnent l’impératif d’accélérer la transition énergétique.
Dans une note publiée hier, l’institution de Bretton Woods a indiqué que «la fin du pétrole pourrait non seulement dévaster les économies dépendantes du pétrole, mais aussi submerger d’autres économies», soulignant l’impérative transformation économique dans les pays dépendant du pétrole, lesquels doivent se diversifier pour devenir résilients aux changements des marchés de l’énergie. n

Covid-19 : Le Premier ministre testé positif

Le Premier ministre, M. Aïmene Benabderrahmane, a été testé positif à la Covid-19, samedi, et s’est mis en confinement pendant sept (7) jours, indique un communiqué des services du Premier ministre. «Le Premier ministre, M. Aïmene Benabderrahmane, a été testé positif à la Covid-19, ce jour, samedi 10 juillet 2021», a indiqué le communiqué, ajoutant que «conformément aux consignes médicales, M. le Premier ministre s’est mis en confinement pendant sept (7) jours, à compter d’aujourd’hui, en attendant de refaire un test de dépistage à l’issue de cette période». «Durant cette période, M. le Premier ministre continuera de travailler et de s’acquitter de ses missions à distance», ajoute la même source.