Par Hakim Ould Mohamed
Aux commandes de l’Exécutif, il y a à peine une semaine, le désormais ex-ministre des Finances Aymen Benabderrahmane fait face à d’importants enjeux, à la fois sociaux et éminemment économiques.
S’installer dans le fauteuil de Premier ministre dans cette conjoncture est un défi en soi, étant donné les multiples dossiers, de surcroît sensibles et chauds, auxquels sera confronté le prochain gouvernement.
Son installation à la tête du gouvernement coïncide avec le lancement d’un nouveau programme de refinancement monétaire, dont les détails ont été révélés il y a quelques jours par la Banque centrale. Ce programme, qui consiste à produire
2 100 milliards de dinars afin de financer le retour de la croissance, d’une durée d’une année, intervient au lendemain des déclarations faites par le prédécesseur d’Aymen Benabderrahmane, Abdelaziz Djerad en l’occurrence, reconnaissant sans jeu de mots la difficulté de mobiliser les ressources financières traditionnelles au bénéfice des entreprises et de la croissance économique. Celle-ci a connu un ralentissement sans précédent sur la période 2019-2020-2021 en raison de la combinaison de plusieurs facteurs, politique, pandémique et autres, en relation avec la rechute des cours du brut sur le marché international et ses conséquences sur les dépôts du secteur des hydrocarbures. La rechute des prix du pétrole, combinée à la suspension des tirages de la planche à billets courant 2019, a conduit le précédent gouvernement à entreprendre de nouvelles mesures monétaires, se rapportant essentiellement à la baisse du taux des réserves obligatoires, à la dépréciation de la monnaie nationale et à la mobilisation des réserves de la Banque centrale aux fins de financer une partie du déficit.
A l’issue d’une année 2020, marquée par un usage excessif des outils de la politique monétaire, qui n’ont été d’ailleurs que d’un faible impact sur la liquidité, puisque celle-ci continuait de diminuer sur l’année, le gouvernement prend acte de mesures peu productives et vire en faveur d’une nouvelle politique monétaire qui n’est, en réalité, qu’un retour conditionné à la planche à billets. La Banque centrale accepte de mettre à la disposition des banques de la place un cash-flow de 2 100 milliards de dinars afin de relancer le financement de l’économie, moyennant des obligations émises par le Trésor public dans le cadre du rachat des crédits syndiqués. Il s’agit, comme ce fut le cas pour la planche à billets, d’une opération triangulaire dans laquelle le Trésor public est partie prenante. Sauf que, contrairement aux précédentes opérations, ce nouveau programme exclut – du moins jusqu’ici – le financement d’autres organismes non-financiers et réserve ses ressources aux entreprises et à l’économie.
Pour ainsi dire, la mobilisation des ressources financières au profit de l’économie constitue le premier défi du nouveau gouvernement, piloté, d’ailleurs, pour les besoins de la conjoncture, par le désormais ancien ministre des Finances. Le succès de cette nouvelle politique de financement de la croissance conditionne l’efficacité des autres mesures destinées à amortir le poids du choc social généré à la fois par la crise sanitaire et la rechute des cours du brut. Le ralentissement économique des années 2019-2020 et du début de l’année en cours a aggravé le coût social de la crise, alimentant le taux de chômage et lézardant le pouvoir d’achat des ménages et des entreprises. Le pari sur le retour de la croissance, si le prochain gouvernement venait à le relever, éliminerait progressivement les conséquences d’ordre social de la crise. Il va sans dire que le retour aux opérations d’assainissement des finances publiques, d’amélioration de la gestion des dépenses, d’ajustement budgétaire, de réforme du système des subventions et du climat des affaires… sont pour le moins nécessaires pour mieux accompagner ce nouveau programme de financement monétaire, entré en vigueur le 1er juillet. <