Fait inattendu : le gouvernement propose un moratoire sur l’exploitation des hydrocarbures de schiste, le temps que les études sur leur impact aux plans économique, social et environnemental puissent aboutir.

« Le gouvernement, tout en intensifiant les efforts d’identification du potentiel que recèle le sous-sol algérien, engagera les études appropriées sur l’impact de l’exploitation de cette richesse au plan économique, social et environnemental, en veillant à ce que toute exploitation envisagée préserve la santé du citoyen, les écosystèmes et, en particulier, les ressources hydriques », lit-on dans le projet de plan d’action du gouvernement, débattu, jeudi dernier, en Conseil des ministres et qui sera soumis aujourd’hui au débat à l’APN. L’Exécutif a fini par se rendre à l’évidence que l’exploitation des hydrocarbures de schiste ne peut intervenir dans le court terme, mais peut constituer, à long terme, dans l’attente d’une technologie moins coûteuse et moins polluante, un apport aux rendements actuels en hydrocarbures conventionnels. C’est ce que suggèrent, d’ailleurs, les experts qui, en plus du fait que l’exploitation du potentiel en schiste ne peut être un projet de court terme, balaient d’un revers de la main l’idée que cette richesse puisse constituer une rente. Il était par-dessus tout temps de diversifier les sources d’énergie et ne plus faire des hydrocarbures l’unique pilier du modèle énergétique. A ce propos, le projet de plan d’action du gouvernement vise l’intensification des efforts de prospection et de production des hydrocarbures, tout en diversifiant les sources énergétiques à travers un programme de développement des énergies renouvelables permettant la production de 15 000 MW électricité à l’horizon 2035 dont 4 000 MW d’ici à 2024. Il s’agit ainsi, en un mot, de continuer à faire des hydrocarbures une source d’énergie et de devises, tout en s’investissant à améliorer la contribution du renouvelable au mix énergétique national. Dans son plan d’action, le gouvernement explique que sa démarche s’articule sur plusieurs considérations notamment, la préservation des ressources fossiles et leur valorisation, le changement du modèle énergétique de production et de consommation, le développement durable et la protection de l’environnement, ainsi que la maîtrise des coûts de réalisation des installations des énergies renouvelables. Le développement des énergies renouvelables aura un impact double ; il s’agit, d’un côté, d’améliorer leur apport au mix énergétique national et, de l’autre, de réaliser d’importantes économies en hydrocarbures. En chiffres, il s’agit d’économiser près de 240 milliards de m3 de gaz naturel et d’éviter ainsi l’émission de 200 millions de tonnes de CO², mais aussi le développement effectif d’un tissu de PME sur l’ensemble de la chaîne de valeur des composants dédiés aux énergies renouvelables. Le soutien aux énergies renouvelables devrait s’accompagner d’une politique d’efficacité énergétique susceptible de réduire drastiquement le gaspillage, lit-on dans le texte du gouvernement. Plus concrètement, tout en ajournant l’exploitation des hydrocarbures de schiste, le gouvernement dit continuer à investir dans les hydrocarbures conventionnels à travers, notamment, l’intensification de l’effort de recherche et d’exploration, y compris dans les zones offshores et le nord du pays, tout en soutenant la diversification des sources d’énergie et l’investissement dans le renouvelable. Par ailleurs, un programme de valorisation des hydrocarbures est retenu par le gouvernement, afin d’asseoir une industrie pétrochimique et de raffinage, et ce, à travers le lancement de projets intégrés à forte valeur ajoutée, tels que le vapocraquage d’éthane pour la fabrication des polymères et produits dérivés, le développement d’une industrie de transformation des phosphates et l’augmentation des capacités de raffinage pour satisfaire la demande nationale en produits pétroliers.