Le dernier ouvrage du journaliste, romancier et avocat au Barreau d’Alger, Abdelkader Hammouche, intitulé « le Glaive et la Balance, Plaidoyer pour une justice indépendante», publié aux éditions Barkat, aborde tout au long des 200 pages et à travers d’exemples «d’affaires» récentes, le fonctionnement du système judiciaire, mais surtout les failles d’un « troisième pouvoir » constitutionnellement indépendant.

L’auteur lance ainsi le débat sur une question sensible, mais plus que jamais d’actualité de l’indépendance de la justice et de son instrumentalisation par « les mafias » et « les pouvoirs politiques et financiers », mais aussi de son avenir au moment où l’Algérie passe par une période charnière de son Histoire.
Une justice mise depuis plusieurs mois au-devant de la scène, comme une sorte « d’arbitre » de la situation de crise politique, et chargée, entre autres, de faire la lumière sur « les cas » de corruption qui ont marqué « l’ancien système ». Le texte, dont l’écriture aurait été achevée à la veille du déclenchement des manifestations populaires contre le système, le 22 février dernier, n’a cependant été publié que depuis seulement une dizaine de jours. L’ouvrage écrit sous la forme d’un essai, partagé en quatre parties principales, commence par un « état des lieux », à travers lequel Abdelkader Hammouche pose la question de la perception des Algériens de leur système judiciaire. Et ce qui est rapporté par l’auteur n’est pas flatteur pour le fonctionnement judiciaire. Les témoignages faisaient ainsi état, au-delà de « détails », tels que la lenteur des procédures, des prononcés de jugement volontairement inaudibles et d’un véritable sentiment d’une « justice à deux vitesses ».
Un sentiment nourri notamment, explique l’auteur, par la multiplication de cas de corruption qu’il détaille en rappelant certaines de ces « affaires » qui ont fait la une de l’actualité, à l’instar de l’affaire Cnan et du groupe IBC, qui «illustrent parfaitement l’influence de l’Exécutif sur le judiciaire». Ainsi que le recours aux «privatisations au profit d’intérêts personnels», où encore l’inévitable «affaire Khalifa Banque», les scandales des marchés de construction de «l’autoroute est-ouest» ou encore, l’emprisonnement du journaliste Mohamed Benchicou. Des dossiers qui ont donné l’image d’une « justice aux ordres ».
L’auteur de l’essai qui a, pour rappel, couvert plusieurs de ses affaires, dénonçant également « l’impartialité de magistrats » qui brisent leur « devoir de neutralité», mais aussi un système de formation archaïque des cadres de la justice, un pouvoir excessif de ces mêmes magistrats en l’absence de « gardes- fous ».
A ce titre, l’un des aspects notables des textes d’Abdelkader Hammouche étant de proposer des « solutions », ou du moins « des points de vue» sur ce que devrait être la justice. L’auteur, qui se dit malgré tout « optimiste », précisant en substance dans la dernière partie de son essai intitulé «Quelle justice pour demain ? », que les gardiens de la justice devront être les citoyens eux-mêmes. L’auteur toujours sans concession, et tout en reprochant le rôle timide, timoré, des partis politiques « même ceux de l’opposition », préconise bien plus que l’indépendance de la justice et des magistrats. L’auteur estime à ce propos que « c’est toute l’organisation de la justice qu’il faut revoir en urgence. Il ne suffit pas que les juges soient indépendants du pouvoir exécutif pour que le verdict soit équitable, il faut aussi et surtout qu’ils soient comptants…». Ouvrage actuellement disponible en libraire, les premiers échos depuis la sortie du livre, il y a une dizaine de jours, faisant déjà état d’un fort intérêt du public. Une vente-dédicaces, dans l’après-midi de samedi prochain, à la libraire générale d’El Biar est prévue. <