Les relations algéro-italiennes sont au beau fixe. Les liens qu’entretiennent les deux pays sont en constante évolution, notamment sur le plan gazier qui constitue, selon les observateurs, un véritable «ciment» dans cette relation qualifiée de «privilégiée». C’est dans ce contexte que se tient, aujourd’hui, à Alger, le 4e Sommet intergouvernemental algéro-italien ainsi qu’un forum d’affaires, confirmant davantage la volonté des deux pays de renforcer leur partenariat stratégique.
La solide relation qui lie l’Algérie et l’Italie se confirme par l’augmentation des livraisons gazières algériennes au partenaire européen dans un marché mondial dominé par des tensions sur le gaz. L’Algérie a décidé d’augmenter le volume de gaz livré à l’Italie de 4 milliards de m3 supplémentaires à partir de cette semaine, à la faveur du contrat qu’a signé, jeudi dernier, la société algérienne des hydrocarbures Sonatrach avec la société italienne ENI.
Depuis le début de l’année, l’Algérie a déjà livré à ce pays 13,9 milliards de m3 de gaz, dépassant de 113% les volumes prévisionnels. D’ici à la fin de l’année, les prévisions tablent sur une hausse globale de 6 milliards de m3 supplémentaires de gaz algérien livré à l’Italie. Les relations commerciales ne sont pas en reste et sont, elles aussi, en constante évolution. Preuve en est, les échanges commerciaux algéro-italiens qui ont atteint les 8,5 milliards de dollars en 2021, contre près de 6 milliards en 2020, avec des exportations algériennes vers l’Italie à 6,24 milliards de dollars et des importations de ce pays à 2,26 milliards durant la même année, selon des données du ministère du Commerce et de la Promotion des exportations. Ce qui a fait dire aux spécialistes que cela permet à l’Algérie d’être le premier partenaire commercial de l’Italie sur le continent africain et de la zone Moyen-Orient – Afrique du Nord.
Il est certain, cependant, que le gaz se trouve être aux premières loges dans les relations algéro-italiennes, ayant été de toutes les discussions entre les responsables des deux pays, notamment durant cette année, où on a assisté à des visites diplomatiques intensifiées. Peu avant, en novembre 2021, c’était le président italien Sergio Mattarella qui était venu en Algérie. Il avait affirmé que «les relations algéro-italiennes sont solides, anciennes et stratégiques, et nous travaillons afin de les renforcer et de les consolider davantage». C’est ensuite au tour de Mario Draghi, président du Conseil des ministres italien, de visiter l’Algérie en avril 2022, soit la deuxième en un an. Il avait annoncé que son pays envisageait de débloquer des fonds pour financer des projets mixtes dans le domaine de l’innovation technologique et pour renforcer la coopération dans les secteurs de l’agriculture, des transports, de la construction et de la co-localisation industrielle.
En mai 2022, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, s’est rendu en Italie. C’était sa première visite dans un pays européen. Les discussions ont largement porté sur le gaz. L’approvisionnement de l’Italie en gaz algérien et l’augmentation des volumes livrés à ce pays ont été, effet, au centre des entretiens qu’a eus le Président Tebboune avec son homologue italien, mais également avec le président du Conseil des ministres italien lorsqu’il s’était déplacé en Algérie.

Abdelmadjid Attar pour un partenariat gagnant-gagnant

Les deux pays envisagent, ainsi, un partenariat stratégique qui devrait, bien sûr, être un partenariat gagnant-gagnant notamment dans le secteur gazier. «L’Italie est en train de devenir un partenaire de premier plan parmi pratiquement tous les autres pays partenaires européens. C’est très clair. L’Algérie est non seulement un pays détenteur de réserves gazières importantes, mais aussi de capacités de production importantes», estime Abdelmadjid Attar, ancien ministre de l’Energie et des Mines et ancien PDG du groupe Sonatrach. «Mais l’Algérie est aussi un pays qui peut devenir, en principe, à l’avenir, un véritable portail énergétique de l’Afrique vers l’Europe à travers l’Italie puisque l’essentiel existe, à savoir les liens à travers les gazoducs déjà réalisés et, pourquoi pas, d’autres à réaliser dans le futur», a ajouté l’ancien ministre.
M. Attar insiste, néanmoins, qu’«il faudrait que ce partenariat soit gagnant-gagnant». Il explique sa vision pour un tel partenariat et comment cela devrait se réaliser. «Aujourd’hui, l’Italie est en train de tout faire pour devenir un hub gazier pour l’Europe et pas seulement pour elle-même. Elle souhaiterait qu’une bonne partie du gaz qui vient d’Afrique et de la Méditerranée rentre en Italie pour être redistribué dans les autres pays européens. Ce qui est une bonne chose également pour l’Algérie», a-t-il dit.
«Pour ce qui est du gaz algérien, personnellement, je pense qu’il faudrait que cette production supplémentaire provienne de nouvelles découvertes. C’est très important. Il faudrait que la production supplémentaire soit le fait de nouveaux gisements ou du gaz de schiste. Il faudrait aussi que ce gaz rapporter quelque chose à l’Algérie, non seulement en prix, c’est-à-dire qu’il faudrait qu’il se vende sur le marché spot et non pas contractuel, mais aussi dans le cas où il y a un hub gazier en Italie, il faudrait que le groupe Sonatrach soit acteur dans ce hub», a affirmé M. Attar.
Il poursuit ses explications en soulignant que «Sonatrach devrait être en partenariat avec la société italienne ENI sans ce hub». En fait, il attire l’attention qu’«il ne faudrait que l’Algérie vende seulement le gaz à l’Italie et qu’ensuite, cette dernière en fait ce qu’elle veut, c’est-à-dire que ce sera elle qui vendra le gaz algérien aux autres pays européens».
«Le hub italien serait bon pour l’Algérie à condition que nous soyons acteur dans le hub qui va se construire en Italie pour le reste de l’Europe», a insisté l’ancien ministre, indiquant qu’«il ne faudrait que les choses se fassent comme si nous avions affaire à un revendeur, car dans ce cas, nous sommes capables de vendre notre gaz nous-même, n’importe où. C’est pour cela que je dis que le gaz algérien doit être vendu en partenariat avec un autre, comme l’ENI, car ainsi, il n’y a pas d’inconvénient».
Mais l’Algérie doit également «penser à l’horizon 2030, car si d’ici là il n’y pas de nouvelles découvertes et pas de développement de gaz de schiste, on devra obligatoirement diminuer nos exportations à partir de 2028 ou 2030 au plus tard», a tenu à noter M. Attar. «On a besoin de ce partenariat pas seulement pour exporter, mais aussi pour faire de nouvelles découvertes de gaz», a-t-il conclu.