Le Forum économique mondial, qui a ouvert hier sa 47e édition à Davos, en Suisse, revêt un caractère éminemment politique avec en plus la particularité de recevoir, pour la première fois, la Chine.

Le fondateur et directeur du Forum, Klaus Schwab, 78 ans, donne le ton sur ce qui est attendu de ce rendez-vous mondial, affirmant «espérer que le monde va davantage écouter ce message : indispensable corrélation entre activité économique et responsabilité sociale», problématique soulevée il y a 20 ans déjà. Dans son message d’ouverture, M. Schwab dit vouloir que «les dirigeants soient sensibles aux demandes des personnes qui leur ont confié leurs destinées, en fournissant une vision et un chemin à suivre», appelant ces mêmes dirigeants à se montrer «réceptifs aux signaux qui arrivent constamment d’un paysage en constante évolution et doivent être prêts à faire les ajustements nécessaires» ; d’où d’ailleurs une thématique centrée cette année sur un «leadership réceptif et responsable». Avec au menu 400 rencontres organisées autour de quatre sujets principaux que sont la revitalisation de l’économie internationale, la réforme du capitalisme et le réexamen de la coopération internationale. Mais bien plus, il s’agira, comme l’entend M. Schwab, de préparer l’avenir de la globalisation qui se jouera sur les enjeux-clés de ce qu’il appelle la «quatrième révolution industrielle», qui redéfinit des industries entières, et en créant de nouvelles à partir de zéro, en raison des progrès révolutionnaires dans l’intelligence artificielle, la robotique, l’Internet des choses, les véhicules autonomes, la nanotechnologie, la biotechnologie et l’informatique quantique. Un message qui sera entendu et propagé par quelque 3 000 personnes, un record, entre décideurs politiques, patrons d’entreprisse ou d’organisations, experts académiques, représentants de la société civile. Les participants proviennent de 70 pays, dont un tiers hors Europe et Amérique du Nord.

 

Chine, la vedette
Le président chinois Xi Jinping sera incontestablement la vedette du début du forum, lui, qui a prononcé le discours d’ouverture dans un contexte mondial incertain, fait de l’arrivée d’un Trump «imprévisible» à la Maison-Blanche, et de la montée en puissance des populismes.
Ce sera surtout la toute première participation au Forum de Davos pour un président chinois. Sur place, il a défendu une mondialisation «rééquilibrée», «plus inclusive», assurant que «personne ne sortirait vainqueur d’une guerre commerciale», en allusion à l’intention du président américain élu de «rapatrier» l’ensemble des entreprises américaines essaimées dans le monde, spécialement en Chine. «Nous devons rester attachés au développement du libre-échange (…) et dire non au protectionnisme», a martelé M. Xi lors de son discours d’ouverture du Forum économique mondial.
Devant 3 000 dirigeants économiques et politiques, réunis depuis lundi dans la station de ski helvète, il a plaidé pour une ouverture accrue de son pays et mis en garde contre toute tentation de repli. «Que cela vous plaise ou non, l’économie mondiale est le grand océan auquel on ne peut échapper (…) Toute tentative de stopper les échanges de capitaux, technologies et produits entre pays (…) est impossible et est à rebours de l’histoire».
Autant de «messages» adressés à Donald Trump, qui s’installera à la Maison-Blanche dès ce vendredi pour diriger la première économie du monde. Un président américain qui a promis d’abandonner l’accord de libre-échange trans-pacifique (TPP) signé en 2015, d’ériger des barrières douanières avec le Mexique et la Chine, et pourfend volontiers l’Organisation mondiale du commerce (OMC).
En réponse, «la Chine gardera sa porte ouverte et ne la fermera pas (…) Et nous espérons que les autres pays garderont eux aussi leur porte ouverte pour les investisseurs chinois avec un environnement équitable», a ajouté Xi Jinping. Il estime qu’il ne «sert à rien de blâmer la mondialisation» pour les problèmes de la planète, comme le chômage, les flux de migrants, ou encore la crise financière de 2008 due «à des problèmes de supervision», a estimé le président chinois, jugeant que des échanges accrus pouvaient apparaître comme une solution. Mais dans le fond, Pékin entend profiter de l’élection de Donald Trump pour muscler sa stature de puissance mondiale «responsable» et redessiner à sa manière la carte du commerce mondial.

 

Mondialisation vs populismes ?
Il n’en demeure pas moins que cette édition a une saveur particulière cette année compte tenu de l’hostilité croissante d’une part importante des populations occidentales envers la mondialisation, notamment d’une classe moyenne en voie de déclassement. Ils ont voté Trump, le Brexit et vont peut-être bousculer le jeu politique en France et en Allemagne. Le Forum de Davos, pour qui l’exclusion sociale et les inégalités sont les principaux dangers pour 2017, a publié la veille de son ouverture une étude montrant que le revenu annuel médian a reculé dans les pays avancés sur cinq ans.
Nous devons écouter ce que disent les gens. Les avantages de la mondialisation sont plus clairs dans les pays émergents que dans les pays développés», a commenté pour l’AFP Sergio Ermotti, patron du géant bancaire suisse UBS.
«Comme chaque année, avec la complicité des grands médias, ces élites vont chercher à donner une image positive de leur leadership sur la mondialisation. Elles sont contraintes de tenir compte de la révolte croissante des peuples qui bouscule l’ordre néolibéral», a dénoncé l’organisation anti-libérale Attac. Selon une étude du cabinet de relations publiques Edelman, la confiance dans les gouvernements, entreprises, médias et ONG a lourdement chuté dans 28 pays étudiés. C’est une «implosion de la confiance», selon le patron Richard Edelman.