Une comédie drôle et percutante intitulée «Comme des garçons », réalisée par Julien Hallard, mettant en relief des femmes françaises, qui voulaient juste pratiquer leur sport préféré, ont changé les mentalités, a été projetée mercredi dernier à l’Institut français d’Alger, en présence du réalisateur et de Naïma Laoudi et Naciba Laghouati

, deux pionnières algériennes qui ont réussi en pleine tourmente des années quatre-vingt-dix à vivre leur passion en jouant en short lors de la mise sur pied d’un championnat national digne des plus grands professionnels. En plein cœur de la Coupe du monde de football 2018, accaparant l’esprit des trois-quarts de la population mondiale, l’Institut français d’Alger (IF) se démarque et offre un souffle de fraîcheur à contrepied des stéréotypes, en projetant, mercredi passé, «Comme des garçons », le premier long métrage de Julien Hallard, une comédie populaire inspirée de l’histoire vraie de la première équipe féminine professionnelle de football française.

L’histoire commence à Reims en 1969. Paul Coutard, talentueusement interprété par Max Boublil, séducteur invétéré et journaliste sportif au quotidien «Le Champenois», décide d’organiser un match de football féminin pour défier son directeur lors de la kermesse annuelle du journal. C’est avec beaucoup d’humour dans l’esprit des grandes comédies populaires, que le réalisateur et également scénariste, raconte cette épopée de femmes qui avaient juste envie de pratiquer leur sport et se sont heurtées à un mur de réprobation sociale et une fédération de football d’époque dirigée par des ronds-de-cuir machistes. Fortement applaudi à la fin de la projection, Julien Hallard confie, lors de la rencontre débat qui a suivi, sur son choix d’approche fictionnel et dans le registre de la comédie de cette histoire vraie : « J’ai préféré faire une fiction, car l’histoire est intéressante et les personnages ont du caractère. il est plus simple à travers la comédie de faire passer un sujet féministe qui est un vrai sujet social.» Ajoutant : « J’aime bien l’ironie au cinéma, c’est pour cela que j’ai mis cet entraîneur un peu macho qui a beaucoup à apprendre. » Le réalisateur et scénariste confie que « c’est aussi un film sur une autre forme de la lutte pour l’égalité homme et femme », en expliquant que lorsqu’il a recueilli les témoignages de ces pionnières, il s’est rendu compte que « ce n’était pas des féministes militantes ou des politisées. Ce n’était pas des Parisiennes qui lisaient du Simone de Beauvoir, mais c’étaient des filles qui avaient juste envie de jouer au football ». Il souligne à travers ce constat que pour être féministe, aujourd’hui, on peut choisir différentes voies qu’elles soient politiques, de combat, ou pragmatiques.
Il n’y a pas une voie meilleure qu’une autre. En parlant de voies pragmatiques, c’est des filles qui jouent au football, c’est une voie pragmatique.
« Je pense qu’elles ont été  féministes malgré elles, car elles avaient peur et on a dû se battre pour juste jouer au football».

La bravoure des footballeuses algériennes
La rencontre débat de mercredi passé a aussi été marquée par le témoignage de deux pionnières du football féminin algérien, en l’occurrence Naïma Laoudi et Naciba Laghouati, respectivement coach de la sélection algérienne des U20 et des U17. Naïma Laoudi témoigne aux présents que la première équipe féminine de football algérien, c’était en 1996, en soulignant : « J’ai personnellement créé cette équipe avec le club professionnel de la JSK de Kabylie.» Elle confie, «sincèrement je n’ai pas eu vraiment de problème. C’est vrai qu’au début, quand on m’a appelé pour jongler entre les mi-temps des matchs devant un public composé de 25 000 hommes, alors que je n’avais que 16 ans, j’avais un peu peur mais cela s’est bien passé et, franchement, c’était un bonheur. La preuve, une année après, j’ai réussi à créer l’équipe féminine à la JSK, ensuite, cela a évolué très vite ». Naïma Laoudi, après une première sélection nationale en 1998, a rejoint le club de Francfort, un des meilleurs clubs féminins de l’époque. Elle souligne à ce propos : «J’ai été la première femme africaine à évoluer en Europe, à avoir un parcours professionnel. Là, j’ai arrêté ma carrière et je suis sélectionneuse des U20 avec la nouvelle génération de football ». Pour sa part, Naciba Laghouati, actuel coach des U17, a commencé à jouer au foot, enfant, dans les rues de Bab El Oued. Elle relate que ses débuts dans une équipe féminine étaient dans une une association féminine du sport avant de rejoindre l’équipe de football d’Alger-Centre. Depuis sa participation au premier championnat national en 1997, elle a réussi à décrocher quinze Coupes d’Algérie.
« C’était la période noire en Algérie et on a réussi à jouer du football en championnat local et national », confie la championne de football féminin algérien. Avec l’équipe nationale algérienne de football, elle a aussi réussi à décroché quatre qualifications au niveau africain et a remporté avec sa coéquipière la première Coupe arabe en 2006. Elle rappelle aussi que l’équipe de football d’Alger-Centre a signé, en 2004, et en 2006, un partenariat avec l’équipe de l’Olympique Lyonnais (OL) avec qui elles ont joué un premier match officiel en 2006. « Elles sont venues ici, on a joué au stade de Reghaïa à Alger. C’était la surprise du public. On n’a jamais vu le stade de Reghaïa aussi plein.
On a aussi joué avec d’autres équipes professionnelles à l’instar de l’équipe de football féminin du Costa-Rica et du Brésil. On a même réussi à battre les Brésiliennes avec un score 2 à 1 lors d’un grand match », précise Naciba Laghouati.
Naïma Laoudi conclut son témoignage : «Certes, on a encore des choses à prouver en tant que femme. Mais je pense que ce parcours illustre toute la bravoure des femmes algériennes, qui méritent des médailles à notre époque. »
Estimant qu’«elles ont eu, elles, le courage de jouer lors de la décennie noire de l’Algérie, alors que la femme n’avait pas le droit de sortir sans voile. Des filles de Blida, d’Oran, d’Annaba, de Tizi Ouzou, allaient jouer au foot féminin en short ; il faut oser.
Je tiens à féliciter toutes ces filles de ma génération qui ont poussé plus loin les mentalités en disant, on a le droit de jouer au football, on a le droit de pratiquer du sport. Bravo aux femmes du film et bravo aux femmes algériennes, dont je suis très fière ».