Dans son rapport sur les estimations de croissance World Economic Outlook (WEO), le Fonds monétaire international (FMI) prévoit des perspectives moins catastrophiques pour l’économie mondiale. L’institution de Bretton Woods revoit positivement ses estimations de juin dernier, mais insiste sur la précarité de la situation induite par la crise sanitaire. «Les récentes données économiques suggèrent que les perspectives peuvent être un peu moins désastreuses qu’au moment de la mise à jour du WEO le 24 juin», a précisé jeudi dernier le porte-parole de l’institution Gerry Rice lors d’un point presse virtuel.
«Certaines parties de l’économie mondiale commencent à passer le cap», a-t-il également commenté, sans toutefois dévoiler de chiffres précis, le Fonds monétaire international publiera ses prochaines prévisions actualisées le 13 octobre prochain.
Le 24 juin, le Fonds avait dévoilé des perspectives économiques particulièrement sombres avec une estimation de plus de 12 000 milliards de dollars de pertes cumulées pour l’économie mondiale en 2020 et 2021. Il tablait aussi sur une prévision de récession de 4,9% cette année, contre 3% anticipés en avril. Pour certains pays, notamment en Europe, l’estimation de contraction du Produit intérieur brut (PIB) était vertigineuse : -12,5% pour la France, -12,8% pour l’Espagne et l’Italie.
«La performance du deuxième trimestre en Chine et dans un certain nombre d’autres économies avancées a été meilleure que prévue», a également indiqué jeudi Gerry Rice. Après la paralysie totale de l’activité mondiale, baptisée le «Grand Confinement» par le FMI, les pays ont commencé au deuxième trimestre à assouplir les mesures draconiennes prises pour tenter d’endiguer la pandémie. Pour autant, a insisté Gerry Rice, l’économie mondiale n’est pas encore «au bout de ses peines». En dehors de la Chine, les perspectives «restent très difficiles, en particulier pour de nombreux marchés émergents et pays en développement», a-t-il expliqué. Pour ces pays, la situation reste «précaire» alors qu’ils subissent la baisse des prix de produits de base, la baisse de la demande à l’exportation, la baisse du tourisme et la baisse des transferts de fonds en provenance de l’étranger, a-t-il ajouté.

Situation préoccupante
La situation est particulièrement délicate pour les économies dépendant du tourisme et les besoins de financement restent importants. «Nous sommes très préoccupés par le fait que cette crise est en train d’annuler les progrès en matière de réduction de la pauvreté qui ont été réalisés ces dernières années et fait reculer les progrès accomplis vers la réalisation des objectifs de développement durable», a également réagi Gerry Rice. Interrogé sur la situation des Etats-Unis, moteur traditionnel avec la Chine de la croissance mondiale, Gerry Rice a insisté sur la «situation difficile à laquelle sont confrontés les entreprises et les ménages américains». Il a en outre souligné que la position du FMI était inchangée : le Fonds continue d’encourager le gouvernement à la mise en place rapide d’une «nouvelle série de mesures budgétaires» pour stimuler la demande, soutenir les plus vulnérables et améliorer la situation sanitaire. Les négociations sur une nouvelle relance budgétaire aux Etats-Unis sont dans l’impasse et il est difficile d’envisager un accord entre républicains et démocrates avant l’élection présidentielle du 3 novembre. Le FMI surveille, par ailleurs, de près l’endettement des pays, alors qu’il y a une «augmentation significative de la vulnérabilité de la dette» pour nombre d’entre eux.
Si le Fonds juge indispensable de maintenir les dépenses publiques pour soutenir l’économie, il exhorte aussi les gouvernements à prendre des mesures pour essayer de garantir que la dette reste soutenable, avec par exemple un assainissement budgétaire approprié. La Directrice générale du FMI Kristalina Georgieva exhorte depuis le printemps les pays à «dépensez autant que vous pouvez, mais gardez les reçus».