Plus l’élection présidentielle de 2019 se rapproche, plus les partis de la majorité parlementaire, ou plus clairement les «fidèles » soutiens du président de la République Abdelaziz Bouteflika, sont censés adopter des positions communes sur tous les plans et laisser de côté ce qui pourrait élargir le fossé qui les sépare déjà. Ce n’est pourtant pas le cas.

Entre le Front de libération nationale (FLN) et le Rassemblement national démocratique (RND), on n’est pas près de cesser les hostilités. Les deux partis se prononcent en faveur d’un autre mandat du président Bouteflika, mais ne renvoient pas l’image d’un couple soudé. A ces chamailleries s’ajoute la position, pour le moins, énigmatique du Mouvement populaire algérien (MPA) qu’incarne Amara Benyounès, un autre personnage qui jure « fidélité » au chef de l’Etat.
Comme en politique, rien n’est passé sous silence sans pour autant soulever des interrogations, le cafouillage que renvoient les partis de l’alliance présidentielle suscite beaucoup d’interrogations. Des observateurs avérés vont jusqu’à se demander « si l’option d’un cinquième mandat est toujours d’actualité ? », d’autres soupçonnant « une guerre de positionnement ». Entre les uns et les autres, il se trouve bien une part de vérité. Sinon, pourquoi Djamel Ould Abbès, secrétaire général du FLN, est allé rappeler, lors d’une rencontre avec les élus au siège de son parti, le « marchandage » du RND et du MSP au candidat Bouteflika en 1999 ? Si, pour le MSP du défunt Mahfoud Nahnah, qui était aux commandes à l’époque, le coup a vite été rattrapé par un communiqué du FLN, ce n’est pas le cas pour le RND.
Ce dernier n’a pas tardé à répliquer, précisant dans un communiqué que « la position personnelle » de l’ex-secrétaire général du parti à cette époque-là a mené la direction du Rassemblement à retirer sa confiance à Tahar Benbaïbèche et à élire Ahmed Ouyahia comme secrétaire général et « soutenir le moudjahid Abdelaziz Bouteflika sans réserves ni conditions depuis 1999». Pourquoi Ould Abbès n’a pas pris le soin de rappeler ce détail, poussant Ouyahia à apporter des clarifications ?
La question mérite d’être posée surtout que le RND s’est déjà prononcé en faveur d’un cinquième mandat d’Abdelaziz Bouteflika. A moins que ce soit une volonté de nuire à l’image d’un potentiel présidentiable, l’attaque de Djamel Ould Abbès ne sert pas la promotion de la continuité que les deux partis revendiquent.

L’énigme Benyounès
Sur un autre plan, contrairement au FLN et au RND, voire même à TAJ d’Amar Ghoul ainsi que l’UGTA, qui ont affiché d’ores et déjà leur soutien à la candidature de Bouteflika pour un autre mandat, le MPA d’Amara Benyounès n’a soufflé mot. Son président continue de maintenir le suspense. Sa dernière déclaration sème le doute dans le camp des fidèles. « Personne ne doit forcer la main et ni obliger le Président à se représenter pour un autre mandat, comme personne n’a le droit d’empêcher ou d’interdire au président de la République de se porter candidat, en dehors du Conseil constitutionnel », a estimé l’ancien ministre du Commerce dans un entretien à TSA. Pire encore, la position du parti sur le sujet sera connue lors du prochain conseil national dont la date n’est même pas fixée. Il est vrai, ce principe renseigne d’un fonctionnement démocratique le plus normal d’un parti. Mais, force est de constater que ce n’est pas dans les habitudes de Benyounès de rester en marge quand la machine est mise en marche. Plus énigmatique que ce silence, le président du MPA s’est permis d’aller à la rencontre d’Abderrezak Makri, président du MSP, pour discuter de son initiative de consensus national. Le même Makri qui a appelé l’institution militaire « à accompagner un processus de transition », dans une sortie qui en a surpris plus d’un. Et ce n’est pas par de telles démarches et déclarations que Benyounès entend prouver son engagement avec le chef de l’Etat. Raison pour laquelle certains observateurs y voient des signes qui cachent peut-être d’autres éléments à même de changer toute la donne au moment voulu. Quoi qu’il en soit, et indépendamment d’une autre candidature ou non de Bouteflika, les partis de l’alliance, pour ainsi dire, n’accordent pas leur violons à l’approche d’une importante échéance qui implique l’avenir du pays. Le pire scénario que l’on pourrait alors imaginer pour ce « bloc », c’est de les voir concourir chacun pour son propre compte…