Le champ politique algérien a ses curiosités et celles-ci n’existent nulle part ailleurs. Une nouvelle preuve nous en a été donnée, hier, en observant que l’appel lancé par le FLN au chef de l’Etat de se présenter pour un 5e mandat a davantage mobilisé les réseaux sociaux que la classe politique.

Hormis quelques réactions à chaud et arrachées par des journalistes en manque de sujet, rares sont les personnalités et les états-majors partisans qui ont sérieusement commenté l’initiative du «Front » d’avoir réglé symboliquement l’horloge politique du pays à l’heure de la présidentielle de 2019 et donné de la consistance à une hypothèse qui court depuis plusieurs mois déjà – celle d’une nouvelle candidature de M. Bouteflika au suffrage suprême.
Pourquoi ce phénomène ? « Les réseaux sociaux sont réactifs, ils sont la source d’une opinion libérée de tous les cadres et de tous les carcans. Ce n’est pas le cas des partis et des associations politiques dont le cadre d’expression est réglé et réglementé », répondra hier un enseignant à la faculté de Sciences-Po d’Alger 3. En décrypté, les formations politiques ont besoin d’un temps d’information et d’analyse supplémentaire pour exprimer un avis. L’avis spontané et à « chaud », à moins qu’il n’émane d’une source ou d’une force de soutien, n’est pas un exercice courant dans nos mœurs politiques, ajoutera non sans quelques nuances cet universitaire.
Parmi ces nuances, l’estimation selon laquelle beaucoup parmi les acteurs politiques ne sont pas encore tout à fait assurés de la nature de l’appel du FLN au président de la République : est-ce une initiative propre à un courant dominant au sein du parti, dont le porte-parole est le secrétaire général Djamel Ould Abbès ? Ou est-ce une décision impliquant des acteurs prépondérants et débordant le cadre du seul parti de la majorité ? Pour ces acteurs, la « sortie » du FLN n’est pas à négliger mais cela reste avant tout une initiative interne et un «ballon sonde » en attendant de nouveaux développements qui ne devraient pas tarder.
Une opinion qui contraste avec le point de vue dominant sur les réseaux sociaux et Facebook, en particulier. A faire le relevé des « post » sur le sujet, hier, aucun des intervenants ne croit en une annonce spontanée du FLN et à une initiative qui relèverait du simple souhait de voir le chef de l’Etat rempiler pour un 5e mandat. La seule interrogation qui semble faire sens sur ces réseaux est celle posée par ceux d’entre les internautes au fait de l’actualité organique du FLN. Et elle est posée comme suit : « Pourquoi le secrétariat général du FLN n’a pas attendu de réunir le comité central du parti comme prévu et débattre du bilan du chef de l’Etat avant de l’appeler à se présenter pour un nouveau mandat ? Pourquoi Djamel Ould Abbès a fait ce qu’il a reproché au député Bahaeddine Tliba qui a pris l’initiative, il y quelque temps, d’appeler à constituer un comité de soutien à une candidature nouvelle de M. Bouteflika ? Une simple question de prérogative ?
Des questions anecdotiques, certes, mais qui montrent que le FLN vient au moins d’imposer la présidentielle de 2019 comme le grand sujet de l’heure dans un contexte où l’on croyait que les grandes questions économiques et sociales allaient dominer le débat national. Et pour beaucoup déjà, dans les réseaux sociaux, la question nouvelle qu’on pose déjà est qui se présentera en face du chef de l’Etat sortant si sa candidature est confirmée ? Pour l’analyste Mohand Arezki Ferrad, il n’est pas exclu que des leaders de formation de la majorité se lancent dans la course et acceptent de jouer le jeu dans la perspective de dividendes politiques post-présidentielle. Selon lui, « une séquence nouvelle est enclenchée depuis l’appel du FLN au chef de l’Etat de se présenter à nouveau à la présidentielle. M. Ould Abbès vient d’exprimer la volonté de partis au pouvoir de défendre un cinquième mandat de M. Bouteflika ».