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Entamé depuis mercredi dernier, le procès des politiques et hommes d’affaires supposés impliqués dans des affaires de corruption s’est transformé en une mise à nu spectaculaire du système politico-financier du Président déchu.

Les précédents gouvernements s’imaginaient emmener la communauté des affaires toute entière sur la piste glissante de l’immixtion des patrons dans les affaires politiques du pays. Des détails pour le moins effarants du système politico-financier bâti par les Bouteflika ont été dévoilés au tribunal de Sidi-M’hamed lors du procès qui devait porter initialement sur la politique du montage automobile mise en place, faut-il le rappeler, à la mi-2014 du temps où Abdelmalek Sellal était Premier ministre et Abdesselem Bouchouareb ministre de l’Industrie et des Mines. Cette politique a servi tout compte fait de tremplin aux affaires pour une poignée de patrons triés sur le volet, moyennant le soutien du dernier mandat du président Abdelaziz Bouteflika, celui de trop, décrié par tous les Algériens qui ne cessent, depuis l’échec de sa réélection, de manifester en faveur d’une nouvelle Algérie. Hier, c’est un coup de théâtre qui s’est produit au tribunal de Sidi-M’hamed, Saïd Bouteflika, le frère du président déchu, a été demandé à la barre. C’est le procureur de la République près la même juridiction qui en a fait la demande à l’issue de la comparution d’Ali Haddad, patron du groupe ETRHB. Saïd Bouteflika doit être entendu dans le dossier du financement électoral de l’ex-président et était attendu hier après-midi. L’implication du frère de l’ex-président dans le financement du 5e mandat avec nombre de patrons, qui gravitaient autour du cercle présidentiel, témoigne d’une implication dangereuse de l’argent sale dans les campagnes électorales. Et partant de là, dans le choix des décideurs dans le pays. Des montants ahurissants destinés à financer le 5e mandat ont été prononcés par les patrons appelés à la barre. « Le 6 février (2019), Saïd Bouteflika m’a demandé de récupérer entre 700 et 800 millions de dinars (environ 5,7 millions d’euros) qui étaient au siège de la campagne électorale à Hydra », à Alger, a répondu, hier, Ali Haddad à une question du juge sur la provenance de cet argent, soulignant qu’il était intervenu dans la campagne en faveur du 5e mandat à la demande du frère de l’ex-président. Bien avant lui, d’autres révélations tout aussi surprenantes ont été faites par certains accusés appelés à la barre. Le procès, faut-il le rappeler, s’est ouvert mercredi dernier avec au banc des accusés les deux anciens Premiers ministres, Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal. Plusieurs ex-ministres, des cadres du ministère de l’Industrie ainsi que de grands patrons du secteur automobile ont été également auditionnés. Jeudi, la deuxième partie de l’interrogatoire a ciblé le financement occulte de la campagne électorale en faveur du 5e mandat d’Abdelaziz Bouteflika. Au box des accusés figuraient l’homme d’affaires Mazouz, interrogé sur les financements occultes de la campagne électorale de l’ex-président, Abdelaziz Bouteflika, et la somme de 39 milliards de centimes qu’il aurait remise à l’homme d’affaires Ali Haddad. L’accusé n’a rien nié mais a dit « ignorer les procédures légales en vigueur en matière de financement de la campagne électorale ». Pour ne citer que ces deux révélations, qui ne sont pas des moindres d’ailleurs, il apparaît ainsi que le libéralisme de copinage mis en place dès le troisième mandat d’Abdelaziz Bouteflika, voire depuis ses premiers mandats, était conçu dans le but de servir et de se servir de la rente pour consolider le régime politique. Si ce projet prend de plein fouet le choc du 22 février, c’est parce que la corruption et la prédation ont pris des proportions inquiétantes, matérialisées, en partie, par l’argent du contribuable canalisé à coups de milliards de dinars vers le financement occulte du cinquième mandat. La partie cachée de l’iceberg serait plus alarmante. Le mouvement du 22 février est passé par là. Les responsables et hommes d’affaires, qui appelaient au 5e mandat, doivent désormais répondre de leurs faits devant les juges. C’est aussi le procès de l’implication de l’argent dans le politique.