La Hongroise Zsofia Szilagyi a, pour son premier  long-métrage, choisi le drame psychologique pour raconter l’histoire d’une femme, d’une épouse et d’une mère qui croyait vivre le bonheur avec sa famille dans un Budapest presque dépourvu de couleurs et où les balcons sont couverts de « rideaux de roseaux ».

Dans «One day» (un jour, «Egy nap» en hongrois), en compétition au 40e Festival international du film du Caire (CIFF), la jeune cinéaste suit le quotidien encombré de Anna (Ssofia Szamosi), une mère de trois enfants. Elle doit, chaque jour, préparer le petit-déjeuner, s’assurer que les deux enfants scolarisés prennent leurs affaires, s’occuper du plus petit, faire rapidement le ménage, prendre le bus pour rejoindre l’institut où elle enseigne l’italien, retourne à la maison pour prendre la voiture pour accompagner son fils à la salle d’entraînement sportif puis aux cours de musique, puis conduit sa fille vers le ballet, récupérer le plus petit à la crèche, avant de faire les achats et rentrer à la maison préparer le dîner. Anna n’a presque pas le temps de respirer, prise complètement par les petites tâches au service de sa famille. Elle se rend compte que Szabolcs, son mari (Léo Füredi), est en contact avec l’une de ses amies, Gabi. Elle le soupçonne de la tromper avec elle. Il reconnaît qu’il était en liaison avec elle, mais que l’idylle est finie. Le rythme effréné de la vie ne lui laisse pas trop de temps pour réfléchir à sa situation et à sa fragilité face à ce qui lui arrive. Elle ne veut pas perdre son mari, mais ne lui fait plus confiance.
Que faire?
Pris dans leurs univers, les enfants ne se rendent pas compte de la tempête interne qui traverse leur mère. Simon (Ambrus Barcza) semble avoir des doutes, lui qui commence à tout oublier, y compris de faire ses devoirs scolaires. Aux doutes sur son couple, Anna doit «gérer» l’envahissement de sa belle-mère – même si elle vient pour l’aider – et les ennuis financiers. Que faire face à tant de pressions ? Fuir ? Se cacher? Se révolter ? Anna, comme beaucoup de femmes dans sa situation à travers le monde, est face à un dilemme.
Lourd dilemme. Comment avoir tout l’énergie pour continuer? L’idée du film «One day», un jour dans la vie d’une femme, est évidemment minimaliste, mais le propos est profond. Il ne s’agit pas d’un film d’une femme sur une autre femme, mais d’une histoire contemporaine.
La vie d’aujourd’hui impose ses codes, son temps plein et ses règles de conduite. Emporté par le torrent du speed time, les femmes, voire les hommes, ne constatent leur vulnérabilité qu’une fois le mal fait et la hache sur la tête. Le temps d’une pause ? Impossible.
Faut toujours voir la prochaine vague, pour reprendre une pub. Dans un scénario, plutôt bien ramassé, Zsofia Szilagyi a traité, avec finesse, ce que fait le drame des contemporains : l’incapacité à maîtriser le temps, à vivre, pour le dire simplement. Zsofia Szamosi a donné beaucoup d’intensité à son personnage. Un personnage défait et courageux à la fois. «J’étais très curieuse de savoir si les gens allaient être intéressés ou très agacés ou entre les deux. C’était difficile de me mettre dans la peau du personnage parce que c’est quelqu’un qui fait face à des problèmes ordinaires», a souligné Zsofia Szamosi, lors d’une déclaration à la presse. Cette actrice a été révélée, en 2016, par le court métrage «Mindenki» (chant) de Kristof Deak et Anna Udvardy qui a décroché un Oscar à Los Angeles. Zsofia Szilagyi a, elle, appris le métier en côtoyant la scénariste et cinéaste hongrois Ildiko Enyedi, Ours d’or pour «Corps et Âme», au festival de Berlin 2017. La jeune cinéaste a été formée à la prestigieuse Ecole de Budapest dans arts dramatiques et cinématographiques. Sa manière de raconter des histoires simples qui «parlent» à toute l’humanité fera date. «One Day», malgré les douleurs qu’il charrie, est un bel hommage aux mères. A toutes les mères.