Le sujet des migrants est devenu un plat de résistance pour le cinéma européen. Après plusieurs films sortis en Italie, en Grèce, en Allemagne et en Espagne, le cinéma français explore également cette thématique actuelle, avec une certaine pénibilité.

Dans «Amin», en compétition officielle au 40e Festival international du film du Caire, Philippe Faucon suit le quotidien de migrants ouest-africains dont Amin (Moustapha Mbengue), un Sénégalais, et Abdelaziz (Noureddine Benallouche), un Marocain. L’un est venu en France, il y a neuf ans, l’autre, de plus de 30 ans. La fille de Abdelaziz découvre sur le tard que son père se faisait exploiter par son employeur alors que les enfants de Amin attendent à chaque fois le retour de leur père au Sénégal pour lui demander de partir avec lui en France. Aicha (Marème N’Diaye) insiste auprès de Amin pour qu’il fasse le voyage ensemble en Europe. Elle boude lorsque son mari refuse. Mais, Amin veille toujours pour récolter de l’argent pour le village avec les autres ouvriers du Foyer d’immigrés à Saint-Denis. Là, Philippe Faucon fait une curieuse opposition en montrant des jeunes migrants maghrébins qui «claquent» l’argent pour fréquenter des femmes ou pour consommer des boissons alcoolisées. Insouciance ? L’un d’eux découvre même une impuissance sexuelle mais qui ne le choque pas. Alors existe-t-il de «bons» et de «mauvais» migrants ? Amin est chargé par son patron d’exécuter des travaux Gabrielle (Emmanuelle Devos), une infirmière d’âge mûr en instance de divorce. Son conflit avec son mari, un homme cassé mais envahissant, déteint sur ses rapports avec sa fille. Le désert sentimental pousse Gabrielle dans les bras de Amin, un homme serein et travailleur. Deux solitudes qui se rencontrent. Dans le film de Philippe Faucon, Amin est un personnage attachant, positif. Ce n’est plus le migrant pleurnichard ou «roublard».
Déchirement familial
C’est un homme qui sait où il va. Abdelaziz, défait et écrasé par l’amertume, accepte sa petite retraite et noie son chagrin dans le jeu du nay. Les souvenirs du Maroc restent vivaces dans sa tête. «Amin» est un drame social qui vire au sentimental pour évoquer le déchirement de trois familles. Il y a d’abord la famille d’Amin. Elle reste en Afrique à l’attendre. L’attente fatigue Aicha et ses enfants. La séparation de Gabrielle de son mari trouble leur fille. Et, Abdelaziz, malgré la chaleur de ses filles nées en France, garde «la douleur» de l’éloignement de ses autres enfants restés au Maroc. Philippe Faucon, on le devine, s’intéresse aux personnes ordinaires, aux petites gens, en racontant avec simplicité leurs histoires. D’où le choix d’acteurs amateurs, pour la plupart, comme pour le faire jouer leurs propres rôles. Dans son nouveau long métrage, présenté lors de la Quinzaine des réalisateurs au Festival de Cannes 2018, le cinéaste dresse des portraits, mais verse parfois dans le cliché surtout par rapport aux Maghrébins, restés partiellement à la marge dans son récit. En 2016, Philippe Faucon s’est illustré avec le long métrage, «Fatima», consacré César du meilleur film. Fatima, comme Abdelaziz dans «Amin», parle mal le français, communique mal avec ses deux filles. La séparation, le déchirement, le désamour, la déchéance et la souffrance sont concentrés dans «Amin», un long métrage qui échappe de justesse à la banalité pour devenir un plaidoyer attendrissant pour plus d’humanité.
F. M