Par Nadir Kadi
La décision du Front des forces socialistes (FFS) de participer aux prochaines élections locales anticipées du 27 novembre, qui tranche avec le précédent «boycott» des législatives du 12 juin, ne semble pas faire l’unanimité auprès des militants ou sympathisants du parti.
En effet, selon un document de deux pages de remis hier au niveau des rédactions de presse par un «militant du FFS», oppose un refus clair des prochaines élections, mais surtout de toute participation du FFS au scrutin. Les signataires – près de 500 revendiqués – expliquent en ce sens que la participation du FFS a été décidée «dans un conclave fermé par l’appareil illégitime» du parti, ce dernier aurait de ce fait «choisi une politique cohabitationniste avec le pouvoir (…) rompant les principes fondamentaux de lutte du FFS»… Le même document appelle en ce sens les «militants», les «sympathisants» et «tous les démocrates et tous les citoyens à ne pas cautionner cette mascarades» en s’opposant aux listes du FFS, qualifiées de «pseudo-listes électorales».
Réagissant à ce document, qui serait également parvenu à la direction du parti, les responsables du FFS, contactés hier, ont pour leur part minimisé la portée de cet acte. Le membre de l’instance présidentielle du FFS, Hakim Belahcel, nous précise qu’il s’agit d’un «non-événement». «… Ce genre d’acte décidé en dehors des structures du parti est à ignorer. Nous n’avons rien à voir avec ce genre de pétition.» Quant aux signataires, le cadre du FFS explique qu’ils sont extérieurs aux instances dirigeantes du mouvement, voire carrément non-membres du FFS. «Il y a peut-être une dizaine ou une quinzaine de militants (…) mais parmi ces 500 revendiqués, il n’y pas de cadres ou de personnes qui ont des responsabilités au sein d’une structure du parti». Questionné également quant à la réaction que pourrait adopter le FFS contre d’éventuels membres encore actifs, Hakim Belahcel minimise et déclare : «On peut toujours trouver une personne mécontente, par exemple au sein d’une section, par rapport aux décisions d’un responsable (…), signer un telle document peut être une sorte de tribune.» Et dans cette même logique, le responsable laisse entendre que certains signataires du document sont connus pour ce type d’actions : «C’est une habitude à chaque échéance que ce genre de personnes réapparaissent.» Allusion vraisemblablement adressée au premier signataire Mohamed Lahlou.
Quant au principal motif de désaccord exposé dans la lettre, à savoir la participation aux élections locales, Hakim Belahcel réaffirme les propos du secrétaire général du FFS Youcef Aouchiche, qui avait annoncé, en début de semaine, que le FFS avait appuyé sa décision sur l’unanimité du «conseil national». Ainsi le responsable nous déclarait hier : «Oui, cela s’est fait à l’unanimité et j’ajoute qu’il n’y a pas eu d’abstention.» Puis reprenant une citation de Hocine Aït Ahmed faite en 2002, Hakim Belahcel ajoute que cette décision de participation est «une décision politique alternative au chaos programmé». La voie est donc claire pour le FFS. «Notre décision est prise, nous n’avons pas à discuter d’avis hors du parti» ajoute en ces termes notre interlocuteur.
Avant d’expliquer plus loin que le «travail continue», que la «dynamique est lancée» pour mettre en oeuvre les dernières décisions : «Nous avons un conseil national ordinaire ce vendredi, nous parlerons des moyens d’organiser les élections dans les meilleures conditions… ensuite, nous avons une conférence nationale économique le 7 octobre».
L’état d’esprit est cependant tout autre pour les signataires du document qui considèrent la démarche actuelle du FFS comme une violation des «idéaux fondamentaux du FFS», d’autant que la tenue des élections locales «ne serait pas justifiée» dans le «contexte de crise aiguë sur le plan économique, social et sécuritaire». Les signataires qui se qualifient de «militant historiques» ajoutent également que la direction du parti a demandé la constitution de «pseudo-listes électorales» en enregistrant des «inconnus sans lien avec les engagements du FFS» ; une pratique «honteuse» et «en rupture avec l’éthique démocratique du FFS. <